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Henri Boulad — le jésuite d’Alexandrie qui voulait réconcilier l’Orient, l’Occident et l’homme

 

 Pour Henri Boulad, la crise du monde moderne n’était pas d’abord économique ou politique : elle était spirituelle.




Évangile :
« Je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance. »
— Jean 10, 10


الملخّص بالعربية

كان الأب هنري بولاد (1931-2023) كاهنًا يسوعيًا ملكيًا من مصر، وُلد في الإسكندرية لعائلة مسيحية شامية الأصل. جمع بين الروحانية الشرقية والفكر الغربي، وعُرف بدفاعه عن كرامة الإنسان والحوار بين الأديان وتجديد الحياة الروحية. خدم الفقراء من خلال كاريتاس مصر، وكتب عشرات الكتب عن الإيمان والمحبة والحرية والبحث عن الله. يُعد من أبرز الأصوات المسيحية العربية الكاثوليكية في القرن العشرين وبداية القرن الحادي والعشرين.


Article

Lorsque l’on évoque les grandes figures du christianisme arabe contemporain, quelques noms reviennent immédiatement : le patriarche Maximos IV, le père Paolo Dall'Oglio, le cardinal Sfeir, le patriarche Pizzaballa aujourd’hui.

Mais parmi eux se trouve une voix singulière : celle du père Henri Boulad.

Ni évêque.
Ni patriarche.
Ni chef politique.

Simplement un prêtre jésuite égyptien devenu l’un des penseurs chrétiens les plus lus du monde francophone et arabophone.

Pendant plus d’un demi-siècle, il a tenté de répondre à une question qui traverse toute son œuvre :

Comment rester profondément chrétien dans un monde qui semble avoir perdu le sens de Dieu ?


Un enfant d’Alexandrie

Henri Boulad naît en 1931 à Alexandrie.

Cette ville n’est pas n’importe quelle cité d’Égypte. Depuis l’Antiquité, Alexandrie constitue l’un des grands carrefours du monde méditerranéen. Grecs, Arabes, Arméniens, Juifs, Italiens, Français et Levantins y ont longtemps vécu côte à côte.

Boulad grandit dans cette atmosphère cosmopolite.

Sa famille appartient à la communauté grecque-melkite catholique, héritière du christianisme arabe du Proche-Orient. Ses racines plongent à la fois dans la Syrie historique, le Liban et l’Égypte.

Cette double appartenance marquera toute sa vie.

Oriental par sa culture et sa spiritualité.
Universel par sa formation intellectuelle.


Le choix des jésuites

En 1950, il entre dans la Compagnie de Jésus au Liban.

Comme beaucoup de jésuites du XXe siècle, il reçoit une formation particulièrement solide :

  • philosophie en France,
  • théologie au Liban,
  • psychologie aux États-Unis.

Cette ouverture internationale lui donne une vision rare parmi les intellectuels du Moyen-Orient.

Il connaît :

  • l’Orient arabe,
  • l’Europe chrétienne,
  • l’Amérique moderne.

Toute sa pensée cherchera ensuite à faire dialoguer ces trois univers.

Ordonné prêtre melkite en 1963, il revient en Égypte où il passera l’essentiel de sa vie.


Le prêtre des pauvres

Henri Boulad n’est pas seulement un auteur.

Pendant de nombreuses années, il travaille au service des plus démunis à travers Caritas Égypte.

Il dirige l’organisation entre 1984 et 1995, puis exerce des responsabilités régionales pour Caritas au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Dans ses conférences, il insiste souvent sur une idée simple :

« La foi qui ne devient pas service de l’homme risque de devenir idéologie. »

Pour lui, l’action sociale n’est pas une activité secondaire du christianisme. Elle découle directement de l’Évangile.

En Égypte, il travaille aussi bien avec des musulmans que des chrétiens, convaincu que la dignité humaine précède les appartenances confessionnelles.


Une voix du christianisme arabe

À partir des années 1980, Henri Boulad devient une figure connue dans le monde francophone.

Ses livres sont traduits dans de nombreuses langues. Ses conférences attirent un large public.

Contrairement à certains auteurs purement académiques, il cherche toujours à parler de l’expérience humaine concrète :

  • l’amour,
  • la liberté,
  • la sexualité,
  • la souffrance,
  • la mort,
  • le sens de la vie.

Son style est direct, accessible et profondément spirituel.

Pour lui, la crise moderne n’est pas d’abord économique ou politique. Elle résulte d’une perte de sens.

L’homme contemporain possède davantage de confort matériel que ses ancêtres, mais il peine souvent à répondre à une question fondamentale :

Pourquoi vivre ?


Entre Orient et Occident

Henri Boulad appartient à une génération particulière de chrétiens orientaux.

Né avant les indépendances arabes, il a connu :

  • le cosmopolitisme alexandrin,
  • le nationalisme arabe,
  • les guerres israélo-arabes,
  • l’islamisme,
  • la mondialisation.

Son regard est souvent critique à la fois envers l’Occident et envers le monde arabe.

Il reproche à l’Occident son matérialisme croissant, son individualisme et sa perte de repères spirituels.

Mais il critique également les blocages du monde arabe, le fanatisme religieux et l’absence de certaines libertés fondamentales.

Son objectif n’est jamais de choisir un camp.

Il cherche plutôt à construire un pont.


Le dialogue avec l’islam

Vivant en Égypte, Henri Boulad ne pouvait ignorer la question des relations entre christianisme et islam.

Toute sa vie, il défend le dialogue.

Mais il refuse un dialogue superficiel fondé sur des slogans ou des formules diplomatiques.

Pour lui, le véritable dialogue suppose :

  • la vérité,
  • la lucidité,
  • le respect mutuel,
  • et la capacité de reconnaître les difficultés réelles.

Cette position lui vaut parfois des critiques venant de différents horizons.

Mais elle correspond à sa conviction profonde : une amitié authentique ne se construit pas sur le silence mais sur la franchise.


Un homme de spiritualité

Malgré son engagement intellectuel et social, Henri Boulad demeure avant tout un homme de prière.

Ses ouvrages les plus connus traitent souvent :

  • de la foi,
  • du mystère de Dieu,
  • de l’amour,
  • de la liberté intérieure,
  • de la vie éternelle.

Son christianisme est profondément marqué par la tradition orientale.

On y retrouve :

  • le sens du mystère,
  • l’importance de l’expérience spirituelle,
  • la recherche de l’union avec Dieu,
  • et la conviction que l’homme ne peut se comprendre pleinement sans transcendance.

Une figure du christianisme arabe contemporain

Henri Boulad meurt au Caire en 2023 à l’âge de 91 ans.

Avec lui disparaît l’un des derniers représentants d’une génération née dans le grand monde levantin d’avant les bouleversements du XXe siècle.

Mais son œuvre demeure.

À travers ses livres, ses conférences et son engagement auprès des pauvres, il laisse l’image d’un homme qui a tenté toute sa vie de relier :

  • la foi et la raison,
  • l’Orient et l’Occident,
  • la contemplation et l’action,
  • le christianisme et le monde contemporain.

Dans un Moyen-Orient souvent présenté uniquement à travers les conflits, Henri Boulad rappelle qu’il existe aussi une autre histoire : celle des penseurs, des éducateurs et des hommes de Dieu qui cherchent à bâtir des ponts plutôt que des murs.


Points importants (English)

  • Henri Boulad was an Egyptian Melkite Catholic Jesuit priest born in Alexandria in 1931.
  • He came from a Christian Levantine family with roots in Syria and Egypt.
  • He studied in Lebanon, France, and the United States.
  • Boulad served as director of Caritas Egypt and held leadership roles within Caritas International.
  • He published nearly thirty books translated into numerous languages.
  • His writings focused on:
    • faith,
    • freedom,
    • spirituality,
    • love,
    • human dignity,
    • and the search for meaning.
  • He promoted Christian-Muslim dialogue while advocating intellectual honesty.
  • He became one of the best-known Christian Arab voices in the French-speaking world.

Note culturelle

Henri Boulad appartient à cette tradition particulière du christianisme melkite, héritière à la fois de la culture arabe, de la théologie byzantine et de la communion avec Rome. Son parcours illustre parfaitement la diversité souvent méconnue du christianisme oriental contemporain.


Sources

  • Œuvres d’Henri Boulad
  • Compagnie de Jésus (Jésuites)
  • Caritas Égypte
  • Témoignages et conférences du père Henri Boulad
  • Documentation sur l’Église grecque-melkite catholique
  • Biographies publiées après son décès en 2023

Illustration suggérée : Henri Boulad âgé, en soutane noire de jésuite, marchant dans une rue d’Alexandrie au coucher du soleil ; derrière lui, une église melkite, une mosquée et la bibliothèque d’Alexandrie symbolisent le dialogue entre foi, culture et civilisations.


💬 Et vous ?

Connaissiez-vous le père Henri Boulad ? Avez-vous déjà lu L'Amour Fou de Dieu, L'Anti-Destin ou l'un de ses nombreux ouvrages spirituels ? Son regard sur la foi, la liberté intérieure, le dialogue entre les cultures et la crise spirituelle du monde moderne vous paraît-il toujours actuel ?

N'hésitez pas à partager dans les commentaires vos découvertes, vos citations préférées ou vos témoignages. Les grandes figures du christianisme oriental méritent souvent d'être redécouvertes, car elles offrent un regard différent sur l'Évangile, nourri à la fois par les traditions de l'Orient chrétien et par les défis contemporains.

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Faire connaître leur histoire, leurs saints, leurs penseurs et leurs témoins de la foi constitue une manière simple mais concrète de préserver une mémoire qui appartient au patrimoine de toute l'Église.

À travers ces chroniques, nous souhaitons contribuer à faire découvrir ces hommes et ces femmes qui, depuis deux mille ans, témoignent du Christ sur les terres mêmes où sont nés les premiers disciples.

🎞️ Souvenirs, souvenirs…

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