Pris entre Israël, le Hezbollah et les calculs des puissances, les villages chrétiens du sud du Liban rappellent qu’ils veulent rester libanais.
Résumé en arabe :
رفض مسؤولون من القرى المسيحية في جنوب لبنان تصريحات بنيامين نتنياهو التي قال فيها إن بعض القرى المسيحية طلبت أن تُضمّ إلى إسرائيل طلبًا للحماية من حزب الله. وأكّد هؤلاء أن المسيحيين في الجنوب لا يريدون الانضمام إلى إسرائيل، بل يريدون البقاء في أرضهم كلبنانيين، وحماية قراهم وكرامتهم من دون أن يتحولوا إلى أداة في حرب تتجاوزهم.
وتأتي هذه التصريحات في وقت يعيش فيه سكان الجنوب، مسيحيين ومسلمين، تحت ضغط القصف والنزوح والدمار والخوف. فالمسيحيون هناك يرفضون أن يُحصروا في خيارين مصطنعين: إمّا التبعية لحزب الله، وإمّا طلب حماية إسرائيل. موقفهم الحقيقي هو الدفاع عن الانتماء اللبناني، وعن حقهم في العيش في قراهم من دون أن يُستخدموا ذريعة سياسية أو طائفية.
Évangile
« Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. »
— Matthieu 5, 9
Article
Les villages chrétiens du sud du Liban viennent de rappeler une évidence que les grandes puissances oublient volontiers : les chrétiens d’Orient ne sont pas des accessoires diplomatiques. Ils ne sont ni des pions sur une carte, ni des figurants bibliques, ni des minorités disponibles pour justifier la stratégie de tel ou tel camp.
Début juillet 2026, une polémique a éclaté après des propos de Benjamin Netanyahu affirmant, sur Fox News, que certains villages chrétiens du sud du Liban auraient demandé à être annexés à Israël pour être protégés du Hezbollah. L’affirmation a été rejetée par des responsables et élus chrétiens du sud libanais. Arab News rapporte que des leaders chrétiens de la région ont fermement rejeté cette déclaration, qu’ils considèrent comme une tentative de pression sur les autorités libanaises dans le dossier du désarmement du Hezbollah.
La formule prêtée à Netanyahu est lourde : des villages chrétiens demanderaient l’annexion parce qu’Israël les protégerait des « fanatiques du Hezbollah ». Problème : les villages cités ne semblent pas s’y reconnaître. L’Orient-Le Jour rapporte que cette accusation a été rejetée unanimement dans le sud, et souligne que Netanyahu n’a pas identifié précisément les villages dont il parlait. Aleteia, de son côté, cite Vincent Gelot, directeur de L’Œuvre d’Orient au Liban et en Syrie, qui dément cette idée d’une demande d’annexion venue des villages chrétiens.
La réponse locale est donc nette : les chrétiens du sud du Liban ne veulent pas être transformés en argument d’annexion. Ils ne souhaitent pas être présentés comme un groupe demandant la protection d’Israël contre le Hezbollah. Leur position est plus complexe, plus enracinée, et surtout plus libanaise.
Car le vrai sujet est là : ces communautés refusent un choix fabriqué.
D’un côté, elles subissent la présence du Hezbollah, les tensions frontalières, les logiques militaires, les pressions communautaires et l’affaiblissement de l’État libanais. De l’autre, elles subissent les bombardements israéliens, les destructions, l’angoisse de l’occupation ou d’une zone tampon, et la peur d’être utilisées comme vitrine chrétienne d’une politique israélienne au Liban. Entre ces deux mâchoires, il reste une chose fragile, mais capitale : leur patriotisme libanais.
Ce patriotisme n’est pas toujours spectaculaire. Il ne s’exprime pas forcément par de grands discours idéologiques. Il se voit plutôt dans la volonté de rester au village, de rouvrir une maison, de réparer une église, de garder une école, de cultiver un champ, de célébrer une messe, d’enterrer les morts au cimetière familial. C’est un patriotisme de pierres, de clochers, de terres et de familles.
Reuters a décrit, début juillet, le retour difficile des familles dans le sud du Liban après des mois de conflit et de destructions. Les habitants reviennent dans des villes et villages blessés, rouvrent des commerces, nettoient les débris, mais gardent souvent leurs sacs prêts, dans la crainte d’une reprise des hostilités. Cette scène résume assez bien la condition du sud libanais : on revient, mais on ne respire jamais tout à fait.
Les villages chrétiens ne sont pas épargnés par cette angoisse. L’Associated Press a récemment montré la vie à Marjayoun et Qlayaa, deux localités chrétiennes du sud, où les habitants tentent de maintenir une vie normale malgré les traces de la guerre, les pénuries, l’insécurité et les destructions autour d’eux. À Marjayoun, l’église grecque-orthodoxe Saint-Georges a même perdu sa cloche à cause d’un bombardement, tout en continuant d’accueillir les fidèles. Voilà une image parfaite du christianisme oriental : la cloche tombe, mais la prière continue. On a connu slogans plus bruyants, rarement plus solides.
Ce refus de l’annexion ne signifie donc pas que tout va bien entre les chrétiens du sud et le Hezbollah. Ce serait trop simple. Plusieurs villages chrétiens ont souvent voulu rester à distance des installations militaires et des logiques de confrontation, précisément parce qu’ils savent qu’ils peuvent payer très cher la militarisation de leur environnement. Mais refuser d’être instrumentalisé par le Hezbollah n’implique pas de se jeter dans les bras d’Israël. Entre deux dominations possibles, il existe une troisième voie : l’État libanais.
C’est cette voie qui est la plus difficile. Elle suppose que le Liban redevienne capable de protéger ses citoyens, toutes confessions confondues. Elle suppose que l’armée libanaise soit autre chose qu’un symbole impuissant. Elle suppose que la souveraineté ne soit pas confisquée par une milice, mais aussi qu’elle ne soit pas amputée par une puissance voisine. Elle suppose, en somme, un Liban qui existe vraiment.
Or c’est précisément ce Liban-là qui est aujourd’hui fragilisé. AP rapporte qu’un accord négocié par les États-Unis entre le Liban et Israël, lié au retrait israélien et au désarmement du Hezbollah, a accentué les divisions internes et fait craindre un risque de tensions civiles. Le Hezbollah et ses alliés y voient une humiliation imposée, tandis que le gouvernement libanais tente de défendre une ligne de souveraineté. Dans ce contexte, les chrétiens du sud risquent d’être utilisés comme argument par tous : comme preuve de la nécessité du Hezbollah, comme preuve de la nécessité d’Israël, ou comme preuve de la faillite de l’État.
C’est précisément ce qu’ils refusent.
Leur message pourrait se résumer ainsi : nous ne voulons pas être protégés au prix de notre identité. Nous ne voulons pas être sauvés en cessant d’être libanais. Nous ne voulons pas que nos villages deviennent des pièces justificatives dans le dossier stratégique d’un autre.
Il y a dans cette attitude quelque chose de très ancien chez les chrétiens du Liban. Leur histoire n’a jamais été simple. Ils ont souvent dû composer avec des pouvoirs plus forts qu’eux, négocier leur survie, défendre leurs montagnes, leurs villages, leurs écoles, leurs monastères, leurs réseaux. Mais ils ont aussi appris que la protection extérieure peut devenir une dépendance, puis une prison. L’histoire libanaise est assez riche en mauvaises surprises pour qu’on évite d’en commander une nouvelle.
La formule « ni supplétifs du Hezbollah, ni protégés d’Israël » résume bien ce difficile patriotisme. Elle ne prétend pas résoudre toute la crise libanaise. Elle dit seulement que les chrétiens du sud veulent sortir du rôle qu’on leur attribue. Ils ne veulent pas être les chrétiens utiles d’une guerre qui les dépasse. Ils veulent être des citoyens libanais, dans leurs villages, avec leurs morts, leurs clochers, leurs champs, leurs familles, leurs peurs et leur dignité.
Ce point est essentiel pour parler des chrétiens d’Orient. Trop souvent, on les présente comme des minorités à sauver, mais rarement comme des peuples capables de pensée politique. On aime leurs icônes, leurs chants, leurs ruines, leurs martyrs. On les plaint beaucoup. On les écoute moins. Or ici, ils parlent clairement : ils refusent l’annexion, refusent l’instrumentalisation, refusent de servir d’alibi confessionnel.
Dans un Proche-Orient saturé de calculs militaires, cette parole locale est précieuse. Elle rappelle que la paix ne viendra pas seulement des gouvernements, des armées ou des médiateurs internationaux. Elle viendra aussi de villages qui disent : nous voulons vivre ici, sans devenir le drapeau de quelqu’un d’autre.
Le sud du Liban reste un lieu tragiquement exposé. Les villages chrétiens y vivent dans la peur des bombardements, de l’isolement, de l’exode et de la disparition lente. Mais leur refus d’être annexés symboliquement avant de l’être politiquement est déjà une forme de résistance.
Résistance à la guerre.
Résistance au mensonge.
Résistance à l’effacement.
Et peut-être, surtout, résistance à cette vieille tentation des puissants : parler au nom des petits sans leur demander leur avis.
Note culturelle
Le sud du Liban compte plusieurs localités chrétiennes importantes, notamment Rmeich, Marjayoun et Qlayaa. Ces villages se trouvent dans une région marquée par la proximité de la frontière israélienne, la présence ou l’influence du Hezbollah dans les zones environnantes, les bombardements, les déplacements de population et les tensions liées à la souveraineté libanaise.
Les chrétiens de cette région ne forment pas un bloc politique simple. Certains sont très critiques envers le Hezbollah, d’autres privilégient la prudence, beaucoup veulent surtout éviter que leurs villages deviennent des bases militaires, des zones de représailles ou des arguments de propagande. Leur point commun est souvent plus concret qu’idéologique : rester chez eux, préserver leur patrimoine, protéger les familles et demeurer libanais.
Points importants
Benjamin Netanyahu a affirmé que certains villages chrétiens du sud du Liban auraient demandé leur annexion à Israël.
Des responsables chrétiens locaux ont fermement démenti cette affirmation.
Les villages concernés refusent d’être instrumentalisés dans le conflit entre Israël et le Hezbollah.
Leur position n’est pas une adhésion au Hezbollah, mais un refus d’être présentés comme demandeurs d’une protection israélienne.
Les chrétiens du sud du Liban subissent bombardements, déplacements, destructions et insécurité.
Leur revendication principale reste le droit de vivre comme Libanais dans leurs villages.
Le vrai enjeu est la souveraineté de l’État libanais et la protection de tous ses citoyens.
Le sujet révèle la fragilité politique des chrétiens d’Orient lorsqu’ils sont utilisés par des puissances extérieures.
Sources
Arab News, 6 juillet 2026 : rejet par des leaders chrétiens du sud du Liban des propos de Benjamin Netanyahu sur une supposée demande d’annexion à Israël.
L’Orient-Le Jour, 6 juillet 2026 : démentis locaux et rappel que Netanyahu n’a pas identifié les villages concernés.
Aleteia, 6 juillet 2026 : démenti de Vincent Gelot, directeur de L’Œuvre d’Orient au Liban et en Syrie.
Reuters, 6 juillet 2026 : retour difficile des familles dans le sud du Liban après les destructions et les déplacements.
Associated Press, juin 2026 : reportage photographique sur Marjayoun et Qlayaa, deux communautés chrétiennes du sud du Liban.
Associated Press, juillet 2026 : tensions politiques autour du désarmement du Hezbollah, du retrait israélien et des risques de division interne au Liban.
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Peut-on refuser à la fois la tutelle du Hezbollah et la protection intéressée d’Israël, tout en restant fidèle au Liban ?
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