Mgr Mario León Dorado, préfet apostolique du Sahara occidental, doit gouverner provisoirement l’archidiocèse de Rabat après le retrait du cardinal Cristóbal López Romero, accusé par plusieurs femmes de comportements sexuels inappropriés.
Saint du jour
Les Sept Dormants d’Éphèse, témoins de la résurrection
Le 4 août, plusieurs Églises orientales font mémoire des Sept Dormants d’Éphèse. Selon une ancienne tradition chrétienne, ces jeunes hommes auraient été enfermés dans une grotte pendant la persécution de l’empereur Dèce. Ils se seraient réveillés plusieurs générations plus tard, devenant les témoins de l’espérance en la résurrection.
Leur récit possède une résonance exceptionnelle dans le monde arabe et musulman. Il est généralement rapproché de celui des « Gens de la Caverne », les Ahl al-Kahf, raconté dans la sourate 18 du Coran. Des sanctuaires et des grottes leur sont associés dans plusieurs pays du Proche-Orient et d’Afrique du Nord.
Cette mémoire partagée convient particulièrement au Maroc, terre de rencontre entre chrétiens et musulmans. Elle rappelle aussi qu’une communauté religieuse ne traverse pas l’épreuve en dissimulant la vérité, mais en demeurant éveillée dans l’attente de la lumière.
Résumé en arabe
أُعلن تعيين المونسنيور ماريو ليون دورادو، الوالي الرسولي للصحراء الغربية، مدبرًا رسوليًا مؤقتًا لأبرشية الرباط. ويأتي هذا القرار بعد أن تنحى الكاردينال كريستوبال لوبيز روميرو مؤقتًا عن الاحتفالات العامة والنشاط الرعوي، في انتظار نتائج تحقيق كنسي أولي بشأن اتهامات بسلوك غير لائق تجاه نساء بالغات. وقد نفى الكاردينال ارتكاب أي اعتداء أو عنف أو تحرش جنسي، مؤكدًا تعاونه مع التحقيق. ولم يكن الفاتيكان قد نشر بعد إعلانًا رسميًا عند نشر الخبر، بينما قالت رهبنة المرسلين الحبل بلا دنس إن الكرسي الرسولي عهد إلى المونسنيور ليون بهذه المسؤولية. تحتاج الكنيسة في المغرب الآن إلى حماية المشتكيات، واحترام قرينة البراءة، وضمان استمرار الحياة الرعوية بشفافية واستقلال.
Article
L’archidiocèse catholique de Rabat entre dans une période de gouvernement provisoire.
Les Missionnaires oblats de Marie-Immaculée ont annoncé le 2 août la nomination de Mgr Mario León Dorado comme administrateur apostolique de l’archidiocèse.
Ce missionnaire espagnol est depuis 2013 préfet apostolique du Sahara occidental. Il est donc déjà responsable d’une Église extrêmement minoritaire, répartie sur un vaste territoire et principalement composée d’étrangers, de migrants et de travailleurs venus d’Afrique subsaharienne.
Sa nouvelle mission intervient après le retrait temporaire du cardinal Cristóbal López Romero, archevêque de Rabat depuis 2018.
Le cardinal fait l’objet d’une enquête préliminaire de l’Église portant sur des accusations de comportements inappropriés envers des femmes adultes.
L’affaire fut rendue publique au début du mois de juillet. Au moins cinq situations auraient été signalées à l’archidiocèse, selon des informations d’abord recueillies par l’Agence France-Presse. Une plainte formelle aurait été transmise en mai à la nonciature apostolique au Maroc.
Les témoignages évoquent notamment des contacts physiques et une tentative de proximité imposée pouvant être interprétée comme une tentative de baiser.
Le cardinal conteste les accusations. Il affirme n’avoir commis ni agression, ni violence, ni harcèlement sexuel.
Il a néanmoins décidé de ne plus présider de célébrations publiques ni participer aux activités pastorales pendant l’enquête, afin de ne pas gêner son déroulement.
Cette décision ne constitue ni une condamnation ni une déclaration de culpabilité. Elle permet de distinguer l’exercice du gouvernement diocésain de la situation personnelle de l’archevêque mis en cause.
L’annonce de la nomination de Mgr León a été publiée par sa congrégation religieuse. Au moment où l’information fut rapportée le 3 août, le bulletin officiel du Saint-Siège n’avait pas encore diffusé de communiqué correspondant.
Cette absence impose une formulation prudente. Les Oblats affirment que la mission a été confiée par le Saint-Siège et demandent aux fidèles d’accompagner le nouvel administrateur par la prière.
Mgr León devra remplir plusieurs fonctions simultanées.
Il lui faudra assurer la continuité des paroisses, maintenir le dialogue avec les autorités marocaines et les communautés musulmanes, accompagner les prêtres et préserver l’indépendance de l’enquête.
Il devra surtout permettre aux personnes concernées de parler sans craindre de mettre en danger toute la petite communauté catholique du pays.
Cette difficulté est particulièrement forte dans une Église minoritaire.
Les catholiques du Maroc ne représentent qu’une très faible part de la population. Ils sont souvent unis autour de quelques paroisses, écoles, œuvres sociales et communautés religieuses. Les responsables y sont très visibles et les relations personnelles étroites.
Dans une telle structure, signaler le comportement d’un évêque ou d’un prêtre peut donner l’impression de menacer l’existence même de la communauté.
Les victimes ou plaignantes risquent alors d’être considérées comme responsables du scandale qu’elles révèlent, tandis que l’institution peut être tentée de préserver son image dans un environnement religieux délicat.
Mais le caractère minoritaire de l’Église ne réduit pas son devoir de vérité. Il l’augmente.
Une communauté qui demande la liberté religieuse et le respect de sa dignité doit elle-même garantir la dignité et la liberté de ceux qui vivent en son sein.
L’affaire concerne des femmes adultes. Cette précision est importante, mais elle ne permet pas de traiter les accusations comme une simple question de relations privées.
L’autorité spirituelle crée une différence de position entre un responsable religieux et les personnes qui lui font confiance. Une femme adulte peut être vulnérable lorsqu’elle dépend d’un accompagnement, d’un emploi ecclésial, d’une aide matérielle ou de la reconnaissance d’une communauté.
Le droit canonique a progressivement renforcé la prise en compte de ces abus d’autorité et des violences commises contre des adultes vulnérables. La difficulté demeure toutefois d’identifier les situations dans lesquelles une emprise spirituelle ou institutionnelle a empêché un consentement véritablement libre.
L’enquête devra donc éviter deux conclusions précipitées.
La première consisterait à considérer le cardinal coupable avant l’établissement des faits. La présomption d’innocence demeure indispensable, particulièrement lorsqu’une accusation devient publique.
La seconde serait d’utiliser cette présomption pour disqualifier les plaignantes, minimiser leurs récits ou empêcher la recherche d’autres témoignages.
La justice exige de tenir ensemble ces deux impératifs : protéger la parole de celles qui signalent des faits et garantir à la personne accusée une procédure équitable.
Le cardinal López Romero, religieux salésien espagnol, fut missionnaire en Amérique latine avant d’être nommé évêque au Maroc. Il est devenu cardinal en 2019 et s’est beaucoup engagé dans le dialogue interreligieux ainsi que dans l’accueil des migrants.
Son parcours et ses responsabilités rendent l’affaire particulièrement douloureuse pour ceux qui lui accordaient leur confiance.
Ils ne permettent toutefois ni de conclure à son innocence ni de réinterpréter rétrospectivement toute son action comme une tromperie. Une enquête existe précisément pour établir des faits distincts de la réputation publique d’une personne.
Mgr Mario León arrive avec une expérience très différente.
Dans le Sahara occidental, il dirige une préfecture comprenant principalement les paroisses de Laâyoune et de Dakhla. Les catholiques y vivent au milieu d’une population presque entièrement musulmane et sont souvent originaires d’autres pays.
Les Oblats de Marie-Immaculée, auxquels il appartient, sont une congrégation missionnaire fondée en France par saint Eugène de Mazenod. Ils travaillent fréquemment dans des régions où les communautés chrétiennes sont peu nombreuses ou dispersées.
Son expérience devrait l’aider à comprendre la fragilité de l’Église marocaine. Elle ne suffira pourtant pas à rétablir la confiance si le gouvernement provisoire n’est pas accompagné d’une information régulière.
Le silence absolu est parfois justifié au nom de la confidentialité de l’enquête. Il finit néanmoins par laisser toute la place aux rumeurs.
L’archidiocèse devra expliquer les étapes de la procédure sans révéler l’identité des plaignantes, indiquer à qui peuvent s’adresser d’éventuels témoins et préciser les mesures prises pour empêcher toute pression.
La transparence ne signifie pas publier un procès quotidien. Elle consiste à faire savoir que la recherche de la vérité avance selon des règles vérifiables.
La mémoire orientale des Sept Dormants d’Éphèse apporte à cette crise une lumière singulière.
Ces jeunes chrétiens auraient trouvé refuge dans une caverne afin de rester fidèles pendant la persécution. Leur réveil, plusieurs générations plus tard, devint dans la tradition chrétienne un signe de résurrection.
Leur histoire franchit ensuite les frontières religieuses. Le récit coranique des Gens de la Caverne est connu dans l’ensemble du monde musulman. Plusieurs lieux d’Afrique du Nord, du Proche-Orient et même d’Europe revendiquent une relation avec ces mystérieux dormants.
Cette mémoire commune ne gomme pas les différences entre christianisme et islam. Elle montre néanmoins qu’un même récit peut devenir un lieu de rencontre autour de la fidélité, de l’épreuve et de l’attente de la lumière.
À Rabat, l’Église traverse précisément un temps d’attente. Elle ne peut préjuger du résultat de l’enquête, mais elle ne doit pas confondre cette attente avec le sommeil de l’institution.
Mgr Mario León n’est pas chargé de prononcer le jugement sur le cardinal López Romero. Il doit permettre à l’Église de Rabat de continuer à vivre pendant que la vérité est recherchée.
Sa réussite ne se mesurera pas seulement au maintien des messes et des œuvres. Elle dépendra de sa capacité à garantir que personne ne soit réduit au silence au nom de la paix apparente de la communauté.
Note culturelle
Les Sept Dormants occupent une place particulière dans les cultures chrétienne et musulmane. Leur grotte est traditionnellement située à Éphèse, dans l’actuelle Turquie, mais d’autres sanctuaires leur sont associés en Jordanie, en Syrie, en Tunisie, en Algérie et dans plusieurs régions du monde arabe.
En Bretagne, le pèlerinage islamo-chrétien des Sept-Saints, développé au XXe siècle à l’initiative de l’orientaliste Louis Massignon, s’appuie également sur cette tradition.
Le récit est ainsi devenu un symbole du dialogue entre croyants sans perdre son contenu proprement chrétien : l’attente de la résurrection.
Sources
OSV News : Mgr Mario León appelé à administrer provisoirement l’archidiocèse de Rabat
Crux : le cardinal López Romero se retire pendant l’enquête
ACI Africa : déclaration du cardinal et ouverture de l’enquête
Reuters : le cardinal conteste les accusations et suspend ses activités publiques
Pour aller plus loin
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La nomination d’un administrateur extérieur peut-elle garantir une enquête plus indépendante ? Comment une petite communauté catholique peut-elle protéger les plaignantes sans condamner prématurément la personne mise en cause ?
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