Du mont Nébo à Béthanie-au-delà-du-Jourdain, le royaume hachémite prépare un vaste programme de valorisation de son patrimoine biblique. L’objectif annoncé pour 2030 dépasse le tourisme : rendre à la Jordanie sa place dans la géographie spirituelle du christianisme.
Saint du jour
Saint Pantaléon de Nicomédie, médecin et martyr
Connu en arabe sous le nom de القديس بندلايمون, saint Pantaléon est particulièrement vénéré par les chrétiens orientaux. Médecin de formation, il aurait soigné gratuitement les malades après son retour à la foi chrétienne.
Son culte demeure vivant dans plusieurs Églises catholiques et orthodoxes du Proche-Orient. Il représente une forme de sainteté où la compétence humaine, la compassion et la foi ne s’opposent pas, mais deviennent trois aspects d’un même service.
Résumé
تعمل المملكة الأردنية الهاشمية على توثيق أربعة وثلاثين موقعاً مسيحياً وتطويرها ضمن مشروع وطني لتعزيز الحج والسياحة الدينية. وتشمل هذه المواقع المغطس وجبل نيبو ومادبا وجرش ومواقع بيزنطية في البتراء. ويأتي المشروع استعداداً لعام 2030، الذي سيشهد إحياء ذكرى مرور ألفي عام تقريباً على معمودية السيد المسيح بحسب الحسابات التقليدية. ولا يقتصر الهدف على جذب الزوار، بل يشمل أيضاً تدريب أدلاء متخصصين وربط المواقع في مسارات روحية وثقافية متكاملة. وقد يمنح هذا المشروع المسيحيين الأردنيين دوراً أكبر في حفظ التراث الوطني وتقديم الأردن بوصفه أرضاً من أراضي الكتاب المقدس.
Article
La Jordanie a entrepris de recenser, documenter et valoriser trente-quatre sites liés à l’histoire biblique et chrétienne. L’initiative doit permettre la création de nouveaux itinéraires de pèlerinage reliant des lieux jusqu’ici visités séparément.
Le projet comprend Béthanie-au-delà-du-Jourdain, appelée Al-Maghtas en arabe, où la tradition situe le baptême du Christ, mais aussi le mont Nébo, Madaba, Gérasa et plusieurs vestiges byzantins de Pétra. Il associera conservation du patrimoine, infrastructures d’accueil, formation de guides et outils numériques.
Le royaume prépare notamment une plateforme consacrée à Al-Maghtas. Ce site situé sur la rive orientale du Jourdain est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2015. Les vestiges de monastères, d’églises et de bassins baptismaux témoignent de la présence ancienne de pèlerins dans la région.
En janvier 2025, le cardinal Pietro Parolin avait consacré sur le site la nouvelle église latine du Baptême-du-Christ. L’édifice est devenu l’un des principaux sanctuaires catholiques de Jordanie et accueille désormais le pèlerinage annuel des différentes communautés catholiques du royaume.
La politique jordanienne regarde déjà vers 2030. Cette année devrait être présentée comme celle du bimillénaire du baptême du Christ, selon une chronologie nécessairement approximative. Le but affiché est d’attirer un nombre beaucoup plus important de pèlerins internationaux.
La Jordanie cherche ainsi à ne plus apparaître comme une simple étape ajoutée à un voyage organisé principalement autour d’Israël et des territoires palestiniens. Elle veut proposer des circuits possédant leur propre cohérence biblique, historique et spirituelle.
L’idée est solidement fondée. Le territoire jordanien actuel est associé à de nombreux récits de l’Ancien et du Nouveau Testament. Moïse aurait contemplé la Terre promise depuis le mont Nébo. Le prophète Élie serait monté au ciel dans la région du Jourdain. Jean-Baptiste aurait prêché et baptisé à Béthanie-au-delà-du-Jourdain.
Madaba conserve par ailleurs la célèbre carte en mosaïque du VIe siècle représentant Jérusalem et la Terre sainte. Gérasa et Pétra abritent d’importants vestiges d’églises byzantines, souvent moins connus que leurs monuments romains ou nabatéens.
Ce patrimoine constitue également un enjeu pour les chrétiens jordaniens. Minoritaires dans un pays très majoritairement musulman, ils participent depuis longtemps à la vie politique, scolaire, médicale et culturelle du royaume. La valorisation des sites chrétiens peut rappeler que leur présence n’est ni étrangère ni récente.
Le soutien de la monarchie hachémite s’inscrit dans une politique de protection officielle des communautés chrétiennes et de promotion du dialogue interreligieux. Le patrimoine biblique est présenté comme une composante de l’identité nationale jordanienne, et non comme la propriété exclusive d’une minorité.
Une telle politique comporte néanmoins quelques risques. Le premier serait de transformer les lieux saints en produits touristiques standardisés. Un sanctuaire n’est pas seulement un décor ancien où l’on prend une photographie avant de rejoindre l’autocar climatisé. Il demeure un lieu de prière, de mémoire et de transmission.
Le second danger serait de concentrer les investissements sur quelques sites prestigieux sans faire bénéficier les communautés chrétiennes locales des retombées économiques. La formation de guides jordaniens, l’hébergement chez l’habitant, l’artisanat chrétien et les visites des paroisses pourraient éviter que les pèlerinages restent enfermés dans des circuits internationaux.
À l’inverse, le projet offre une véritable occasion de développement local. Les paroisses et les écoles chrétiennes pourraient participer à l’accueil des visiteurs. De jeunes Jordaniens pourraient se former à l’histoire biblique, aux langues, à l’archéologie et à la médiation culturelle.
Dans une région souvent présentée uniquement à travers les guerres et les affrontements religieux, la Jordanie peut aussi offrir l’image d’une continuité. Les pierres de Madaba, du mont Nébo ou d’Al-Maghtas racontent une histoire antérieure aux frontières contemporaines.
Le pèlerinage ne résoudra évidemment pas les crises du Proche-Orient. Il peut cependant rétablir une circulation entre des populations, des mémoires et des Églises que les conflits tendent à isoler. Redécouvrir la Jordanie chrétienne, c’est comprendre que la Terre sainte ne s’arrête pas à une frontière moderne ni à un seul récit national.
Note culturelle
La carte de Madaba est une immense mosaïque réalisée au VIe siècle dans une église byzantine. Elle représente une partie du Proche-Orient, du Liban au delta du Nil, avec Jérusalem placée en son centre.
Ce document n’est pas seulement une œuvre d’art. Il constitue une carte de pèlerinage, une mémoire géographique de la Bible et l’un des plus anciens témoignages cartographiques détaillés de Jérusalem. Sa conservation dans l’église grecque-orthodoxe Saint-Georges montre aussi que le patrimoine chrétien jordanien demeure inséré dans une communauté vivante.
Sources
Projet jordanien de valorisation de trente-quatre sites chrétiens
Vatican News : pèlerinage et prière pour la paix à Béthanie-au-delà-du-Jourdain
Églises catholiques de Jordanie : annonce du pèlerinage annuel au site du Baptême
Pour aller plus loin
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Le développement de ces routes bibliques peut-il renforcer durablement les communautés chrétiennes de Jordanie ? Comment éviter que le pèlerinage spirituel ne soit absorbé par le tourisme de masse ?
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