Accéder au contenu principal

Syrie : dans les villages chrétiens d’Idlib, le nonce découvre une communauté qui refuse de disparaître



Mgr Luigi Roberto Cona a visité trois villages éprouvés par la guerre, l’exode et le séisme, où les habitants demandent désormais des emplois et un avenir pour pouvoir rester sur leur terre.





Saint du jour

Sainte Lydie de Thyatire, disciple de saint Paul

Lydie était originaire d’Asie Mineure et exerçait le commerce de la pourpre à Philippes. Après avoir entendu saint Paul, elle reçut le baptême avec les membres de sa maison.

Elle accueillit ensuite Paul et ses compagnons chez elle. Sa demeure devint vraisemblablement l’un des premiers points d’appui de l’Église de Philippes.

Lydie rappelle que la permanence d’une communauté chrétienne dépend autant de maisons ouvertes, de familles et d’activités économiques que de bâtiments religieux.


Résumé en arabe

زار السفير البابوي في سوريا، المطران لويجي روبرتو كونا، قرى اليعقوبية والقنية والغسانية المسيحية في محافظة إدلب. وقد عانت هذه القرى أربعة عشر عامًا من الحرب والتهجير والخطف والدمار، ثم جاء زلزال عام 2023 ليضاعف جراحها. استقبل السكان ممثل الكرسي الرسولي بالترانيم والطبول والأعلام، لكنهم عبّروا أيضًا عن خوفهم من اختفاء الوجود المسيحي بسبب هجرة الشباب وغياب العمل. ففي إحدى القرى لم يُحتفل إلا بزواجين خلال خمس أو ست سنوات، بينما خلت الغسانية تقريبًا من سكانها المسيحيين. وأكد المطران كونا قرب الكنيسة منهم، واقترح دعم التدريب والعمل والسياحة المحلية. فبقاء المسيحيين في إدلب لن يتحقق بالكلمات وحدها، بل يحتاج إلى الأمن والعدالة والمدارس وفرص العيش.


Article

Mgr Luigi Roberto Cona, nouveau nonce apostolique en Syrie, a visité les villages chrétiens de Yacoubieh, Qounaya et Ghassanieh, dans la province d’Idlib, au nord-ouest du pays.

Du 26 au 28 juin, le représentant du Saint-Siège a rencontré les habitants, les religieux franciscains, les jeunes et plusieurs responsables locaux. Sa visite a été largement rapportée au cours des dernières semaines par les médias catholiques arabes.

L’accueil réservé au nonce fut spectaculaire. Des habitants portèrent l’archevêque sur leurs épaules, tandis que les tambours, les chants et les pétales de fleurs accompagnaient son entrée dans les villages. Des drapeaux syriens et pontificaux furent dressés devant le couvent franciscain.

Certains habitants expliquèrent qu’ils avaient l’impression d’accueillir le pape lui-même.

Cette joie ne doit pourtant pas masquer la situation extrêmement fragile des communautés locales. Derrière les chants se trouve une population marquée par quatorze années de guerre, les enlèvements, les bombardements, l’exode et les destructions provoquées par le séisme de 2023.

Ces villages appartiennent à une ancienne région chrétienne de Syrie. Catholiques latins, grecs-orthodoxes, Arméniens et protestants y ont longtemps vécu au milieu d’une population majoritairement musulmane.

Depuis 2012, la province d’Idlib a été contrôlée par différents groupes armés. Les chrétiens restés sur place ont connu les pressions, les confiscations et parfois la captivité. Plusieurs prêtres et responsables religieux ont dû partir, tandis que les Franciscains de la Custodie de Terre sainte maintenaient leur présence.

Le père Louai Bsharat, curé franciscain de Yacoubieh, a comparé les fidèles de la région aux premiers chrétiens, contraints de vivre dans la discrétion mais demeurés attachés à leur terre.

Les religieux n’ont pas seulement assuré les célébrations. Ils ont distribué de l’aide, soutenu une école, maintenu un dispensaire et accompagné sans distinction les fidèles des différentes Églises lorsque certains avaient perdu leurs propres pasteurs.

Cette solidarité concrète explique l’attachement de la population aux Franciscains. Dans un territoire où les pouvoirs politiques et militaires se sont succédé, le couvent est resté l’un des rares points fixes.

Mgr Cona a écouté plusieurs récits personnels. Des habitants lui ont parlé de détentions, de tortures, de maisons pillées et de proches malades ou disparus.

L’un d’eux raconta son enlèvement par des extrémistes et les deux semaines passées en captivité sous les humiliations et les menaces de mort. Un autre expliqua avoir perdu une jambe après un bombardement, puis avoir vu la maison familiale, péniblement reconstruite, détruite par le séisme.

Ces témoignages montrent pourquoi la simple fin des combats ne suffit pas à rétablir une vie normale. Les blessures physiques et psychologiques demeurent, tandis que les familles doivent retrouver un logement, une activité et la confiance nécessaire pour recommencer.

La question la plus inquiétante concerne cependant les jeunes.

Dans un échange avec le nonce, un habitant a expliqué que seulement deux mariages avaient été célébrés en cinq ou six ans dans son village. Si cette évolution se poursuit, avertit-il, il ne restera plus personne dans cinquante ans.

La formule résume le danger. Une communauté peut survivre à une persécution immédiate et disparaître ensuite silencieusement, faute d’enfants, de couples et de perspectives économiques.

Ghassanieh a déjà presque entièrement perdu sa population chrétienne. Les Franciscains espèrent un retour progressif de quelques familles, mais celui-ci suppose davantage que la restauration de l’église.

Pour s’enraciner, une famille a besoin d’un revenu, d’une école, de soins, de transports et d’un minimum de sécurité juridique. Le patrimoine religieux ne peut remplacer une économie locale.

Les habitants ont donc demandé des formations professionnelles et un soutien à l’emploi. Plusieurs organisations ont financé de petits projets, mais ceux-ci restent insuffisants ou mal adaptés aux besoins des jeunes.

Mgr Cona a évoqué la possibilité de restaurer des maisons traditionnelles afin de développer une forme de tourisme rural. Des hébergements répartis dans les villages pourraient créer des emplois et faire connaître le patrimoine chrétien, agricole et architectural de la région.

L’idée mérite d’être étudiée avec prudence. Le tourisme ne peut se développer sans stabilité politique, accès routier et sécurité. Mais elle témoigne d’un changement nécessaire de perspective : les chrétiens syriens ne demandent pas seulement une aide d’urgence. Ils veulent les moyens de travailler et de construire leur avenir.

Depuis le début de la guerre, l’assistance internationale a souvent permis aux familles de survivre. Elle risque pourtant de maintenir les habitants dans une dépendance permanente si elle n’aboutit jamais à la reconstruction d’une véritable économie.

La présence chrétienne ne sera pas sauvée par des colis distribués indéfiniment. Elle le sera si un jeune peut ouvrir un atelier, cultiver une vigne, devenir enseignant, fonder une famille et croire que ses enfants auront encore une place dans le pays.

La nouvelle Syrie devra également établir une citoyenneté qui ne réduise pas les chrétiens au rang de minorité protégée ou tolérée. Ils ne sont pas des invités arrivés récemment. Leur histoire appartient à celle de la région, depuis les premières communautés apostoliques jusqu’aux traditions syriaques, byzantines et franciscaines.

La protection accordée par une autorité peut être retirée par la suivante. Seuls des droits reconnus à tous, une justice indépendante et une véritable égalité civile peuvent offrir une sécurité durable.

Mgr Cona a rappelé que la Syrie avait longtemps connu différentes formes de coexistence entre chrétiens et musulmans. Les deux drapeaux, syrien et pontifical, élevés devant le couvent lui sont apparus comme deux bras tournés vers le ciel.

Cette image est belle, mais elle ne dispense pas d’une politique concrète. La coexistence ne peut reposer uniquement sur des souvenirs, des cérémonies ou la bienveillance momentanée d’un responsable local.

Les habitants eux-mêmes ne semblent pourtant ni animés par la vengeance ni résignés. Après les violences subies de différents camps, ils continuent de parler de paix, de reconstruction et de vie commune.

Leur obstination constitue peut-être leur plus grand témoignage. Rester ne signifie pas nier les dangers. Cela signifie refuser que la guerre décide seule de la composition humaine et religieuse du pays.

Sainte Lydie, célébrée le 3 août, aide à comprendre cette réalité. La première communauté chrétienne de Philippes s’est développée grâce à une femme qui possédait une maison et exerçait un métier. Dès les origines, la foi a eu besoin d’un toit, d’un travail et d’une hospitalité concrète.

Les chrétiens d’Idlib ont encore leurs églises et leurs religieux. Leur avenir dépend désormais de la possibilité de reconstruire des maisons vivantes autour de celles-ci.

La visite du nonce leur a apporté la proximité visible de l’Église universelle. Le véritable succès commencera cependant lorsque les processions accueilleront non plus seulement un visiteur, mais aussi le retour d’une famille, l’ouverture d’une entreprise et la célébration de nouveaux mariages.


Note culturelle

Yacoubieh et Qounaya sont deux anciens villages chrétiens du nord-ouest de la Syrie, situés dans une région de collines, de vignes et d’oliviers. La présence franciscaine y remonte à plusieurs siècles.

La Custodie de Terre sainte ne limite pas son action aux sanctuaires de Jérusalem et de Bethléem. Elle entretient également des paroisses, des écoles et des œuvres sociales en Syrie, au Liban, en Jordanie et dans plusieurs autres territoires du Proche-Orient.


Sources

Centre catholique d’information : le nonce apostolique visite les villages chrétiens de Syrie

Vatican News : Mgr Luigi Roberto Cona auprès des villages chrétiens d’Idlib

Abouna : la visite du nonce dans les communautés chrétiennes du nord-ouest syrien

Aide à l’Église en détresse : les communautés chrétiennes de Syrie


Pour aller plus loin

Golfe : l’évêque d’Arabie du Nord achève sa visite auprès des communautés catholiques

Liban : plus de 250 jeunes Arméniens catholiques réunis autour d’un même cœur dans le Christ

Mar Elias le Vivant : le prophète de feu devenu saint populaire du Levant

Trois nouveaux prêtres à Jérusalem : ordonnés pour une Église qui refuse de disparaître


Commenter / s’abonner

Comment maintenir une présence chrétienne lorsque les églises subsistent mais que les jeunes partent ? L’aide internationale devrait-elle financer prioritairement des emplois et des logements plutôt qu’une assistance provisoire ?

Partagez votre avis en commentaire et abonnez-vous au blog pour suivre l’actualité catholique du monde arabe.




Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Machaerus : en Jordanie, la forteresse où saint Jean-Baptiste paya de sa tête son opposition à Hérode

Les pierres du martyre dominent toujours la mer Morte Saint du jour — La Passion de saint Jean-Baptiste Le 29 août , l’Église célèbre la Passion de saint Jean-Baptiste. Le Précurseur avait osé reprocher publiquement à Hérode Antipas son union avec Hérodiade, épouse de son frère. Emprisonné, il fut finalement décapité après le fameux banquet au cours duquel la fille d’Hérodiade dansa devant le tétrarque. L’Évangile selon saint Marc raconte longuement cet épisode. Mais la mort de Jean-Baptiste ne relève pas seulement de la mémoire chrétienne : l’historien juif Flavius Josèphe rapporte lui aussi son exécution et donne un renseignement géographique capital. Jean fut emprisonné puis mis à mort à Machaerus , dans l’actuelle Jordanie. Deux mille ans plus tard, la forteresse existe toujours. ملخص تقع قلعة مكاور، أو ماخيروس القديمة، في الأردن فوق البحر الميت. ويربط المؤرخ فلافيوس يوسيفوس هذا المكان بسجن يوحنا المعمدان وإعدامه بأمر هيرودس أنتيباس. وتؤكد الحفريات الأثرية أهمية القصر الملكي الهير...

Du Liban à Jérusalem, les chrétiens d’Orient prient pour rester

Pèlerinages, paix et présence Saint du jour Sainte Mariam de Jésus Crucifié Née en Galilée en 1846, Mariam Baouardy , sainte Marie de Jésus Crucifié, fut une carmélite palestinienne arabophone à la vie mystique exceptionnelle. Après avoir vécu en France et en Inde, elle revint en Terre sainte et joua un rôle décisif dans la fondation du Carmel de Bethléem, dont elle dirigea elle-même une partie des travaux. Elle mourut à Bethléem en 1878, à seulement 32 ans, et fut canonisée par le pape François en 2015. Sa mémoire liturgique locale est célébrée le 25 août. الملخص شهدت الكنائس المسيحية في لبنان والأرض المقدسة خلال الأيام الأخيرة سلسلة من المبادرات التي تجمع بين الصلاة والتمسّك بالحضور المسيحي. ففي أيطو أُقيمت ثلاثية صلاة واحتفالات بمناسبة ذكرى نذور القديسة رفقا ضمن اليوبيل الخامس والعشرين لإعلان قداستها، مع مسيرة بذخيرتها وقداديس وسجود للقربان. وفي الديمان دعا البطريرك الماروني الكاردينال بشارة الراعي إلى لبنان موحّد، ودولة قوية وسلام وعدالة. وفي القدس بدأت زيارة تضامن للكاردينال الألم...

Saint Jacques le Mineur, l'Apôtre de Jérusalem

  Saint Jacques le Mineur,  l 'Apôtre de Jérusalem Évangile : Jacques 2, 17 – « La foi, si elle n'a pas les œuvres, est morte en elle-même. » 🧬 Identité : Qui était-il vraiment ? Jacques le Mineur, aussi appelé Jacques d'Alphée, figure parmi les Douze Apôtres choisis par Jésus. Dans la tradition catholique, il est souvent identifié comme le « frère » (ou plus précisément le cousin) de Jésus, fils d'Alphée et de Marie de Cléophas, proche parente de la Vierge Marie. Cette parenté expliquerait son surnom de « frère du Seigneur » .​ 🏛 Premier évêque de Jérusalem : un rôle de leader Après la résurrection du Christ, Jacques devient une figure centrale de l'Église primitive en prenant la tête de la communauté chrétienne de Jérusalem. Il est décrit par saint Paul comme une « colonne » de l'Église . Son leadership est particulièrement visible lors du Concile de Jérusalem, où il joue un rôle clé dans la décision d'ouvrir l'Église aux païens sans leur...