Les Coptes d’Égypte : héritiers de l’Antiquité, chrétiens d’Orient et citoyens d’aujourd’hui
Résumé en arabe (مختصر)
الأقباط هم المسيحيون الأصليون في مصر، جذورهم تمتد إلى العصور القديمة، وكنيستهم من أقدم كنائس العالم وتراثها مرتبط بالإسكندرية والرهبنة الأولى. حافظوا عبر القرون على هوية دينية وثقافية خاصة، رغم التحولات السياسية والضغوط الاجتماعية. اليوم يشكّلون جزءًا أساسيًا من المجتمع المصري داخل البلاد وفي الشتات، ويواجهون تحديات المواطنة الكاملة والأمن، مع استمرار حيوية روحية وثقافية واضحة.
Origines antiques et christianisation de l’Égypte
Les Coptes sont les chrétiens d’Égypte, généralement considérés comme les descendants directs des anciens Égyptiens. D’ailleurs, le terme « copte » lui-même dérive du grec Aigyptos via l’arabe qibt, signifiant à l’origine « Égyptien ». Implanté dès le Ier siècle, le christianisme s’est rapidement propagé sur les rives du Nil. La tradition attribue à saint Marc l’évangéliste la fondation de l’Église d’Alexandrie vers l’an 42, faisant de la communauté chrétienne d’Égypte l’une des plus anciennes de la chrétienté. À Alexandrie, alors grand centre intellectuel du monde méditerranéen, se développa une riche vie théologique : des figures comme Clément d’Alexandrie, Origène, Athanase ou Cyrille d’Alexandrie ont joué un rôle majeur dans la définition de la doctrine chrétienne primitive. Parallèlement, l’Égypte a donné naissance au monachisme chrétien dès le IIIᵉ-IVᵉ siècle avec des ermites et moines tels qu’Antoine le Grand et Pacôme, dont les communautés du désert ont profondément influencé la spiritualité chrétienne.
Au IVᵉ siècle, le christianisme est bien établi en Égypte, qui fait alors partie de l’Empire romain d’Orient (byzantin). Les Coptes aiment rappeler que leur terre figure dans la Bible : c’est en Égypte que la Sainte Famille trouva refuge, et c’est aussi de là que Moïse fit sortir le peuple hébreu. Se percevant comme les héritiers de la civilisation pharaonique, puis du royaume grec des Ptolémées, les Coptes se considèrent en quelque sorte comme les « vrais » Égyptiens, présents sur la terre du Nil bien avant l’arrivée de l’islam au VIIᵉ siècle. Ils préfèrent ainsi compter Ramsès II ou Cléopâtre parmi leurs ancêtres illustres plutôt que les conquérants arabes. Cette ancienne origine nourrit un profond sentiment identitaire chez les Coptes, qui voient dans leur histoire un lien ininterrompu depuis l’Antiquité pharaonique jusqu’à l’ère chrétienne.
L’Église copte orthodoxe : évolution historique et spécificités religieuses
L’Église copte orthodoxe d’Alexandrie, majoritaire au sein de la communauté copte, se singularise très tôt par ses choix théologiques. Au Ve siècle, lors du concile de Chalcédoine en 451, l’Église d’Alexandrie rejette la définition alors adoptée de la double nature du Christ. Fidèles à l’enseignement de saint Cyrille d’Alexandrie, les Coptes mettent l’accent sur l’unité de la nature divine et humaine du Christ (position dite miaphysite, souvent qualifiée à tort de « monophysite »). Ce refus des décrets de Chalcédoine entraîne une rupture avec l’Église impériale byzantine dite melkite. À partir de cette époque, l’Église égyptienne affirme son autonomie complète face à Byzance et suit sa propre hiérarchie. Le patriarche d’Alexandrie (portant le titre de pape en référence à son ancienneté apostolique) continue de diriger les fidèles coptes indépendamment de Constantinople. L’adoption du dogme miaphysite vaut cependant aux Coptes des persécutions de la part des autorités byzantines aux Ve-VIIᵉ siècles. Cette répression ne fait que renforcer la cohésion et l’originalité de l’Église copte, qui développe une identité distincte, isolée au sein du monde chrétien oriental.
Sur le plan doctrinal, l’Église copte orthodoxe ne reconnaît que les trois premiers conciles œcuméniques (Nicée, Constantinople, Éphèse) et a sa propre théologie et liturgie. Elle n’est pas rattachée canoniquement aux Églises dites « orthodoxes » byzantines, malgré la similitude de certains rites. Les Coptes ont aussi leurs spécificités liturgiques : la messe est célébrée en arabe (langue parlée par la communauté depuis des siècles) mais également en langue copte – la langue autochtone dérivée de l’égyptien ancien – ainsi qu’en grec pour certains chants et prières. La prière du Notre Père et le Credo sont encore récités en copte dans la liturgie, signe de l’attachement à cette langue ancestrale. L’Église copte a conservé le calendrier liturgique alexandrin et des traditions propres, comme un grand nombre de jeûnes et un accent mis sur l’ascétisme hérité des Pères du Désert.
Au cours de son histoire, l’Église copte a traversé des périodes difficiles tout en préservant sa foi. Longtemps marginalisée politiquement, elle a néanmoins connu un renouveau à l’époque moderne. Au XIXᵉ siècle, un mouvement de réforme interne émerge sous l’égide du pape Cyrille IV (1854-1861), qui modernise l’Église en ouvrant des écoles et une imprimerie. Ce renouveau religieux et culturel aboutit à la fondation du Musée copte du Caire en 1910 pour mettre en valeur le patrimoine copte, puis à la création en 1954 de l’Institut des hautes études coptes. Plus récemment, au XXᵉ siècle, l’Église a connu une revitalisation remarquable sous les pontificats de Cyrille VI (1959-1971) puis de Shenouda III (1971-2012). Malgré un contexte parfois hostile, ces primats ont encouragé un véritable renouveau spirituel : développement du catéchisme et des activités paroissiales pour la jeunesse, renaissance du monachisme avec la restauration ou la fondation de nombreux monastères, et ouverture œcuménique vers les autres Églises orientales. Aujourd’hui, l’Église copte orthodoxe demeure le cœur de l’identité copte. Elle est dirigée par le pape d’Alexandrie (actuellement Tawadros II) et continue de revendiquer son héritage apostolique marcien. À côté de cette Église majoritaire existent également depuis le XIXᵉ siècle une petite Église catholique copte rattachée à Rome et une Église évangélique copte issue de missions protestantes, mais la vaste majorité des Coptes restent fidèles à l’Église orthodoxe d’Alexandrie.
Langue copte et identité culturelle
La langue copte est un élément central de l’identité culturelle copte. Il s’agit de la dernière évolution de la langue de l’Égypte antique, issue directement du démotique pharaonique, mais transcrite avec l’alphabet grec complété de quelques signes démotiques. Le copte fut la langue vernaculaire des Égyptiens chrétiens durant l’Antiquité tardive et le début du Moyen Âge. Cependant, à partir du Xᵉ siècle, sous l’influence de la domination arabe, son usage décline au profit de l’arabe : le copte devient alors essentiellement une langue liturgique. Aujourd’hui, le copte n’est plus une langue maternelle vivante, mais il demeure la langue de la liturgie et de la prière dans l’Église (à l’instar du latin dans l’Église catholique). Cet usage sacré maintient un lien tangible avec la civilisation de l’Égypte ancienne – lien dont l’importance est illustrée par le fait que Champollion utilisa le copte pour déchiffrer les hiéroglyphes. De nos jours, des efforts existent pour enseigner le copte aux jeunes générations au sein de la communauté, afin de préserver ce patrimoine linguistique multi-millénaire.
Au-delà de la langue, les Coptes possèdent une culture riche, imprégnée d’héritages pharaonique, gréco-romain et chrétien. On la qualifie volontiers de culture méditerranéenne, tant elle partage des traits communs avec d’autres cultures du pourtour méditerranéen. Néanmoins, plusieurs caractéristiques distinctives permettent d’identifier les membres de la communauté copte en Égypte :
-
Symboles religieux visibles : il est traditionnel pour les Coptes de se faire tatouer une petite croix copte à l’intérieur du poignet, signe d’appartenance religieuse gravé dans la chair. Ce tatouage, souvent appliqué durant l’enfance, rappelle la fierté de la foi et l’attachement à la communauté, tout en constituant un moyen d’identification entre coreligionnaires.
-
Prénoms et références historiques : les familles coptes choisissent fréquemment des prénoms issus de la Bible (David, Marie, Samuel, etc.) ou empruntés à la tradition occidentale chrétienne. Par ailleurs, il n’est pas rare d’adopter des prénoms puisés dans l’héritage pharaonique, qu’il s’agisse de noms de pharaons (Ramsès, Thoutmosis), de divinités de l’Égypte antique (Isis, Horus – ou sa forme locale Wissa, etc.), voire de mots égyptiens anciens adaptés en copte (tels que Besada, « lumière », ou Pahor, « donné par Horus »). Ces choix reflètent la volonté de revendiquer l’ancienne Égypte comme partie intégrante de l’identité copte.
-
Vie familiale et endogamie : la société copte est traditionnellement endogame, les mariages se faisant presque exclusivement au sein de la communauté. Le mariage, sacramentel et monogame, est indissoluble sauf cas d’adultère, conformément aux règles de l’Église orthodoxe. La famille occupe une place centrale et, fait notable, la femme y jouit d’un statut assez élevé hérité du droit pharaonique (par exemple en matière de dot, d’héritage ou de possibilité de divorce, les pratiques coptes traditionnelles se sont montrées relativement favorables à l’épouse, plus que ne l’étaient les normes musulmanes classiques).
-
Calendrier festif et jeûnes : les Coptes suivent le calendrier liturgique alexandrin, avec des fêtes religieuses souvent calquées sur l’Antiquité (Noël copte le 7 janvier, épiphanie, Pâques selon le calcul julien, etc.). Signe d’une piété héritée d’une longue tradition ascétique, l’Église impose de nombreux jeûnes tout au long de l’année liturgique. Au total, plus de la moitié des jours de l’année sont des jours de jeûne où l’on s’abstient de produits carnés ou laitiers, ce qui fait que le régime alimentaire traditionnel est quasi végétarien pendant de longues périodes. Ces jeûnes ne se limitent pas à une seule période (comme le Carême catholique), mais sont répartis (Carême de Pâques, Avent de Noël, jeûne des Apôtres, jeûne de la Vierge, mercredis et vendredis de chaque semaine, etc.), marquant profondément le rythme de vie des fidèles coptes.
-
Patrimoine artistique et culturel : la culture copte a développé au fil des siècles un art original, en particulier dans les domaines de l’architecture religieuse (églises aux formes basilicales sobres, souvent semi-fortifiées), de la musique liturgique et de l’iconographie (les icônes coptes sont réputées pour leur style épuré et symbolique). Les textiles coptes, produits notamment du IIIᵉ au XIᵉ siècle, témoignent d’un artisanat raffiné où motifs chrétiens et gréco-romains se mêlent ; beaucoup de ces tissus antiques, retrouvés dans les sables égyptiens, ont conservé des couleurs vives grâce au climat sec. Cet héritage culturel est une source de fierté et fait l’objet d’études approfondies, notamment depuis la création de musées et d’instituts dédiés à la culture copte.
La conscience d’être copte est donc à la fois religieuse, linguistique et culturelle. Fait important, les Coptes ne se perçoivent pas comme un groupe « étranger » en Égypte : ils revendiquent au contraire une égyptianité pure souche, considérant que la population égyptienne dans son ensemble n’est pas d’origine arabe mais a été arabisée au fil des siècles. « Les Coptes ne sont pas des Arabes, les Égyptiens non plus », rappelle ainsi un spécialiste, soulignant que seuls les habitants de la péninsule Arabique sont des Arabes d’origine, tandis que les Égyptiens – coptes ou musulmans – descendent des anciennes populations du pays pharaonique, islamisées et arabisées avec le temps. Ce qui distingue donc foncièrement les Coptes de leurs compatriotes musulmans, c’est leur attachement indéfectible au christianisme et à leur héritage culturel propre (langue liturgique, traditions religieuses).
Des siècles de domination : les Coptes sous pouvoir islamique, ottoman et colonial
La conquête arabe et le statut de dhimmi
En 641, l’Égypte chrétienne bascule sous le contrôle des armées arabo-musulmanes. À l’époque, épuisés par les querelles religieuses et la tutelle byzantine, beaucoup d’Égyptiens accueillent les conquérants musulmans en libérateurs. En effet, les Coptes venaient de subir une dure répression de la part de Constantinople pour leur refus du concile de Chalcédoine ; cette oppression byzantine avait affaibli l’Église locale et exacerbé les ressentiments. L’arrivée des troupes du calife Omar fut donc relativement peu combattue. Une fois l’Égypte intégrée au califat, les Coptes obtinrent la reconnaissance officielle de leur Église et de leur droit de culte, mais au prix d’un statut inférieur : celui de dhimmi, ou « protégé non musulman ». Le régime de la dhimmitude, consacré par la loi islamique, accordait aux chrétiens (et aux juifs) la liberté de pratiquer leur religion en terre d’islam, tout en les assujettissant à une série de contraintes légales et fiscales. Les Coptes durent s’acquitter d’un impôt spécifique (jizya), perdu certains droits civiques et furent exclus de la plupart des hautes fonctions, sauf exceptions. Ce statut s’apparentait « à un apartheid juridique » selon certains historiens, cantonnant les Coptes à une citoyenneté de seconde zone pendant de longs siècles.
Sous les premiers califats arabes (Omeyyades, Abbassides) puis sous les dynasties autonomes d’Égypte (Tulunides, Ikhchidides) qui se succèdent du VIIᵉ au Xe siècle, la situation des Coptes oscille entre relative tolérance et brimades ponctuelles. Les patriarches d’Alexandrie continuent d’être choisis et de diriger la communauté, mais ils sont soumis à l’autorité musulmane. À partir du Xᵉ siècle, un tournant culturel majeur s’opère : l’arabisation linguistique de l’Égypte. L’arabe devient la langue dominante dans l’administration et la vie quotidienne, y compris parmi les Coptes, si bien que la langue copte se replie peu à peu vers un usage strictement religieux. Parallèlement, les conversions à l’islam, motivées autant par la foi que par le désir d’échapper aux taxes et discriminations, se multiplient. La proportion de chrétiens dans la population égyptienne décroît progressivement. Si les Coptes étaient vraisemblablement majoritaires aux premiers siècles de la conquête, ils deviennent minoritaires aux alentours du XIVᵉ siècle. Cette bascule démographique – en partie accélérée par des crises comme les épidémies de peste et par des périodes de persécution – fait des Coptes une communauté réduite en nombre sur sa propre terre.
Les périodes de cohabitation relativement paisible furent régulièrement interrompues par des accès de persécution ou d’arbitraire. Dès la fin du VIIᵉ siècle, on recense des révoltes coptes (par exemple dans le delta du Nil) contre la hausse des impôts et les abus de certains gouverneurs omeyyades, révoltes qui furent réprimées sévèrement. Plus tard, sous le règne de certains califes abbassides, des édits humilient les dhimmis (obligation de porter des ceintures ou turbans distinctifs, interdiction de bâtir de nouvelles églises, etc.). La dynastie chiite des Fatimides (969-1171) réserve un traitement contrasté aux Coptes : globalement, cette période voit un certain essor culturel copte, car les Fatimides, moins orthodoxes, tolèrent assez bien les chrétiens et font même appel à des hauts fonctionnaires coptes pour la tenue des comptes de l’État. Toutefois, une exception tragique marque cette ère : le calife al-Hakim bi-Amr Allah, de 1009 à 1021, mène une violente politique anti-chrétienne, ordonnant la destruction d’églises (y compris, hors d’Égypte, le Saint-Sépulcre de Jérusalem) et forçant temporairement de nombreuses conversions. Son règne de terreur laissa la communauté copte exsangue, même si les successeurs d’al-Hakim revinrent à plus de modération.
Au XIIᵉ siècle, Saladin renverse les Fatimides et fonde la dynastie sunnite des Ayyoubides (1171-1250). Saladin et ses successeurs, tout en restant dans l’orthodoxie sunnite, continuent de s’appuyer sur les compétences de certains Coptes (notamment dans l’administration financière) et maintiennent une relative tranquillité religieuse. Mais cette tolérance prend fin avec l’arrivée au pouvoir des Mamelouks (1250-1517). Ces anciens esclaves-soldats devenus sultans se montrent farouchement méfiants à l’égard des chrétiens, surtout en pleine époque des croisades où les Européens envahissent la région. Plusieurs vagues de persécution éclatent sous les Mamelouks, notamment aux XIIIᵉ-XIVᵉ siècles : fermetures ou destructions d’églises, interdiction de tout affichage public de la foi chrétienne, pressions accrues pour se convertir. C’est durant cette période que la minorité copte, déjà diminuée, voit nombre de ses membres soit embrasser l’islam, soit se terrer dans une stricte clandestinité religieuse. La chronique copte mentionne ainsi une « nouvelle vague de persécution au moment des croisades » sous les Mamelouks. À la fin du Moyen Âge, il ne restait probablement qu’une petite fraction de la population égyptienne adhérant au christianisme.
De l’Empire ottoman à l’ère coloniale : émancipation et modernisation
En 1517, l’arrivée des Ottomans marque un changement de maître, mais pas immédiatement de condition pour les Coptes. L’Égypte devient une province de l’Empire ottoman, gouvernée par un pacha au nom du sultan de Constantinople. Durant les premiers siècles de la période ottomane (XVIᵉ-XVIIIᵉ siècle), les Coptes restent soumis au régime de la dhimmitude hérité des époques précédentes. Ils continuent de payer la jizya et subissent diverses mesures vexatoires plus ou moins strictes selon les gouverneurs. Les sources font état de nouvelles persécutions au XVIᵉ siècle, à la charnière entre la fin du pouvoir mamelouk et l’instauration du pouvoir turc. Ainsi, de nombreux Coptes choisissent à nouveau l’exil : certains se réfugient en Haute-Égypte ou dans des monastères isolés, d’autres partent vers l’Éthiopie voisine, où ils contribueront à l’essor de l’Église éthiopienne (historiquement fille de l’Église copte). Malgré l’adversité, la hiérarchie copte survit : les patriarches d’Alexandrie poursuivent leur succession, souvent consacrés dans la solitude du désert du Wadi Natroun lorsque la situation au Caire est trop dangereuse.
Le XVIIIᵉ siècle voit l’affaiblissement du pouvoir ottoman en Égypte et le retour d’une oligarchie mamelouke semi-indépendante. C’est dans ce contexte qu’intervient l’expédition française de Bonaparte (1798-1801), qui bouleverse momentanément l’ordre établi. Les troupes françaises, bien que catholiques, se posent en libératrices des minorités orientales ; Napoléon Bonaparte octroie aux Coptes une égalité de traitement relative et les autorise, par exemple, à arborer l’uniforme militaire ou à porter des armes – privilèges jusqu’alors réservés aux musulmans. Cette brève occupation s’accompagne de la création d’un Conseil de notables où des Coptes sont représentés. Si l’empreinte française est de courte durée, elle préfigure toutefois de grands changements.
Après le retrait des Français, un nouveau maître de l’Égypte émerge : Méhémet Ali (Muhammad Ali), un officier d’origine albanaise devenu gouverneur puis khédive héréditaire à partir de 1805. Méhémet Ali et ses successeurs du XIXᵉ siècle initient de profondes réformes modernisatrices qui transforment la société égyptienne. Ces réformes profitent également aux Coptes. En 1855, le khédive Saïd Pacha abolit officiellement la jizya, supprimant ainsi l’impôt discriminatoire pesant sur les non-musulmans. Les Coptes obtiennent alors le droit d’intégrer l’armée égyptienne et la fonction publique sans conversion préalable – une avancée capitale après plus de 1 200 ans d’exclusion militaire. L’accès à l’éducation moderne s’ouvre pour eux comme pour l’ensemble des Égyptiens, grâce à la fondation d’écoles laïques et au recours accru aux missions étrangères. Beaucoup de familles coptes urbaines profitent de ces opportunités : au tournant du XXᵉ siècle, une élite copte instruite émerge, souvent francophone ou anglophone, occupant des postes éminents dans l’administration, le commerce et les professions libérales.
Cette ascension culmine avec l’accession d’un Copte, Boutros Ghali Pacha, au poste de Premier ministre en 1908 – fait sans précédent depuis l’époque pharaonique. Boutros Ghali sera malheureusement assassiné en 1910 par un nationaliste, mais son mandat symbolise l’intégration progressive des Coptes dans la haute fonction publique à l’ère du protectorat britannique (1882-1922). Sous la domination britannique, les Coptes, comme les musulmans égyptiens, éprouvent un fort sentiment nationaliste. Ils participent activement aux luttes pour l’indépendance et à la révolution de 1919, aux côtés de leurs compatriotes musulmans, brandissant le slogan de l’unité nationale symbolisé par le croissant islamique entrelacé à la croix chrétienne. Des personnalités coptes telles que Makram Ebeid ou Wissa Wassef s’illustrent dans le mouvement national et au sein du parti Wafd. Les Coptes aiment à rappeler qu’ils ont été « à la fois pharaons par leurs ancêtres et pleinement égyptiens par leur citoyenneté moderne ». En 1922, l’Égypte accède à une indépendance formelle ; la nouvelle constitution de 1923 proclame l’égalité de tous les citoyens sans distinction de religion. Durant l’entre-deux-guerres, la vie politique et culturelle égyptienne voit une franche collaboration entre élites coptes et musulmanes. Le rôle des Coptes est notable dans la presse, l’université (on compte des intellectuels coptes de premier plan) et l’économie (grandes familles d’industriels et banquiers). Au milieu du XXᵉ siècle, la communauté copte est donc mieux intégrée que jamais, tout en maintenant sa spécificité religieuse.
Discriminations et persécutions à travers les âges
Malgré des périodes de coexistence relativement harmonieuse, les Coptes ont connu, au fil de leur histoire, de multiples formes de discriminations et de persécutions, qui ont marqué durablement la conscience collective.
Antiquité tardive : Avant même l’arrivée de l’islam, les Coptes furent victimes de persécutions religieuses de la part de l’Empire romain puis byzantin. Sous Dioclétien (vers 303), de nombreux chrétiens d’Égypte subirent le martyre ; cet épisode est resté si traumatisant que le calendrier copte débute en 284 apr. J.-C., année de l’avènement de Dioclétien, appelée « ère des martyrs ». Plus tard, après le concile de Chalcédoine (451), l’incompréhension théologique entre les Byzantins et l’Église copte dégénéra en persécution : aux VIᵉ et VIIᵉ siècles, l’administration byzantine tenta par la force d’imposer en Égypte des patriarches melkites (grecs-orthodoxes) à la place des patriarches coptes légitimes. Les fidèles coptes, refusant ce qu’ils percevaient comme une hérésie, furent réprimés ; des évêques et moines jacobites (miaphysites) furent emprisonnés ou exilés. Cette période de violence intra-chrétienne explique en partie l’attitude conciliante de nombreux Coptes envers la conquête arabe en 641 : l’ennemi byzantin leur paraissait plus oppressif que le nouveau pouvoir musulman, du moins initialement.
Moyen Âge musulman : Sous les califats et les sultanats islamique, les discriminations à l’égard des Coptes furent institutionnalisées par le statut de dhimmi. Bien que protégés de l’extermination et de la conversion forcée systématique, les Coptes étaient traités en citoyens de second rang (interdiction de porter des armes, de témoigner contre un musulman en justice, de construire des églises sans autorisation, etc.). La pression fiscale de la jizya constituait une lourde charge pour les communautés chrétiennes pauvres, incitant les plus vulnérables à abjurer leur foi pour embrasser l’islam. De plus, selon les périodes, les pouvoirs en place ajoutaient des mesures vexatoires : port de vêtements distinctifs, interdiction de monter à cheval, limitations dans les rites funéraires, etc.
À plusieurs reprises, ces humiliations tournèrent au déchaînement de violences. Outre la persécution d’al-Hakim au XIᵉ siècle déjà évoquée, on peut citer les émeutes anti-coptes du XIVᵉ siècle sous les Mamelouks, où des quartiers chrétiens furent pillés et incendiés, des églises détruites, à la suite d’accusations de collusion avec les Croisés ou de blasphème. Ces persécutions atteignirent un tel niveau que, d’après certaines estimations historiques, la proportion de Coptes tomba à environ 3 % de la population vers 1700 (soit seulement 100 000 fidèles sur 3 millions d’habitants). La communauté copte conserva sa foi dans la clandestinité relative : les églises adoptaient une architecture extérieure discrète, sans clochers ostentatoires, pour ne pas attirer l’attention. Cette prudence était vitale pour survivre dans un environnement majoritairement musulman souvent intolérant envers les « infidèles ».
Époque moderne et contemporaine : L’amélioration de la condition des Coptes au XIXᵉ siècle n’effaça pas totalement les préjugés. À l’époque coloniale britannique, bien que la loi fût censée garantir l’égalité, la mentalité collective restait marquée par des siècles de séparation communautaire. Dans les années 1930, lors de la Grande Dépression, une rhétorique xénophobe et anti-copte resurgit : les Coptes, qui avaient prospéré dans certains secteurs économiques, furent accusés par des pamphlétaires islamistes d’être des « profiteurs » ou une « cinquième colonne chrétienne » alliée à l’Occident. Ce regain de méfiance se traduisit par des tensions communautaires. Des journaux nationalistes musulmans s’en prirent aux « privilèges » supposés des Coptes, tandis qu’en réaction, certains au sein de la communauté copte développèrent un discours communautaire sur la nécessaire protection de leurs droits (allant, chez une minorité extrême, jusqu’à fantasmer la création d’un **« État copte » autonome).
Après la révolution de 1952, le nouvel État égyptien, d’idéologie panarabiste, relègue de facto les Coptes aux marges de la vie politique. Gamal Abdel Nasser prône le nationalisme arabe et le socialisme islamisant, ce qui se traduit par l’éviction discrète des Coptes des postes de commandement dans l’armée et les services de sécurité, et par la nationalisation qui frappe durement la bourgeoisie copte. Sous Anouar el-Sadate (au pouvoir de 1970 à 1981), la situation se tend davantage : Sadate cherche à s’appuyer sur l’islam pour légitimer son régime, proclamant même la charia « source principale du droit » dans la Constitution en 1980. Parallèlement, les mouvements islamistes radicaux gagnent du terrain dans la société. Les Coptes deviennent la cible d’attaques de plus en plus violentes de la part de groupuscules extrémistes (les takfiris et autres salafistes) qui les considèrent comme des infidèles à éliminer. En juin 1981, le pape Shenouda III, qui dénonçait ouvertement la montée de l’islamisme et demandait l’égalité citoyenne, est arrêté par Sadate et relégué en résidence forcée dans un monastère. Cette mesure provoque un choc chez les Coptes, qui voient là un signe de la partialité de l’État en faveur des islamistes. Sadate sera assassiné quelques mois plus tard, en octobre 1981, par des jihadistes de l’armée.
Sous Hosni Moubarak (1981-2011), Shenouda III est réhabilité en 1985 et les Coptes connaissent une relative accalmie d’État. Cependant, la violence sectaire ne disparaît pas : les années 1990 sont marquées par des attentats anti-coptes perpétrés par des groupes terroristes islamistes (par exemple, le massacre de 13 chrétiens à El-Kosheh en 2000). L’État, tout en réprimant ces groupes armés, reste ambivalent : il protège officiellement les Coptes, mais maintient des politiques discriminatoires (par exemple, une réglementation tatillonne freinant la construction ou même la réparation des églises, héritée des décrets ottomans). Dans l’administration et l’armée, les Coptes plafonnent rarement au-delà de postes subalternes. Jusqu’aux années 2010, aucun Copte n’avait été gouverneur de province ou recteur d’université, et leur représentation parlementaire se limitait souvent à quelques députés nommés par le président (Moubarak nommait d’office une poignée de députés coptes pour compenser leur absence des urnes). Ce plafond de verre alimente chez beaucoup un sentiment de marginalisation.
Au début du XXIᵉ siècle, deux événements dramatiques attirent l’attention internationale sur les discriminations subies par les Coptes. D’une part, l’attentat du Nouvel An 2011 : le 1ᵉʳ janvier 2011, une bombe explose devant l’église des Deux-Saints à Alexandrie, tuant 21 fidèles coptes et en blessant 79. Cet acte terroriste choque le pays et provoque des manifestations coptes pour réclamer protection et égalité. Quelques jours plus tard, en janvier-février 2011, les Coptes participent aux côtés des musulmans à la révolution qui renverse Moubarak ; on voit alors sur la place Tahrir des prêtres en soutane entourés de jeunes manifestants protégeant des musulmans en prière et vice-versa, image d’une unité nationale retrouvée. Mais l’espoir est de courte durée. Le massacre de Maspero survient le 9 octobre 2011 : lors d’un rassemblement pacifique de Coptes au Caire protestant contre l’incendie d’une église et réclamant la fin des discriminations, l’armée ouvre le feu et fonce sur la foule avec des blindés, faisant plus de 25 morts (principalement coptes) et des centaines de blessés. Ce drame montre que même après la révolution, les Coptes restent vulnérables, y compris face aux forces de l’ordre censées les protéger.
En 2012-2013, l’accession au pouvoir du président issu des Frères musulmans, Mohamed Morsi, inquiète vivement les Coptes, qui craignent une islamisation accrue de l’État. Après la destitution de Morsi par l’armée en juillet 2013, une violente vague de représailles s’abat sur la communauté copte de la part d’islamistes furieux : en août 2013, plus de 50 églises sont incendiées à travers le pays, ainsi que des écoles et des commerces appartenant à des Coptes. Des civils chrétiens sont agressés dans la rue pour le simple fait de porter une croix. Ces attaques coordonnées, revendiquées par des partisans de la confrérie, s’apparentent à de véritables pogroms anti-chrétiens et laissent des villages entiers terrorisés. Depuis lors, bien que le nouveau régime du président Abdel Fattah al-Sissi affiche une politique de réconciliation (il a par exemple fait construire une grande cathédrale au Caire et promulgué en 2016 une loi visant à faciliter la construction d’églises), les attentats djihadistes continuent de frapper les Coptes. En 2017, deux attentats suicide le jour des Rameaux visent des églises coptes à Tanta et Alexandrie, faisant 45 morts. La même année, des pèlerins en route vers un monastère en Moyenne-Égypte sont attaqués par des militants de Daech, causant 28 morts. Et en 2018, un nouvel assaut contre un bus de fidèles coptes fait 7 morts. Ces violences récentes, souvent revendiquées par la branche égyptienne de l’État islamique, soulignent tragiquement que les Coptes demeurent la cible privilégiée du terrorisme islamiste, « une cible désarmée » s’indigne un auteur, face à une idéologie qui voudrait « purifier le pays de leur présence ».
En dépit de ces épreuves répétées, les Coptes n’ont jamais cessé d’affirmer leur patriotisme et leur désir de vivre en paix dans la patrie de leurs ancêtres. Leur histoire est souvent décrite par eux-mêmes comme une suite ininterrompue de martyrs et de témoignages de foi. Une « légende dorée », entretenue dans la mémoire collective, exalte la longue endurance de l’Église des martyrs : depuis les persécutions romaines jusqu’aux attentats modernes, la communauté se voit comme portant sa croix dans un calvaire de plus de 2 000 ans. Cette narrative héroïque coexiste avec une revendication bien réelle : celle de l’égalité des droits et de la fin effective des discriminations, pour que les Coptes ne soient plus des citoyens de seconde zone dans leur propre pays.
Les Coptes dans l’Égypte moderne : rôle politique, culturel et religieux
Malgré les défis, les Coptes forment aujourd’hui une communauté bien présente et active au sein de la société égyptienne. Avec environ 10 % de la population égyptienne (les estimations varient de 5 % à 15 % selon les sources, en l’absence de statistiques officielles), ils constituent la plus importante minorité chrétienne du Moyen-Orient. Leur contribution à la vie nationale est significative, même si elle est parfois méconnue. On les trouve dans toutes les couches sociales : du paysan de la vallée du Nil au grand bourgeois du Caire, du conducteur de minibus au professeur d’université, le peuple copte reflète la même diversité socio-économique que l’ensemble des Égyptiens. En ce sens, les Coptes soulignent à juste titre qu’ils sont partie intégrante et inséparable de la nation égyptienne, et non une curiosité folklorique ou un vestige du passé.
Sur le plan politique, la présence copte aux plus hauts niveaux de l’État a toujours été limitée, mais non négligeable. Sous la monarchie et jusqu’aux années 1950, plusieurs ministres coptes ont fait partie des gouvernements. On a évoqué Boutros Ghali Pacha, premier ministre au début du XXᵉ siècle. Plus près de nous, Boutros Boutros-Ghali, petit-fils du précédent, fut ministre des Affaires étrangères sous Sadate et Moubarak, avant de devenir Secrétaire général de l’ONU (1992-1996) – une figure symbolisant l’ouverture internationale de l’élite copte. Néanmoins, aucun Copte n’a jamais accédé à la magistrature suprême (présidence de la République), ni même aux postes de premier plan de l’armée ou des services de sécurité. La sous-représentation politique reste donc de mise. Par exemple, en 2010, juste avant la révolution, seulement 3 députés coptes avaient été élus sur 518, chiffre porté à 10 après nomination exceptionnelle de 7 députés coptes par le président Moubarak (soit à peine 2 % du Parlement). Conscient de ce déséquilibre, le pouvoir actuel a nommé pour la première fois en 2018 une femme copte au poste de gouverneur (province de Damiette), geste fort mais encore isolé. Il n’en demeure pas moins que la plupart des Coptes exercent leur citoyenneté de manière ordinaire et locale : plusieurs ont été élus maires ou députés dans leurs circonscriptions, et la communauté s’implique dans la vie civique (élections, syndicats, etc.) souvent sans étiquette religieuse.
Sur le plan culturel et intellectuel, les Coptes ont joué un rôle notable dans l’Égypte moderne. Au XXᵉ siècle, de grands écrivains, journalistes et penseurs coptes ont contribué au bouillonnement intellectuel du pays. On peut citer Salama Moussa, essayiste progressiste des années 1930-1940, ou Louis Awad, critique littéraire du milieu du XXᵉ siècle. Dans les arts, quelques figures de la musique et du cinéma égyptiens sont issues de familles coptes, bien qu’elles ne soient pas toujours identifiées publiquement par leur religion. La culture copte spécifique – liturgique et artistique – reste vivante à travers des chœurs religieux, des ateliers d’iconographie, des musées comme le Musée copte du Caire, et des initiatives académiques (conférences, revues d’études coptes). Par ailleurs, l’héritage pharaonique, sur lequel les Coptes insistent volontiers, est un terrain de fierté partagée avec l’ensemble des Égyptiens : l’Antiquité égyptienne est célébrée comme un glorieux passé national, et les Coptes se plaisent à rappeler qu’ils en sont les dépositaires directs par la continuité de leur langue et de leurs traditions.
Dans la société civile, la communauté copte est très soudée. L’Église, outre son rôle spirituel, assure souvent une mission sociale et éducative : de nombreuses écoles privées de qualité sont tenues par le clergé ou par des fondations coptes, accessibles aux élèves de toutes confessions. Des œuvres caritatives coptes fournissent aide médicale, distribution de vivres ou micro-crédits dans les villages les plus pauvres, y compris au bénéfice de musulmans – un aspect méconnu de la solidarité nationale. On observe également un phénomène spécifique au Caire : celui des Zabbalîn, chiffonniers coptes qui recyclent les déchets de la métropole. Regroupés dans des quartiers périphériques, ces éboueurs (souvent migrants de Haute-Égypte) ont développé un système efficace de collecte et de recyclage informel. Leur présence, bien qu’associée à la pauvreté, témoigne de la diversité des métiers occupés par les Coptes et de leur intégration à l’économie urbaine.
Sur le plan religieux national, le patriarche copte (le Pape d’Alexandrie) est une personnalité influente qui dialogue régulièrement avec le pouvoir en place. Depuis les années 1970, les papes Shenouda III puis Tawadros II ont assumé un rôle de porte-parole de leur communauté, appelant tantôt au calme et à l’unité nationale, tantôt alertant sur les injustices subies. Les relations entre l’État et l’Église copte ont connu des hauts et des bas : confrontations ouvertes sous Sadate, coopération méfiante sous Moubarak, et aujourd’hui une alliance prudente avec le régime du président Sissi. Ce dernier affiche ostensiblement son soutien aux Coptes, assistant à la messe de Noël, déclarant que « tous les Égyptiens – chrétiens et musulmans – sont égaux » et inaugurant en 2019 la cathédrale de la Nativité dans la nouvelle capitale administrative (la plus grande église du Moyen-Orient). Ces gestes, bien accueillis, n’effacent pas complètement les griefs de la minorité, mais marquent une reconnaissance officielle de son rôle dans la nation.
Il faut souligner que, malgré les tensions, de nombreux Égyptiens musulmans soutiennent le principe de la citoyenneté égalitaire. À plusieurs reprises, la société civile s’est mobilisée en faveur des Coptes : après l’attentat de 2011 à Alexandrie, on a vu des volontaires musulmans donner leur sang pour les blessés coptes, et lors des célébrations de Noël, des jeunes se proposer pour sécuriser les églises. Ce genre d’initiatives montre que l’unité nationale demeure un idéal partagé par beaucoup, au-delà des clivages sectaires. La célèbre devise lancée lors de la révolution de 1919, « La religion est pour Dieu, la patrie est pour tous », continue d’inspirer l’imaginaire d’une Égypte multiconfessionnelle et unie.
Défis actuels, diaspora et perspectives d’avenir
Défis et espoirs en Égypte
À l’aube du XXIᵉ siècle, les Coptes d’Égypte font face à des défis anciens et nouveaux. Sur le plan de la citoyenneté, l’égalité réelle reste à parfaire. Certes, la Constitution égyptienne affirme le principe de non-discrimination, et depuis 2016 une loi simplifie la construction des églises (mettant fin à des règlements ottomans désuets). Toutefois, dans la pratique, des discriminations subsistent : représentation politique en deçà du poids démographique, difficultés à accéder à certaines carrières souveraines (armée, police, renseignement), et persistance de préjugés dans la société. Les Coptes aspirent à être pleinement reconnus comme citoyens à part entière, sans plafond de verre. Leur sécurité demeure aussi une préoccupation majeure, face à la menace terroriste qui plane toujours. À cet égard, l’État a renforcé la protection policière autour des sites religieux et lancé des opérations militaires contre les cellules jihadistes, mais la vigilance reste de mise.
En parallèle, la renaissance culturelle et religieuse amorcée au XXᵉ siècle se poursuit. L’Église copte, forte d’une foi vivante, voit affluer de nouveaux fidèles et vocations. On assiste depuis quelques décennies à un engouement pour la vie monastique : les monastères égyptiens, naguère clairsemés, attirent aujourd’hui de nombreux jeunes moines, au point que certains établissements centenaires (comme ceux du Wadi Natroun ou de Haute-Égypte) doivent s’agrandir pour accueillir toutes les vocations. Ce regain spirituel va de pair avec un essor des activités pastorales en ville : multiplication des centres de catéchèse, des groupes de jeunesse, des œuvres sociales paroissiales. La figure du pape Tawadros II, intronisé en 2012, incarne un renouveau dans la continuité : il insiste sur la nécessité pour les Coptes de rester attachés à la terre d’Égypte tout en étant ouverts sur le monde. Tawadros II a par exemple rencontré le pape François à Rome, poursuivant le dialogue œcuménique entamé par ses prédécesseurs, et il encourage la présence médiatique de l’Église (chaînes télévisées chrétiennes, usages des réseaux sociaux) pour toucher la jeunesse.
Au-delà du domaine religieux, certains parlent d’un « réveil copte » dans la sphère culturelle. On voit un intérêt grandissant de la part des Coptes eux-mêmes pour leur propre histoire : publications de livres, restaurations d’anciens sites (églises historiques du Caire copte, monastères rupestres), festivals de chant liturgique, cours de langue copte pour amateurs, etc. Parallèlement, l’État égyptien intègre davantage la composante copte dans son récit national : le gouvernement a soutenu en 2021 la création d’un musée dédié à la culture copte à Minya, et inclut des symboles chrétiens (comme la croix copte aux côtés du croissant) dans certaines cérémonies officielles pour illustrer l’unité nationale. Ces signes montrent qu’à défaut d’une amélioration spectaculaire de la condition politique, il y a une évolution progressive des mentalités vers la reconnaissance de l’apport copte à l’Égypte.
La diaspora copte : exil et influence
Un autre phénomène marquant de la fin du XXᵉ siècle est l’essor de la diaspora copte à travers le monde. Face aux difficultés économiques et aux tensions religieuses des dernières décennies, de nombreux Coptes ont choisi l’émigration. On estime qu’entre 1 et 2 millions de Coptes d’origine égyptienne vivent hors d’Égypte aujourd’hui. Les plus grandes communautés se trouvent en Amérique du Nord (environ 300 000 aux États-Unis, 200 000 au Canada), en Australie (75 000), en Europe (Royaume-Uni 20 000, France ~45 000, Allemagne ~6 000, etc.), ainsi qu’au Soudan voisin. Cette diaspora a connu plusieurs vagues : d’abord dans les années 1960-1970 (beaucoup de familles aisées ou instruites quittant l’Égypte de Nasser pour l’Occident), puis après chaque épisode de violences (par exemple, une vague d’émigration après les émeutes des années 1980, une autre après les attentats de 2010-2011). Des experts estiment qu’entre 250 000 et 500 000 Coptes se sont établis aux États-Unis à eux seuls.
Si cet exode représente une perte pour l’Égypte (fuite des cerveaux, saignée démographique minoritaire), il a aussi donné naissance à une diaspora dynamique qui maintient vivante l’identité copte à l’étranger. Partout où ils se sont installés, les Coptes ont bâti des églises, souvent nommées Saint-Marc en hommage à leur fondateur. On trouve désormais des diocèses coptes orthodoxes en Amérique, en Europe et en Australie, placés sous l’autorité directe du pape d’Alexandrie. Ces communautés diasporiques se distinguent par une forte volonté de préservation culturelle : écoles du dimanche pour enseigner l’arabe et le copte aux enfants nés à l’étranger, célébration des fêtes selon le calendrier julien, et solidarité envers la mère-patrie. La diaspora a en effet les moyens de soutenir financièrement les églises et œuvres en Égypte (on le vit par exemple lors de la reconstruction d’églises brûlées en 2013, où des fonds importants sont venus de coptes de l’étranger). En outre, elle joue un rôle d’influence médiatique et politique : les Coptes de France, du Canada ou des États-Unis se sont mobilisés pour alerter l’opinion et les gouvernements occidentaux sur le sort de leurs coreligionnaires en Égypte, surtout après les vagues d’attentats. Par leurs manifestations pacifiques, pétitions, et relais dans la presse internationale, ils ont contribué à rompre le silence et à faire pression pour que la question de la protection des minorités religieuses figure à l’agenda diplomatique.
La diaspora, cependant, n’est pas monolithique. Si la grande majorité reste fidèle à l’Église orthodoxe et s’implique dans la cause copte, une partie des jeunes générations nées hors d’Égypte tend à s’assimiler aux sociétés d’accueil. Le défi est alors de maintenir le lien avec les racines : beaucoup de jeunes diasporiques reviennent périodiquement en Égypte pour des pèlerinages ou des visites familiales, nourrissant ainsi un attachement transnational. Internet et les réseaux sociaux facilitent aussi ces échanges : des messes en arabe ou en copte sont diffusées en ligne, suivies par des milliers de fidèles à travers le monde.
Perspectives d’avenir
En dépit des épreuves, l’avenir des Coptes d’Égypte n’est pas seulement un tableau sombre ; il comporte aussi des lueurs d’espoir et de renouveau. D’une part, la conscience nationale semble évoluer vers plus d’inclusion, surtout parmi les jeunes Égyptiens éduqués qui aspirent à dépasser les divisions confessionnelles. D’autre part, la communauté copte elle-même a prouvé au cours de l’histoire une capacité de résilience exceptionnelle. Après avoir survécu aux empires romain, byzantin, arabe, ottoman, aux colonisateurs européens, au nationalisme panarabe et aux assauts du fanatisme, les Coptes abordent le XXIᵉ siècle avec la volonté de rester un maillon vivant de la mosaïque égyptienne.
Parmi les défis internes, l’Église copte devra continuer à s’adapter pour retenir sa jeunesse, confrontée à la sécularisation et à l’émigration. L’approfondissement du dialogue avec les musulmans modérés du pays est également crucial pour désamorcer les préjugés : plusieurs initiatives de « maisons de la famille égyptienne » (conseils locaux interreligieux) ont vu le jour pour promouvoir le vivre-ensemble au niveau des villages et des quartiers. Sur le plan international, les Coptes bénéficient d’une visibilité accrue dans les médias du monde, ce qui peut constituer un facteur de protection à condition que l’attention ne faiblisse pas.
Le pape Tawadros II résume souvent son ambition en soulignant la vocation des Coptes à être à la fois fidèles à leur héritage et citoyens engagés de l’Égypte moderne. C’est dans cet équilibre que réside sans doute l’avenir de cette communauté bimillénaire. En conservant la flamme de la langue copte, de la liturgie et des traditions ancestrales, tout en participant pleinement à la vie politique, économique et culturelle de la nation, les Coptes continueront d’incarner cette Église des martyrs et des érudits, héritière des pharaons et apôtre de la paix. Leur destin demeure lié à celui de l’Égypte : ils forment, comme ils aiment à le dire, « la trame chrétienne du tissu égyptien », et à ce titre, leur avenir sera façonné par celui du pays tout entier. Gageons qu’avec le temps, les épreuves passées se mueront en une source de fierté tranquille, et que les Coptes pourront vivre leur foi et leur culture en pleine égalité, tournés vers l’avenir sans renier leur passé. Leur histoire singulière – faite de gloire antique, de ferveur religieuse, de persévérance face à l’adversité – restera à jamais un élément incontournable du patrimoine historique, culturel, religieux et politique de l’Égypte.
Sources : Les éléments ci-dessus s’appuient sur de nombreuses études et chroniques, notamment des publications académiques et journalistiques en français qui ont documenté l’histoire et la condition des Coptes : l’article de Jean-François Colosimo « Les coptes d’Égypte : héritiers d’Osiris et du Christ » dans National Geographic ; les travaux de l’historien Irénée-Henri Dalmais sur les origines de l’Église copte ; l’encyclopédie Wikipedia en français qui fournit un panorama actualisé sur la démographie, la culture et les défis contemporains des Coptes ; ainsi que d’autres études spécialisées sur l’Égypte et les chrétiens d’Orient. Cette synthèse, accessible mais rigoureuse, reflète l’histoire tourmentée et la vitalité présente de la communauté copte, invitant à mieux connaître et reconnaître le rôle de ces héritiers des pharaons dans l’histoire égyptienne jusqu’à nos jours.
Key points (English)
-
Copts are Egypt’s indigenous Christian community, with roots in early Christianity and Alexandrian tradition.
-
The Coptic Orthodox Church preserves distinctive liturgy, spirituality, and monastic heritage.
-
Coptic identity mixes faith, memory of ancient Egypt, and a strong sense of Egyptian nationhood.
-
Across centuries, their status shifted under different regimes, often marked by legal and social discrimination.
-
In modern Egypt, they remain influential culturally and socially, yet underrepresented in power structures.
-
A large diaspora strengthens global visibility and support networks for Copts in Egypt.
-
The future hinges on equal citizenship, security, intercommunal trust, and cultural transmission.
Commentaires
Enregistrer un commentaire