De Philadelphie d’Arabie à Gaza, la fidélité chrétienne en Terre blessée
📖 Évangile associé
« Celui qui perdra sa vie à cause de moi la trouvera. »
Matthieu 10,39
🕊️ Quelques lignes d’hagiographie
Zénon et Zénas furent martyrs à Philadelphie d’Arabie, l’actuelle Amman, vers 304, sous la persécution de Dioclétien.
Zénon, homme riche devenu chrétien, distribua ses biens aux pauvres et rendit la liberté à ses esclaves. Zénas, l’un d’eux, choisit de rester auprès de lui, non plus comme serviteur, mais comme frère dans la foi.
Tous deux confessèrent le Christ et furent mis à mort pour leur fidélité.
📰 Gaza : une visite au milieu des ruines
Le 22 juin 2026, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem, et le patriarche grec orthodoxe Théophile III sont entrés à Gaza pour une nouvelle visite pastorale.
Ils ne sont pas venus comme des diplomates de salon, ni comme des commentateurs à distance. Ils sont venus au milieu des décombres, auprès du clergé, des communautés religieuses, des familles chrétiennes locales et des habitants frappés par la crise humanitaire.
Cette visite avait un sens simple et immense : être là.
Dans les temps de guerre, la présence devient une parole. Quand les discours s’épuisent, quand les communiqués tournent en rond, quand les puissants comptent les morts comme on compte des dossiers, l’Église vient parfois rappeler une chose presque scandaleuse : chaque personne souffrante a un visage.
À la paroisse latine de la Sainte-Famille, les deux patriarches ont été accueillis par les applaudissements des fidèles et les cris de joie des enfants. Image bouleversante : dans une ville meurtrie, ce sont encore les enfants qui reconnaissent les signes d’espérance avant les adultes. Peut-être parce qu’ils n’ont pas encore appris à désespérer correctement, ce qui est une grande supériorité spirituelle.
🕊️ Une Église qui console avant de commenter
Le Patriarcat latin de Jérusalem a présenté cette visite comme un geste de responsabilité pastorale envers les Églises locales et l’ensemble de la population de Gaza.
La formule est importante : il ne s’agit pas seulement de soutenir les chrétiens, même si leur situation est fragile. Il s’agit aussi d’être auprès de tous ceux qui souffrent.
C’est là que la mémoire de Zénon et Zénas rejoint Gaza.
Zénon donna ses biens aux pauvres.
Zénas resta auprès de son frère dans l’épreuve.
À Gaza, les pasteurs viennent, eux aussi, porter cette double fidélité : donner ce qui peut encore être donné, et rester auprès de ceux qui ne peuvent plus partir.
La foi chrétienne ne commence pas par expliquer la souffrance. Elle commence par s’en approcher.
✝️ L’œcuménisme dans les décombres
La présence commune du patriarche latin et du patriarche grec orthodoxe a aussi une portée œcuménique très forte.
En temps normal, l’unité chrétienne peut sembler lente, compliquée, encombrée d’histoire, de juridictions, de susceptibilités et de titres plus longs qu’une procession byzantine. Mais dans les ruines, les querelles changent de taille.
Face à Gaza, l’unité devient concrète : prier ensemble, visiter ensemble, consoler ensemble, demander ensemble que la dignité humaine ne soit pas écrasée.
Cette visite prolonge celle qui avait suivi le raid contre la paroisse de la Sainte-Famille, en juillet 2025, où trois personnes avaient été tuées et plusieurs blessées. Elle rappelle que l’Église de Jérusalem ne peut pas être seulement gardienne des Lieux saints : elle doit aussi être gardienne des vivants.
🏺 Note culturelle
Philadelphie d’Arabie, la ville de Zénon et Zénas, correspond à l’actuelle Amman, en Jordanie. Gaza, elle, appartient à cette même grande géographie biblique et orientale où les premières communautés chrétiennes ont vécu, prié, souffert et témoigné.
De la Jordanie à la Palestine, de Jérusalem à Gaza, il existe une continuité profonde : celle d’un christianisme minoritaire, souvent blessé, mais enraciné dans une mémoire très ancienne.
Les martyrs anciens ne sont donc pas des silhouettes pieuses enfermées dans un calendrier. Ils éclairent les drames présents. Zénon et Zénas parlent encore parce que leur histoire dit déjà ce que Gaza montre aujourd’hui : la fidélité chrétienne n’est pas seulement mourir pour le Christ, c’est aussi rester auprès des humiliés, des pauvres, des prisonniers, des déplacés et des familles sans refuge.
📚 Sources
- Vatican News, « Gaza: nouvelle visite pastorale du cardinal Pizzaballa et du patriarche Théophile », 22 juin 2026.
- Patriarcat latin de Jérusalem, communiqué sur la visite pastorale à Gaza.
- Nominis, notice « Saints Zénon et Zénas ».
- Orthodox Church in America, notice « Martyrs Zeno and his servant Zenas of Philadelphia ».
- Martyrologe romain, mémoire des martyrs de Philadelphie d’Arabie.
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