Une Église discrète qui relie Maghreb, Levant et péninsule Arabique
Saint du jour : saint Habib d’Édesse
Le 2 septembre, le Martyrologe romain fait mémoire de saint Habib d’Édesse, diacre et martyr du début du IVe siècle.
Édesse, l’actuelle Şanlıurfa en Turquie, appartenait alors à cet espace syriaque qui reliait la Mésopotamie, la Syrie et le monde romain oriental.
Habib fut condamné au feu sous l’empereur Licinius.
Sa mémoire est particulièrement adaptée à l’actualité du jour : elle rappelle que les communautés chrétiennes du Proche-Orient ont toujours vécu au carrefour de peuples, de langues et de pouvoirs différents.
ملخص
يجتمع أساقفة الكنيسة اللاتينية في المناطق العربية في روما من 31 آب إلى 3 أيلول 2026 في إطار الاجتماع السنوي لمؤتمر الأساقفة اللاتين في المناطق العربية، المعروف باسم CELRA. ويجمع هذا اللقاء رعاة يخدمون جماعات كاثوليكية لاتينية في الشرق الأوسط وشمال أفريقيا والقرن الأفريقي وشبه الجزيرة العربية. وعلى الرغم من اختلاف أوضاعهم، يواجه هؤلاء الأساقفة أسئلة مشتركة تتعلق بالهجرة، والحوار مع المسلمين، وحياة العمال الأجانب، والشهادة المسيحية، والحفاظ على جماعات صغيرة ولكن حية داخل مجتمعات عربية متنوعة.
Une conférence épiscopale presque inconnue
Son nom est rarement cité en France.
Pourtant, la Conférence des évêques latins dans les régions arabes, généralement désignée par son sigle CELRA, couvre l’un des espaces les plus vastes et les plus complexes du catholicisme contemporain.
Du 31 août au 3 septembre 2026, ses évêques sont réunis à Rome pour leur rencontre annuelle.
Le Patriarcat latin de Jérusalem a confirmé officiellement ces dates.
L’objectif est de permettre aux évêques de partager la vie de leurs Églises locales, leurs difficultés pastorales et leurs priorités.
Derrière cette formulation institutionnelle se cache une réalité étonnamment diverse.
Qu’est-ce qu’un évêque latin dans le monde arabe ?
Le catholicisme oriental est souvent spontanément associé aux Maronites, Chaldéens, Melkites, Syriaques ou Arméniens.
Et à juste titre.
Ces Églises orientales plongent leurs racines dans l’histoire locale.
Mais des catholiques de rite latin vivent eux aussi depuis longtemps dans le monde arabe.
Certains appartiennent à des familles chrétiennes arabes anciennes.
D’autres sont issus de l’immigration.
D’autres encore sont des travailleurs étrangers venus d’Asie, d’Afrique ou d’Europe.
Les évêques de la CELRA doivent donc gouverner des communautés extrêmement différentes.
Jérusalem, cœur historique du catholicisme latin oriental
Le cas le plus connu est évidemment celui du Patriarcat latin de Jérusalem.
Restauré au XIXe siècle, il exerce aujourd’hui sa mission en Israël, dans les territoires palestiniens, en Jordanie et à Chypre.
Ses fidèles sont souvent des chrétiens arabes.
Ils parlent arabe.
Ils vivent dans la culture du Proche-Orient.
Mais leur liturgie appartient au rite romain.
Le Patriarcat latin constitue ainsi un exemple remarquable d’Église parfaitement arabe et parfaitement latine.
Dans le Golfe, une Église presque entièrement immigrée
La situation est totalement différente dans la péninsule Arabique.
À Abou Dhabi, Dubaï, Doha, Bahreïn, Oman ou au Koweït, une grande partie des catholiques sont des travailleurs étrangers.
Philippins.
Indiens.
Sri-Lankais.
Africains.
Libanais.
Européens.
Les paroisses peuvent célébrer la messe dans de nombreuses langues au cours d’un même week-end.
Le vicaire apostolique d’Arabie du Sud, Mgr Paolo Martinelli, participe précisément à la réunion romaine de cette semaine.
Sa mission pastorale n’a presque rien à voir avec celle d’un évêque de Terre sainte.
Et pourtant, tous appartiennent à la même conférence régionale.
Au Maghreb, de très petites communautés
Plus à l’ouest, la réalité change encore.
Au Maroc, en Algérie, en Tunisie et en Libye, les catholiques constituent de très petites minorités.
Une partie importante d’entre eux sont des étrangers.
Étudiants africains.
Diplomates.
Travailleurs.
Religieux.
Migrants.
Mais ces Églises ont aussi une histoire locale profonde.
Carthage fut l’un des grands centres intellectuels du christianisme antique.
Augustin était évêque d’Hippone, dans l’actuelle Algérie.
Cyprien fut évêque de Carthage.
Le catholicisme latin maghrébin contemporain est donc numériquement modeste, mais il vit au milieu des ruines d’une ancienne chrétienté immense.
Une seule conférence pour des réalités presque opposées
Voilà ce qui rend la CELRA particulièrement intéressante.
Elle rassemble des pasteurs qui ne rencontrent pas les mêmes problèmes.
À Jérusalem, la question est celle de la guerre, de la paix et de l’avenir des chrétiens arabes.
Dans le Golfe, elle concerne les millions de travailleurs migrants.
Au Maghreb, elle concerne la survie de petites communautés et le dialogue quotidien avec une société presque entièrement musulmane.
Dans certaines régions, l’Église gère des écoles prestigieuses.
Dans d’autres, elle possède à peine quelques paroisses.
La conférence doit pourtant créer une communion entre tous ces mondes.
Une catholicité visible
Cette diversité donne au mot « catholique » son sens le plus concret.
Une paroisse d’Abou Dhabi peut réunir des dizaines de nationalités.
Une église d’Amman peut accueillir des Arabes chrétiens et des réfugiés.
Une cathédrale de Rabat peut recevoir des étudiants subsahariens.
Une paroisse de Jérusalem peut célébrer en arabe tout en appartenant au rite latin.
Le catholicisme du monde arabe n’est donc pas une réalité uniforme.
Il ressemble davantage à un réseau de communautés reliées par la même foi et par la communion avec Rome.
Le dialogue avec l’islam n’est pas théorique
Pour ces évêques, le dialogue islamo-chrétien ne constitue pas un sujet académique.
Il est quotidien.
Les catholiques vivent au milieu de populations très majoritairement musulmanes.
Ils travaillent avec elles.
Ils fréquentent les mêmes universités.
Ils utilisent les mêmes hôpitaux.
Ils dépendent des mêmes institutions.
Ils partagent souvent la même langue.
La qualité des relations avec les autorités et avec les communautés musulmanes peut donc déterminer très concrètement la vie de l’Église locale.
Être missionnaire sans prosélytisme
Une question pastorale particulièrement délicate concerne la mission.
L’Église catholique ne peut pas cesser d’annoncer l’Évangile.
Mais dans de nombreux pays arabes, toute activité pouvant être interprétée comme du prosélytisme auprès des musulmans est strictement encadrée, voire interdite.
Les communautés catholiques doivent donc développer une forme de témoignage reposant largement sur la présence.
Écoles.
Hôpitaux.
Œuvres caritatives.
Accueil des migrants.
Dialogue.
Liturgie.
Vie communautaire.
La mission devient souvent moins une prédication publique qu’une manière chrétienne d’habiter la société.
Le défi immense des migrants
La migration constitue probablement l’un des sujets communs les plus importants.
Dans les pays du Golfe, l’Église accueille de très nombreux travailleurs venus d’Asie.
Au Maghreb, les paroisses accompagnent des migrants subsahariens qui tentent parfois de rejoindre l’Europe.
Au Levant, les conflits ont déplacé des millions de personnes.
Les paroisses peuvent donc se retrouver au cœur de crises migratoires sans disposer des moyens d’une grande organisation internationale.
Cette pastorale transforme également la composition des communautés.
Une Église arabe qui n’est pas toujours composée d’Arabes
Le paradoxe est frappant.
Dans certaines régions, le catholicisme latin est profondément arabe.
Dans d’autres, il est implanté dans un pays arabe mais composé majoritairement d’Asiatiques ou d’Africains.
La CELRA doit réunir ces deux réalités.
Cela crée une question ecclésiologique passionnante :
qu’est-ce qui fait l’identité d’une Église locale ?
La langue ?
Le territoire ?
Le rite ?
La nationalité des fidèles ?
Ou la communauté rassemblée autour de son évêque ?
Rome comme lieu de rencontre
La réunion annuelle à Rome possède donc une fonction importante.
Elle permet à des évêques très dispersés géographiquement de confronter leurs expériences.
Selon les informations publiées le 2 septembre, la rencontre doit permettre de réfléchir ensemble aux priorités pastorales et de renforcer la communion entre des communautés vivant dans des contextes sociaux, culturels et religieux extrêmement variés.
Le choix de Rome rappelle aussi leur appartenance commune à l’Église latine.
Une institution discrète mais stratégique
La CELRA ne dispose évidemment pas du poids institutionnel d’une grande conférence épiscopale européenne ou américaine.
Ses Églises sont souvent petites.
Elles vivent parfois dans des contextes politiquement fragiles.
Certaines disposent de très peu de ressources.
Mais elles occupent une place stratégique.
Elles se trouvent précisément aux frontières où se rencontrent christianisme, islam, migration, guerre, mondialisation et dialogue interreligieux.
De Casablanca à Abou Dhabi
Le meilleur moyen de comprendre la CELRA est peut-être de regarder une carte.
À l’ouest, le Maroc.
Plus loin, l’Algérie, la Tunisie et la Libye.
Au centre, l’Égypte et le Levant.
Puis la Terre sainte.
Enfin la péninsule Arabique.
À cela s’ajoutent les communautés de la Corne de l’Afrique liées à cet ensemble pastoral.
Peu d’organisations catholiques couvrent un espace aussi vaste.
Une autre géographie du catholicisme
Cette réunion romaine nous oblige finalement à abandonner une représentation trop européenne de l’Église.
Le catholicisme latin n’est pas uniquement celui de Rome, Paris, Madrid ou New York.
Il existe aussi à Amman.
Rabat.
Tunis.
Abou Dhabi.
Dubaï.
Manama.
Doha.
Mascate.
Jérusalem.
Et souvent sous des formes que les catholiques occidentaux connaissent très mal.
La CELRA n’est peut-être qu’une petite conférence d’évêques.
Mais elle offre une extraordinaire fenêtre sur ce que signifie véritablement le mot catholique : universel.
Note culturelle : latin ne veut pas dire européen
L’expression « Église latine » peut prêter à confusion.
Elle ne désigne pas une Église réservée aux Européens ou aux peuples de langue latine.
Elle désigne principalement l’Église catholique utilisant le rite romain et appartenant à la tradition ecclésiale occidentale.
Un catholique arabe de Jordanie peut donc être parfaitement arabe tout en étant latin.
De la même manière, un catholique philippin vivant à Dubaï appartient à l’Église latine sans être ni arabe ni européen.
Cette distinction est essentielle pour comprendre la diversité du catholicisme au Moyen-Orient.
Vidéo
Patriarcat latin de Jérusalem : actualités et vie des communautés latines de Terre sainte
Sources
Patriarcat latin de Jérusalem : C.E.L.R.A. meeting, 31 août au 3 septembre 2026
Abouna : Latin bishops of the Arab regions meet in Rome
Pour aller plus loin
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