Aux portes de la Vieille Ville, une œuvre catholique demeure un îlot de paix au milieu de la guerre
Sainte du jour : sainte Basilisse de Nicomédie
Le 3 septembre, la tradition chrétienne fait mémoire de sainte Basilisse de Nicomédie, en Bithynie, dans l’actuelle Turquie. La tradition hagiographique la présente comme une enfant chrétienne de neuf ans arrêtée pendant la persécution de Dioclétien. Sommée de renier le Christ, elle demeura ferme malgré les supplices. Les récits traditionnels situent sa mort vers 309.
Sa mémoire convient singulièrement à la Terre sainte d’aujourd’hui. Basilisse témoigna du Christ dans un monde de violence. À Jérusalem, les religieuses et les soignants de l’Hôpital Saint-Louis cherchent depuis 175 ans à répondre à la souffrance par une autre forme de témoignage chrétien : prendre soin de celui qui souffre, sans lui demander d’abord qui il est ni quelle est sa religion.
ملخص
يحتفل مستشفى سان لويس في القدس بمرور 175 عامًا على تأسيسه. وتديره راهبات القديس يوسف للظهور، ويستقبل المرضى دون تمييز على أساس الدين أو الأصل. يعمل فيه مسيحيون ويهود ومسلمون معًا، ولا سيما في مجال الرعاية التلطيفية ورعاية المسنين. وفي مدينة مجروحة بالحرب والانقسامات، يريد هذا المستشفى الكاثوليكي أن يبقى مكانًا للسلام والكرامة الإنسانية حتى نهاية الحياة.
Un anniversaire étonnant au cœur de Jérusalem
Il existe à Jérusalem des lieux dont l’existence constitue presque à elle seule un message.
L’Hôpital Saint-Louis est de ceux-là.
L’établissement catholique célèbre cette année 175 ans de présence et de soins dans la Ville sainte. À cette occasion, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem, a présidé une messe anniversaire en présence notamment du patriarche grec-orthodoxe Théophile III et du cardinal allemand Rainer Maria Woelki.
Dans une Jérusalem profondément marquée par la guerre, l’anniversaire dépasse largement la commémoration institutionnelle.
Car Saint-Louis possède une particularité essentielle :
on y soigne sans distinction d’origine ou de religion.
Chrétiens, juifs et musulmans dans le même hôpital
L’image pourrait paraître banale ailleurs.
Elle l’est beaucoup moins à Jérusalem aujourd’hui.
À Saint-Louis, une équipe médicale interreligieuse rassemble des chrétiens, des juifs et des musulmans, tandis que les patients sont eux-mêmes accueillis sans distinction d’appartenance religieuse ou ethnique.
La médecine crée ici un espace singulier.
Un malade juif peut être soigné par un chrétien.
Un chrétien peut travailler avec un musulman.
Un patient arabe peut partager une chambre avec un patient juif.
Les appartenances ne disparaissent pas.
Mais devant la maladie, elles cessent d’être des frontières.
Un hôpital catholique sans clientèle catholique
C’est l’un des paradoxes les plus intéressants de cette institution.
Saint-Louis appartient à la Congrégation des Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition.
Les religieuses participent elles-mêmes à la mission de l’établissement.
Pourtant, l’hôpital n’a jamais été conçu comme un établissement réservé aux catholiques.
Son directeur, le docteur Alex Hadweh, rappelle que l’établissement entend servir toute la population de Jérusalem sans distinction d’origine, de religion ou d’appartenance ethnique.
C’est une conception très catholique de l’hôpital.
La charité possède une identité.
Mais elle ne demande pas de carte d’identité religieuse à celui qu’elle accueille.
Depuis 1851
L’histoire commence au milieu du XIXe siècle.
Jérusalem est alors encore une ville de l’Empire ottoman.
Les puissances européennes y développent leurs institutions religieuses, diplomatiques et caritatives.
Les communautés chrétiennes ouvrent des écoles, des hospices et des établissements médicaux.
C’est dans ce contexte que naît l’œuvre qui deviendra l’Hôpital Saint-Louis.
En 1881, l’établissement s’installe dans le complexe qu’il occupe toujours, face à la Porte Neuve de la Vieille Ville.
L’emplacement est extraordinaire.
Quelques centaines de mètres suffisent pour entrer dans cette Jérusalem où se superposent les mémoires juive, chrétienne et musulmane.
Jérusalem a changé de monde plusieurs fois
Depuis la naissance de l’hôpital, presque tout a changé autour de lui.
L’Empire ottoman a disparu.
Les Britanniques ont administré la Palestine.
L’État d’Israël est né.
Jérusalem a connu guerres, déplacements de populations, attentats et bouleversements politiques.
Les frontières ont changé.
Les pouvoirs ont changé.
Les populations ont changé.
L’hôpital, lui, est resté.
Cette continuité donne une profondeur particulière à son 175e anniversaire.
Accompagner ceux que la médecine ne peut plus guérir
Saint-Louis possède aujourd’hui une mission particulièrement délicate.
Une part importante de son activité concerne les soins palliatifs et la gériatrie.
Il ne s’agit donc pas seulement de guérir.
Il faut parfois accompagner une personne lorsque la guérison n’est plus possible.
Soulager la douleur.
Préserver la dignité.
Écouter.
Maintenir une présence humaine.
Accompagner une famille.
Dans une médecine moderne souvent fascinée par la performance technique, cette mission possède une dimension profondément chrétienne.
Donner de la vie aux jours qui restent
L’esprit de l’établissement pourrait se résumer ainsi :
donner davantage de vie aux jours qu’il reste à vivre.
Tout l’enjeu des soins palliatifs tient dans cette distinction.
Lorsqu’il n’est plus possible d’ajouter beaucoup de jours à la vie, il reste possible d’ajouter de la vie aux jours.
Une présence.
Une main tenue.
Une douleur soulagée.
Une visite.
Une prière lorsque le patient la souhaite.
Une chambre dans laquelle la personne demeure une personne jusqu’au bout.
La guerre n’est jamais restée complètement dehors
Depuis le déclenchement de la guerre, l’hôpital aurait pu devenir le reflet des divisions environnantes.
Il a cherché au contraire à préserver son caractère particulier.
Même pendant cette période extrêmement tendue, des patients d’origines différentes ont continué à être soignés ensemble.
L’image est extraordinairement forte.
À quelques kilomètres, les communautés peuvent se regarder avec peur ou hostilité.
Dans une chambre d’hôpital, deux malades découvrent qu’ils partagent la même fragilité.
La vulnérabilité abolit provisoirement les frontières
C’est peut-être ce que Saint-Louis révèle de plus profond.
La maladie rappelle une vérité anthropologique que les idéologies oublient facilement.
Le corps juif souffre.
Le corps musulman souffre.
Le corps chrétien souffre.
Tous vieillissent.
Tous connaissent la peur.
Tous peuvent devenir dépendants.
Tous meurent.
La vulnérabilité ne supprime pas les identités religieuses ou nationales.
Elle révèle simplement quelque chose qui les précède :
notre commune humanité.
Les religieuses au chevet de Jérusalem
Les Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition incarnent cette continuité.
Leur congrégation fut fondée en France au XIXe siècle par sainte Émilie de Vialar et développa rapidement une importante présence missionnaire autour de la Méditerranée et au Proche-Orient.
À Jérusalem, leur vocation ne consiste pas d’abord à organiser de grands débats interreligieux.
Elle se vit dans les gestes quotidiens.
Entrer dans une chambre.
Changer un pansement.
Accompagner une famille.
Veiller un mourant.
Écouter quelqu’un qui a peur.
C’est une forme de dialogue interreligieux beaucoup moins spectaculaire que les conférences, mais peut-être plus immédiatement compréhensible.
Pizzaballa, Théophile III et Woelki
La célébration du 175e anniversaire a également donné une image intéressante de l’universalité chrétienne.
La messe présidée par le cardinal Pizzaballa s’est déroulée en présence du patriarche orthodoxe Théophile III et du cardinal Rainer Maria Woelki, archevêque de Cologne.
Terre sainte.
Orthodoxie.
Catholicisme latin.
Allemagne.
Congrégation religieuse d’origine française.
Personnel juif, chrétien et musulman.
Toute l’histoire complexe de Jérusalem semble presque concentrée dans cet établissement.
Une autre forme de présence chrétienne
Lorsqu’on parle de l’avenir des chrétiens en Terre sainte, la question démographique domine souvent.
Combien restent-ils ?
Combien émigrent ?
Combien de paroisses subsistent ?
Ces questions sont essentielles.
Mais elles ne disent pas tout.
La présence chrétienne se mesure aussi à ce qu’elle apporte à la société.
Une école.
Une université.
Une maison pour personnes âgées.
Un dispensaire.
Un hôpital.
Dans ce sens, Saint-Louis représente beaucoup plus que le nombre de catholiques qui y travaillent.
Servir sans convertir de force
Il existe également une leçon missionnaire.
L’hôpital ne conditionne pas ses soins à une adhésion religieuse.
Il ne demande pas au malade musulman de devenir chrétien.
Il ne demande pas au patient juif d’assister à une messe.
Il soigne.
Cela ne signifie pas que son identité catholique serait effacée.
C’est précisément parce qu’il est chrétien qu’il veut accueillir l’autre.
La mission ne disparaît donc pas.
Elle prend la forme du service.
Une réponse très ancienne à une question très moderne
Au fond, Saint-Louis applique une idée présente depuis les premiers siècles du christianisme.
Le malade possède une dignité qui ne dépend ni de son utilité sociale, ni de sa richesse, ni de sa religion.
Les premières institutions chrétiennes d’assistance sont nées de cette conviction.
Dix-sept siècles après sainte Basilisse, cette intuition continue à produire ses effets.
Le monde médical est infiniment plus sophistiqué.
La question fondamentale reste pourtant la même :
que faisons-nous de celui qui est devenu faible ?
Sainte Basilisse et les malades de Jérusalem
La sainte du jour offre alors un écho inattendu.
Selon la tradition, Basilisse n’avait que neuf ans lorsqu’elle fut arrêtée à Nicomédie.
Elle représentait ce qu’un empire pouvait considérer comme absolument insignifiant : une enfant appartenant à une religion persécutée.
Et pourtant, la tradition chrétienne a conservé son nom pendant plus de dix-sept siècles.
Pourquoi ?
Parce que le christianisme affirme précisément que la valeur d’une vie ne dépend pas de sa puissance.
Le mourant de Saint-Louis possède la même dignité.
Même lorsqu’il ne produit plus rien.
Même lorsqu’il dépend entièrement des autres.
Même lorsqu’il ne lui reste que quelques jours.
Un petit laboratoire de paix
Il serait évidemment naïf de prétendre qu’un hôpital peut résoudre le conflit israélo-palestinien.
Saint-Louis n’est pas une conférence diplomatique.
Il ne négocie pas les frontières.
Il ne décide pas de la guerre ou de la paix.
Mais il démontre quelque chose de plus modeste et peut-être de plus précieux :
la coexistence reste possible.
Elle existe déjà.
Dans les couloirs.
Dans les chambres.
Autour des lits.
Entre des hommes et des femmes qui pourraient appartenir à des communautés opposées, mais qui choisissent de travailler ensemble pour sauver, soulager ou accompagner une vie.
175 ans après, la même mission
Les régimes politiques passent.
Les guerres commencent et finissent.
Les frontières changent.
Les générations disparaissent.
L’Hôpital Saint-Louis continue d’ouvrir ses portes.
À Jérusalem, ville où chaque pierre peut devenir l’objet d’une revendication historique ou religieuse, cette fidélité possède quelque chose de profondément évangélique.
Depuis 175 ans, l’établissement ne prétend pas résoudre toutes les divisions de la Terre sainte.
Il accomplit quelque chose de beaucoup plus simple.
Lorsqu’un homme souffre, il le soigne.
Et il ne lui demande pas auparavant s’il est chrétien, musulman ou juif.
Note culturelle : la Porte Neuve de Jérusalem
L’Hôpital Saint-Louis se trouve face à la Porte Neuve, l’une des ouvertures de la muraille de la Vieille Ville.
Contrairement aux grandes portes historiques de Jérusalem, elle est relativement récente : elle fut percée à la fin du XIXe siècle afin de faciliter les communications entre le quartier chrétien et les nouvelles constructions situées hors des murailles.
L’hôpital appartient précisément à cette période durant laquelle Jérusalem commence à s’étendre au-delà de son enceinte ancienne.
Sa situation géographique résume presque sa vocation : à la porte de la vieille Jérusalem, mais ouvert sur la ville moderne et sur toutes ses communautés.
Vidéo
St. Louis Hospital in Jerusalem: 175 Years of Care, Compassion, and Hope!
Un reportage du Christian Media Center consacré à l’établissement, à son personnel et à sa mission interreligieuse.
Sources
Vatican News : Les infos de L’Œuvre d’Orient, 3 septembre 2026
Christian Media Center : St. Louis Hospital in Jerusalem, 175 Years of Care, Compassion, and Hope!
Orthodox Church in America : Martyr Basilissa of Nicomedia
Pour aller plus loin
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Dans une Terre sainte profondément divisée, les institutions chrétiennes de santé peuvent-elles constituer de véritables lieux de rapprochement entre les communautés ?
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