Dans la cathédrale Notre-Dame d’Arabie, des reliques de saint Aréthas et des martyrs de Najran rappellent une histoire aujourd’hui largement oubliée : plusieurs siècles avant l’islam, d’importantes communautés chrétiennes vivaient déjà dans la péninsule Arabique.
✝ Saint du jour
Saint Paphnuce, évêque et confesseur de la foi
Le 11 septembre, l’Église fait mémoire de saint Paphnuce, évêque égyptien de l’Antiquité chrétienne.
Sa figure nous ramène à un christianisme oriental beaucoup plus ancien que les frontières religieuses actuelles. Égypte, Syrie, Mésopotamie et Arabie possédaient déjà des communautés chrétiennes plusieurs siècles avant l’apparition de l’islam.
Cette mémoire convient particulièrement au sujet du jour : celle d’une Arabie chrétienne dont les traces réapparaissent aujourd’hui au cœur même du Golfe.
🇸🇦 الملخص بالعربية
تحتفظ كاتدرائية سيدة العرب في البحرين بذخائر القديس الحارث، المعروف في التقليد المسيحي باسم القديس أريثاس، ورفاقه شهداء نجران.
استشهد هؤلاء المسيحيون سنة 523، أي قبل ظهور الإسلام بنحو قرن. وكانت نجران، الواقعة اليوم في المملكة العربية السعودية، واحدة من أهم المراكز المسيحية في جنوب شبه الجزيرة العربية.
وفي سنة 2026 وافق الكرسي الرسولي على نصوص ليتورجية خاصة للاحتفال بالقديس أريثاس ورفاقه في النيابتين الرسوليتين في شبه الجزيرة العربية.
وهكذا تذكّر كاتدرائية البحرين بأن المسيحية في الخليج ليست مجرد حضور حديث للعمال الأجانب، بل ترتبط أيضاً بتاريخ مسيحي عربي قديم يعود إلى ما قبل الإسلام.
Une cathédrale au cœur du Golfe
À Awali, au Bahreïn, s’élève la cathédrale Notre-Dame d’Arabie, siège du Vicariat apostolique d’Arabie du Nord.
Aujourd’hui, ses fidèles viennent de nombreuses nations. Indiens, Philippins, Arabes, Européens et Africains s’y retrouvent pour célébrer la même foi catholique.
Mais la cathédrale contient également quelque chose de beaucoup plus ancien.
Dans son sanctuaire et sous son autel sont conservées de nombreuses reliques. Parmi elles, celles de saint Aréthas de Najran et de ses compagnons, martyrisés en Arabie en l’an 523.
Cette date mérite qu’on s’y arrête.
Nous sommes environ un siècle avant les débuts de l’islam.
Et une communauté chrétienne importante existe déjà au cœur de la péninsule Arabique.
Najran, une grande cité chrétienne d’Arabie
Najran se trouve aujourd’hui dans le sud de l’Arabie saoudite, non loin de la frontière avec le Yémen.
Au VIe siècle, la cité compte une importante population chrétienne.
Aréthas, dont le nom arabe est al-Harith ibn Ka'b, est présenté par les traditions chrétiennes comme l’un des principaux responsables de cette communauté.
Le royaume himyarite est alors gouverné par Dhû Nuwâs. Celui-ci mène une violente persécution contre les chrétiens du sud de l’Arabie.
Des églises sont attaquées, des chrétiens sommés d’abandonner leur foi et de nombreux fidèles sont exécutés.
Aréthas refuse de renier le christianisme.
Il est décapité avec environ une centaine de compagnons. Les sources anciennes rapportent un massacre beaucoup plus vaste touchant les chrétiens de Najran.
Le souvenir de ces martyrs va ensuite circuler très loin.
Il atteint les Églises byzantines, syriaques et éthiopiennes.
L’affaire de Najran devient ainsi l’un des grands épisodes de l’histoire chrétienne de l’Arabie ancienne.
L’Arabie n’était pas religieusement uniforme
Lorsque nous pensons aujourd’hui à l’Arabie, nous pensons immédiatement à l’islam.
C’est compréhensible, mais historiquement incomplet.
Avant le VIIe siècle, la péninsule est traversée par différentes influences religieuses. On y rencontre des cultes polythéistes, des communautés juives et des populations chrétiennes.
Le christianisme est particulièrement implanté dans certaines régions du sud et de l’est de la péninsule.
Najran en constitue l’un des exemples les plus spectaculaires.
Cela ne signifie pas que « toute l’Arabie était chrétienne ».
Cela signifie quelque chose de plus précis et peut-être plus intéressant : le christianisme appartient lui aussi à l’histoire indigène de la péninsule Arabique.
Il n’y est pas apparu avec les puissances européennes ou avec l’arrivée récente de travailleurs étrangers.
Les reliques reviennent en Arabie
C’est ce qui donne une valeur particulière aux reliques aujourd’hui conservées à Bahreïn.
Lors de la consécration de la cathédrale Notre-Dame d’Arabie, le 10 décembre 2023, des reliques de saint Aréthas ont été scellées sous l’autel avec celles de sainte Joséphine Bakhita.
Le symbole est remarquable.
Près de quinze siècles après le martyre des chrétiens de Najran, les reliques d’un chrétien arabe du VIe siècle se trouvent de nouveau dans une église de la péninsule Arabique.
Et chaque messe célébrée sur cet autel relie indirectement l’Église contemporaine du Golfe aux communautés chrétiennes qui vivaient dans cette région avant l’islam.
Une cathédrale devenue mémoire de l’Église universelle
Saint Aréthas n’est d’ailleurs pas seul.
Notre-Dame d’Arabie conserve également des reliques de saint Thomas Apôtre, saint Sébastien, saint Charbel, saint François Xavier, saint François d’Assise, saint Jean Bosco et de plusieurs saints issus des traditions syro-malabare et syro-malankare.
Une relique de la Sainte Croix y est également conservée.
La collection reflète le visage particulier du catholicisme du Golfe.
Cette Église est locale par son implantation, arabe par son territoire, indienne et philippine par une grande partie de ses fidèles, mais universelle par ses traditions.
Elle est surtout beaucoup moins récente qu’on pourrait le croire.
Rome remet les martyrs de Najran à l’honneur
Un autre événement récent montre que cette mémoire n’est plus seulement historique.
Le 16 juillet 2026, le Dicastère pour le Culte divin et la Discipline des sacrements a approuvé les textes liturgiques propres de saint Aréthas et de ses compagnons, martyrs de Najran, pour les deux vicariats apostoliques de la péninsule Arabique.
Leur mémoire est célébrée localement le 24 octobre.
Pour les évêques catholiques d’Arabie, l’objectif est clair : permettre aux catholiques vivant aujourd’hui dans le Golfe de redécouvrir les racines chrétiennes de leur propre territoire.
Ce choix est particulièrement intéressant.
Pendant longtemps, le christianisme contemporain du Golfe pouvait apparaître comme une présence essentiellement importée, liée aux migrations économiques modernes.
La redécouverte des martyrs de Najran modifie cette perception.
Elle rappelle qu’avant les gratte-ciel de Manama, Doha, Dubaï ou Riyad, avant même l’islam, des hommes et des femmes priaient déjà le Christ en Arabie.
Une Église ancienne et une Église nouvelle
Le catholicisme actuel de la péninsule n’est évidemment pas la continuation institutionnelle directe des communautés du VIe siècle.
Des siècles de rupture séparent les deux réalités.
Mais une mémoire peut traverser les ruptures.
Et c’est peut-être ce qui se produit actuellement autour de saint Aréthas.
Les catholiques du Golfe ne découvrent pas seulement un martyr ancien.
Ils découvrent qu’ils vivent sur une terre qui possède elle aussi une histoire chrétienne.
La géographie change alors de signification.
Najran n’est plus seulement une ville d’Arabie saoudite.
Elle redevient une ancienne cité chrétienne.
Bahreïn n’est plus seulement une monarchie musulmane accueillant des travailleurs catholiques.
Il devient également l’un des lieux où la mémoire chrétienne de l’Arabie ancienne est aujourd’hui conservée.
🔎 Pourquoi cela compte
L’histoire des chrétiens du monde arabe est souvent racontée à travers leur diminution, leur émigration ou les persécutions.
Ces réalités existent.
Mais elles peuvent faire oublier quelque chose d’essentiel : les chrétiens ne sont pas étrangers à l’histoire du monde arabe.
En Égypte, en Syrie, en Irak, en Jordanie, au Liban et jusque dans la péninsule Arabique, le christianisme possède des racines extrêmement anciennes.
Les martyrs de Najran en constituent l’une des preuves les plus spectaculaires.
À Bahreïn, leurs reliques disent aujourd’hui silencieusement :
les chrétiens étaient déjà ici.
Et quinze siècles plus tard, ils y prient encore.
📌 À retenir
523 : saint Aréthas et les chrétiens de Najran sont martyrisés.
2023 : des reliques de saint Aréthas sont déposées sous l’autel de la cathédrale Notre-Dame d’Arabie au Bahreïn.
16 juillet 2026 : Rome approuve les textes liturgiques propres des martyrs de Najran.
24 octobre : leur mémoire est désormais célébrée dans le calendrier propre des vicariats apostoliques d’Arabie.
🔗 Pour aller plus loin
◻ Golfe : l’évêque d’Arabie du Nord achève une vaste visite auprès des communautés catholiques
◻ Gaza : le cardinal Pizzaballa au milieu des ruines
📚 Sources
◻ Agence Fides, Le Vicariat d’Arabie du Nord, un trésor vivant des saints, 8 septembre 2026
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