Du 29 juillet au 3 août, de jeunes Arméniens catholiques venus de plus de six pays se retrouvent à Anjar et Bzommar. Entre liturgie, formation, pèlerinages et mémoire de saint Ignace Maloyan, la rencontre WAYD 2026 veut rapprocher les différentes composantes d’une communauté dispersée par l’histoire.
Saint du jour
Sainte Marthe, sainte Marie et saint Lazare de Béthanie
L’Église célèbre le 29 juillet les trois membres de la famille de Béthanie qui accueillirent Jésus dans leur maison.
Marthe proclama sa foi au Christ, « résurrection et vie ». Marie écouta sa parole et lui rendit un geste d’amour prophétique. Lazare, revenu du tombeau, devint un témoignage vivant de la puissance de Dieu.
Leur mémoire commune rappelle que l’hospitalité peut devenir une véritable vocation spirituelle.
Résumé en arabe
يجتمع أكثر من 250 شابًا وشابة من الأرمن الكاثوليك القادمين من أكثر من ست دول في لبنان للمشاركة في أيام الشبيبة الأرمنية العالمية WAYD 2026، التي تقام بين 29 تموز و3 آب في عنجر وبزمار تحت شعار «قلب واحد في المسيح». ويتضمن البرنامج القداس الإلهي اليومي، والصلاة، والمحاضرات، وورش العمل، وزيارات إلى حريصا وعنايا وجبيل ودير سيدة بزمار. كما يسير المشاركون على خطى القديس الشهيد إغناطيوس مالويان، في الذكرى الأولى لإعلان قداسته. ويؤكد اللقاء أن الكنيسة الأرمنية الكاثوليكية ليست مجرد جماعة تحفظ ذاكرة الماضي، بل كنيسة شابة تسعى إلى بناء وحدة حقيقية بين أبنائها المنتشرين في لبنان وأرمينيا والشرق الأوسط والمهجر.
Article
Plus de 250 jeunes Arméniens catholiques venus de six pays ou davantage se réunissent au Liban du 29 juillet au 3 août. La rencontre WAYD 2026, organisée par l’Union de la jeunesse arménienne catholique du Liban, se déroule principalement à Anjar et au couvent Notre-Dame de Bzommar.
Son thème, « Un seul cœur dans le Christ », exprime une ambition qui dépasse le simple succès d’un rassemblement estival. Il s’agit de rapprocher des jeunes appartenant à une même Église, mais vivant dans des pays, des langues et des contextes politiques très différents.
Le programme associe la divine liturgie quotidienne, la prière, des conférences spirituelles et sociales, des ateliers, des temps de silence et des activités culturelles. Des pèlerinages conduisent également les participants à Notre-Dame du Liban, à Harissa, au monastère de saint Charbel à Annaya, à Byblos et à Bzommar, centre historique du patriarcat arménien catholique.
Les participants sont âgés de 18 à 35 ans. Certains viennent de communautés anciennes du Liban, de Syrie ou d’Arménie. D’autres ont grandi dans la diaspora et ne rencontrent peut-être qu’occasionnellement la langue, la liturgie et les traditions de leurs ancêtres.
La rencontre cherche ainsi à tenir ensemble deux dimensions parfois difficiles à accorder. Elle transmet une identité arménienne façonnée par une histoire douloureuse, mais elle refuse de réduire cette identité au souvenir des persécutions et de l’exil.
Le peuple arménien a connu le génocide, la dispersion et l’effacement de nombreuses communautés établies autrefois en Anatolie. Au Proche-Orient, les rescapés contribuèrent à la vie du Liban, de la Syrie, de la Palestine, de l’Irak et de l’Égypte. Bourj Hammoud, Anjar, Alep et Beyrouth devinrent des centres majeurs de cette reconstruction.
Un siècle plus tard, une nouvelle dispersion menace. Les crises économiques, les guerres et l’absence de perspectives poussent de nombreux jeunes chrétiens à quitter la région. La diaspora, qui fut longtemps une conséquence de la persécution, devient désormais une situation presque permanente.
Dans ce contexte, réunir des jeunes de plusieurs pays n’est pas anodin. Une Église orientale dispersée risque de devenir une collection de communautés locales qui partagent un nom et quelques souvenirs, mais se connaissent de moins en moins. Les rencontres internationales permettent de recréer des liens humains là où l’histoire a installé des frontières.
WAYD 2026 accorde une place particulière à saint Ignace Maloyan. Les jeunes suivront symboliquement ses pas à Bzommar, où il vécut et étudia avant de devenir archevêque de Mardin.
Ignace Maloyan fut arrêté en juin 1915 avec des prêtres et des fidèles arméniens. Sommé d’abandonner le christianisme, il refusa et fut tué. Sa canonisation a replacé son témoignage au cœur de la mémoire catholique contemporaine.
Le proposer comme guide aux jeunes générations comporte cependant une responsabilité. Un martyr ne doit pas être transformé en figure identitaire servant uniquement à rappeler les crimes subis par son peuple. Sa fidélité au Christ doit ouvrir à une foi vivante, à la réconciliation et au service des hommes d’aujourd’hui.
La mémoire chrétienne ne nie pas la vérité historique, mais elle refuse d’emprisonner les descendants des victimes dans une identité construite uniquement contre les anciens persécuteurs. Le martyr n’enseigne pas la haine transmise de génération en génération. Il témoigne qu’une personne peut tout perdre sans abandonner sa foi ni sa dignité.
Le choix du Liban donne à la rencontre une autre signification. Le pays traverse toujours une profonde crise économique et politique. Il continue pourtant d’accueillir une exceptionnelle diversité d’Églises : maronite, melkite, syriaque, chaldéenne, latine et arménienne catholique, sans compter les Églises orthodoxes.
Cette diversité peut produire des rivalités, mais elle constitue aussi une richesse rarement égalée dans le monde chrétien. Un jeune Arménien catholique participant à WAYD ne découvre pas seulement son propre héritage. Il rencontre également le christianisme arabe, syriaque et maronite dans leurs sanctuaires et leurs liturgies.
Le rassemblement s’achèvera par une divine liturgie solennelle présidée à Bzommar par le patriarche Raphaël Bedros XXI Minassian. Ce moment manifestera l’unité visible de jeunes venus de communautés éloignées.
La réussite de la rencontre ne se mesurera pourtant pas seulement au nombre de participants ni aux photographies de groupes brandissant des drapeaux. Elle dépendra des liens qui survivront après le retour de chacun dans son pays.
L’avenir des Églises orientales ne peut reposer uniquement sur des institutions héritées ou sur la nostalgie. Il dépend de jeunes capables de prier dans leur tradition, de la comprendre et de la transmettre sans la transformer en objet de musée.
En accueillant WAYD 2026, le Liban rappelle qu’il demeure, malgré toutes ses blessures, un lieu de rencontre pour les chrétiens d’Orient. Le pays ne possède plus beaucoup de raisons de céder à l’optimisme facile. Il lui reste néanmoins cette vocation, ce qui n’est déjà pas rien.
Note culturelle
Bzommar, situé dans les montagnes du Kesrouan, est depuis le XVIIIe siècle l’un des principaux centres spirituels de l’Église arménienne catholique. Le couvent Notre-Dame de Bzommar abrite le siège patriarcal, un séminaire, une bibliothèque et d’importantes archives.
La liturgie arménienne possède une tradition propre, nourrie d’influences anciennes de Jérusalem, de Cappadoce, de Syrie et de Constantinople. Elle est généralement célébrée en arménien classique, appelé grabar, même lorsque les fidèles parlent au quotidien l’arabe, l’arménien moderne, le français ou les langues de la diaspora.
Sources
Armenian Catholic Youth of Lebanon : présentation de WAYD 2026
Église arménienne catholique : patriarcat de Cilicie
Pour aller plus loin
Mar Elias le Vivant : le prophète de feu devenu saint populaire du Levant
Trois nouveaux prêtres à Jérusalem : ordonnés pour une Église qui refuse de disparaître
Faut-il créer une Journée mondiale des chrétiens d’Orient ?
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Les rencontres internationales peuvent-elles empêcher les Églises orientales de se fragmenter dans la diaspora ? Comment transmettre une identité arménienne chrétienne sans la réduire à la mémoire du génocide ?
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