Alors qu’un projet prévoit le désarmement du Hamas et le retrait progressif de l’armée israélienne, Mgr A. Elias Zaidan invite les catholiques américains à une prière intense. Les évêques demandent également une aide humanitaire massive pour une population vivant désormais « sans rien ».
Saint du jour
Notre-Dame des Neiges, invoquée comme Notre-Dame de la Sagesse
Le 5 août, la dédicace de Sainte-Marie-Majeure honore Marie comme Mère de Dieu et protectrice du peuple chrétien.
Dans sa déclaration sur Gaza, Mgr A. Elias Zaidan confie les négociateurs à Notre-Dame de la Sagesse, afin qu’elle éclaire leurs décisions. Cette invocation ne constitue pas un substitut commode à la diplomatie. Elle rappelle que la paix nécessite davantage que des rapports de force : elle exige la prudence, le souci des innocents et la capacité de préparer un avenir commun.
La basilique romaine conserve par ailleurs l’icône de la Salus Populi Romani, le « Salut du peuple romain », traditionnellement portée en procession durant les périodes de crise. La prière mariale rejoint ici la responsabilité envers un peuple éprouvé.
Résumé en anglais
The United States Conference of Catholic Bishops has called for “intense prayers” following the announcement of a proposed agreement involving Hamas’ disarmament and an Israeli military withdrawal from Gaza. Bishop A. Elias Zaidan welcomed the possibility of progress while warning that humanitarian relief must accompany any political settlement. Gaza’s civilians need food, clean water, education, employment and the means to rebuild ordinary life. Serious obstacles remain: Israel has not formally endorsed every element of the plan, Hamas links disarmament to withdrawal and Palestinian statehood, and mutual trust has nearly disappeared. The bishops’ response avoids premature celebration. Peace will not be measured solely by signed documents, but by whether families can live safely, children can return to school and political negotiations offer both Palestinians and Israelis a credible future.
Article
Les évêques catholiques des États-Unis appellent les fidèles à une « prière intense » pour la réussite d’un nouvel accord destiné à mettre fin à la guerre dans la bande de Gaza.
La déclaration a été publiée par Mgr A. Elias Zaidan, évêque de l’éparchie maronite de Notre-Dame-du-Liban à Los Angeles et président du Comité pour la justice et la paix internationales de la Conférence épiscopale américaine.
Ce choix n’est pas anodin.
Mgr Zaidan appartient à une Église catholique orientale profondément liée au Proche-Orient. Il ne regarde pas la région comme un dossier diplomatique lointain. Les guerres, les déplacements de population et l’affaiblissement des communautés chrétiennes touchent directement l’histoire et les fidèles de son Église.
L’accord annoncé par le président Donald Trump prévoirait plusieurs étapes : le désarmement du Hamas, le retrait progressif des forces israéliennes et le transfert de la sécurité à une force internationale de stabilisation accompagnée d’une nouvelle police palestinienne.
Sur le papier, cette architecture offre une sortie possible à près de trois années de guerre.
Dans la réalité, presque chaque étape contient sa propre crise potentielle.
Le Hamas aurait accepté d’abandonner ses armes lourdes, mais lie cette décision au retrait israélien et à l’établissement d’un État palestinien. Le gouvernement israélien refuse pour sa part d’évacuer les secteurs qu’il contrôle tant que le désarmement n’est pas effectivement réalisé.
Chacun demande donc à l’autre d’accomplir en premier le geste dont dépend la suite du processus.
Cette méfiance n’a rien de surprenant. Elle constitue même l’un des résultats les plus durables de la guerre. Les massacres du 7 octobre, la captivité des otages, la destruction de Gaza et les dizaines de milliers de morts ont rendu presque impossible l’idée que l’autre partie puisse agir de bonne foi.
L’appel des évêques américains évite donc le triomphalisme.
Mgr Zaidan se dit encouragé par l’existence de l’accord, mais ne présente pas la paix comme acquise. Il demande aux catholiques de prier pour les négociateurs et appelle les États-Unis, Israël et la communauté internationale à faciliter l’entrée d’une aide humanitaire beaucoup plus importante.
Cette dimension est centrale.
Une paix diplomatique qui laisserait la population de Gaza dans la faim, les ruines et l’absence de soins préparerait probablement la guerre suivante. La reconstruction ne peut attendre la résolution parfaite de toutes les questions politiques.
Le père Gabriel Romanelli, curé de la paroisse de la Sainte-Famille à Gaza, décrit une population vivant « sans rien ». La formule paraît excessive jusqu’à ce que l’on mesure ce qu’elle recouvre : logements détruits, réseaux d’eau endommagés, établissements scolaires inutilisables, activités économiques interrompues et familles déplacées à plusieurs reprises.
Les besoins dépassent donc l’acheminement de quelques convois alimentaires.
Mgr Zaidan mentionne l’eau potable, l’emploi et le retour des enfants et des jeunes à l’éducation. Ces éléments appartiennent pleinement à la construction de la paix.
Un enfant privé d’école pendant plusieurs années ne perd pas seulement des connaissances. Il voit son avenir se réduire. Une famille entièrement dépendante de l’aide humanitaire ne peut retrouver ni autonomie ni stabilité. Une population enfermée dans les ruines devient plus vulnérable aux discours de vengeance.
L’aide humanitaire n’est ainsi ni une faveur accordée au camp adverse ni un supplément charitable venant après la sécurité. Elle constitue une condition de la sécurité future.
La déclaration des évêques engage particulièrement les catholiques américains parce que les États-Unis ne sont pas un observateur extérieur.
Washington fournit à Israël un soutien militaire, diplomatique et financier considérable. Le gouvernement américain joue également un rôle déterminant dans les négociations et dans la conception du mécanisme international appelé à administrer la transition.
Les citoyens américains peuvent donc difficilement considérer la guerre comme un événement devant lequel il suffirait d’exprimer une compassion abstraite.
La doctrine sociale de l’Église demande d’abord de protéger les populations civiles. Elle reconnaît le droit d’un État à défendre ses habitants, mais refuse que cette défense se transforme en punition collective ou en destruction sans proportion avec l’objectif militaire recherché.
Elle condamne également les attaques terroristes, la prise d’otages et l’utilisation des civils comme instruments de guerre.
Tenir ensemble ces principes devient difficile dans un débat américain profondément polarisé.
Certains catholiques semblent considérer toute critique du gouvernement israélien comme une indulgence envers le Hamas. D’autres minimisent le massacre du 7 octobre dès qu’ils évoquent les souffrances palestiniennes.
La parole épiscopale doit refuser ce chantage moral.
On peut demander le désarmement du Hamas sans fermer les yeux sur la destruction de Gaza. On peut défendre la sécurité des Israéliens sans considérer la vie palestinienne comme secondaire. On peut soutenir le droit du peuple palestinien à un avenir politique sans justifier le terrorisme.
La paix ne sera pas seulement l’absence temporaire de bombardements.
Elle devra répondre à plusieurs questions : qui gouvernera Gaza ? Comment empêcher le retour d’une organisation armée ? Quelle sécurité sera garantie aux populations israéliennes voisines ? Quel horizon politique sera offert aux Palestiniens ? Qui financera la reconstruction et sous quel contrôle ?
L’accord évoqué ouvre peut-être une porte. Il ne permet pas encore de savoir ce qui se trouve derrière.
La prudence des évêques américains paraît donc justifiée. Ils ne rejettent pas l’initiative au motif qu’elle serait imparfaite. Ils refusent également de présenter une annonce comme un résultat déjà obtenu.
Le 5 août, la liturgie tourne les regards vers Sainte-Marie-Majeure et vers Notre-Dame de la Sagesse.
La sagesse biblique n’est pas la simple habileté permettant de gagner une négociation. Elle consiste à ordonner les décisions à la justice et à la vie.
Confier les négociateurs à Marie signifie demander que les préoccupations militaires et politiques ne fassent pas oublier la mère cherchant de l’eau, l’enfant privé d’école, l’otage attendant de retrouver sa famille ou l’habitant israélien craignant une nouvelle attaque.
L’accord ne méritera pleinement le nom de paix que lorsque ces vies ordinaires pourront recommencer.
Note culturelle
Mgr A. Elias Zaidan appartient à l’Église maronite, l’une des Églises catholiques orientales en pleine communion avec Rome.
Née autour du monachisme de saint Maron, elle s’est particulièrement développée au Liban. Sa liturgie appartient à la tradition syriaque antiochienne et conserve des prières en syriaque, langue issue de l’araméen.
L’éparchie Notre-Dame-du-Liban de Los Angeles ne se limite pas à la Californie : elle accompagne des communautés maronites réparties dans une grande partie des États-Unis. Son évêque porte donc à la Conférence épiscopale américaine une expérience ecclésiale directement façonnée par l’histoire du Proche-Orient.
Sources
USCCB : déclaration de Mgr A. Elias Zaidan sur l’accord concernant Gaza
EWTN News : les évêques américains appellent à une prière intense pour la paix
Vatican News : témoignage du père Gabriel Romanelli sur la situation à Gaza
Associated Press : obstacles entourant le projet de désarmement et de retrait
Pour aller plus loin
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Les évêques américains doivent-ils intervenir davantage sur la politique des États-Unis au Proche-Orient ? Une aide humanitaire massive peut-elle préparer la paix avant même qu’un accord définitif soit obtenu ?
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