Langue arabe, syriaque, copte, chants et rites : l’inculturation ne consiste pas à déguiser la liturgie, mais à faire comprendre qu’un peuple n’est pas étranger au Christ
Sainte du jour : sainte Pulchérie
Le 10 septembre, le Martyrologe romain commémore sainte Pulchérie, impératrice romaine d’Orient morte en 453.
Fille d’Arcadius et sœur de Théodose II, elle exerça une influence considérable sur la vie politique et religieuse de Constantinople. Elle soutint l’orthodoxie face au nestorianisme et à l’eutychianisme et joua un rôle important autour des conciles d’Éphèse et de Chalcédoine.
Elle est vénérée aussi bien dans l’Église latine que dans plusieurs Églises orientales.
ملخص
أكد المطران أوريليو غارسيا ماسياس أن الانثقاف الليتورجي يمكن أن يصبح من أجمل أشكال التبشير عندما يساعد شعباً ما على اكتشاف أن المسيح ليس غريباً عنه. لكنه حذّر في الوقت نفسه من تحويل الليتورجيا إلى مختبر دائم أو إلى عرض فولكلوري. وفي العالم العربي يكتسب هذا السؤال معنى خاصاً، لأن المسيحية الشرقية عبّرت عن إيمانها منذ قرون بالعربية والسريانية والقبطية، من دون أن تفقد شركة الإيمان مع الكنيسة الجامعة.
Le Christ est-il étranger à une culture ?
La formule mérite d’être retenue.
Pour Mgr Aurelio García Macías, sous-secrétaire du Dicastère pour le culte divin et la discipline des sacrements, l’inculturation peut devenir l’une des plus belles formes d’évangélisation lorsqu’elle permet à un peuple de comprendre que :
le Christ ne lui est pas étranger.
Il intervenait le 4 septembre devant les nouveaux évêques réunis à Rome.
Mais la question possède une résonance particulière dans le monde arabe.
Car le christianisme arabe n’est pas un christianisme importé hier
C’est la première confusion à dissiper.
Lorsqu’on voit une messe catholique célébrée en arabe, on pourrait imaginer une religion européenne récemment traduite.
L’histoire est infiniment plus complexe.
Le christianisme est présent au Proche-Orient bien avant l’apparition de l’islam.
Jérusalem.
Antioche.
Alexandrie.
Damas.
La Mésopotamie.
L’Arabie.
L’Égypte.
Une partie essentielle de l’histoire chrétienne s’est écrite sur ces terres.
Et les premiers chrétiens ne priaient pas en latin
Jésus parlait principalement l’araméen.
Le Nouveau Testament fut transmis en grec.
Les grandes traditions orientales ont prié en :
grec,
syriaque,
copte,
arménien,
géorgien,
guèze,
puis largement en arabe.
Le latin n’est donc pas la langue originelle universelle du christianisme.
Il est lui-même le produit d’une formidable inculturation du christianisme dans l’Occident romain.
Voilà qui change complètement la question
Demander si le christianisme peut devenir « arabe » est presque mal poser le problème.
Des chrétiens sont arabophones depuis des siècles.
Ils ont traduit :
la Bible,
les Pères de l’Église,
la théologie,
les prières,
les textes liturgiques.
Ils ont participé à la culture arabe.
Le christianisme arabe n’est pas une copie tardive de l’Europe.
Mais l’inculturation ne signifie pas simplement traduire
C’est précisément l’avertissement de Mgr García Macías.
Traduire un texte dans la langue locale est important.
Ajouter un chant traditionnel peut être légitime.
Employer un instrument local peut avoir du sens.
Mais cela ne suffit pas à constituer une véritable inculturation.
La rencontre doit être plus profonde.
Une culture doit pouvoir exprimer le mystère chrétien avec sa propre sensibilité
Cela touche :
la langue,
la poésie,
la musique,
les images,
les gestes,
la manière de concevoir le temps,
la relation au corps,
la mémoire historique.
L’Évangile rencontre alors une civilisation de l’intérieur.
Le monde arabe offre précisément plusieurs laboratoires historiques
Prenons les Maronites.
Leur liturgie appartient à la tradition syriaque antiochienne.
Le syriaque y conserve une importance symbolique et liturgique, tandis que l’arabe occupe aujourd’hui une place considérable dans la vie des fidèles.
Le chrétien libanais peut ainsi prier dans une tradition née avant l’arabisation du Proche-Orient tout en appartenant pleinement à la culture arabe contemporaine.
Les Melkites constituent un autre cas fascinant
Catholiques de tradition byzantine, ils utilisent largement l’arabe.
Une liturgie héritée du monde grec a donc trouvé une expression arabe.
Le fidèle peut entendre une théologie profondément byzantine exprimée dans la langue de la culture quotidienne.
Rome n’a pas besoin de transformer cette liturgie en messe latine pour que ces chrétiens soient catholiques.
Les Chaldéens nous emmènent encore ailleurs
En Irak et dans la diaspora, l’Église chaldéenne appartient à la tradition syriaque orientale.
Elle porte la mémoire chrétienne de la Mésopotamie.
Elle vit aujourd’hui entre plusieurs langues et cultures :
syriaque,
arabe,
kurde,
et, dans la diaspora, anglais, français ou autres langues européennes.
La question de l’inculturation devient alors double.
Comment demeurer oriental en Irak ?
Et comment demeurer chaldéen à Detroit, Paris ou Sydney ?
L’Égypte possède encore une autre histoire
La tradition copte conserve une identité liturgique extraordinairement forte.
La langue copte n’est plus la langue quotidienne de la majorité des fidèles, mais elle demeure présente dans la prière.
L’arabe s’est progressivement imposé comme langue comprise par la population.
Là encore, plusieurs couches historiques coexistent.
Égypte ancienne.
Christianisme alexandrin.
Copte.
Arabe.
Modernité.
La liturgie est donc une archive vivante
Elle conserve des civilisations disparues tout en parlant aux peuples actuels.
C’est ce qui rend la question si délicate.
Si l’on modernise tout, on peut perdre la mémoire.
Si l’on fossilise tout, on peut perdre le peuple.
García Macías refuse précisément ces deux extrêmes
Il met en garde contre une liturgie transformée en musée de formes immuables.
Mais il refuse également qu’elle devienne un laboratoire permanent.
Cette formule pourrait presque servir de règle à toutes les Églises orientales.
Ni musée.
Ni laboratoire.
Une tradition vivante.
L’inculturation n’est pas le folklore
C’est l’un des avertissements les plus importants de son intervention.
Une liturgie n’est pas davantage inculturée parce qu’on lui ajoute :
un vêtement exotique,
un instrument local,
une danse,
un décor,
quelques mots dans une autre langue.
Si ces éléments deviennent une attraction, on transforme le culte en spectacle culturel.
Le critère doit être le mystère célébré.
Voilà une question qui concerne directement les chrétiens arabes
Le patrimoine oriental peut lui-même être transformé en folklore.
Encens.
Icônes.
Araméen.
Chants anciens.
Processions.
Tout cela est magnifique.
Mais une liturgie orientale n’existe pas pour offrir aux visiteurs occidentaux une expérience pittoresque.
Elle existe pour célébrer Dieu.
L’arabe chrétien possède lui-même une immense richesse
Le mot Allah n’appartient évidemment pas exclusivement à l’islam.
Les chrétiens arabophones l’utilisent depuis des siècles pour parler de Dieu.
Ils disent :
Allah,
Yasūʿ al-Masīḥ,
al-Rūḥ al-Qudus.
Un Occidental qui découvre une messe en arabe peut parfois être surpris d’entendre un vocabulaire qu’il associe spontanément à l’islam.
C’est justement une excellente leçon d’histoire.
La langue arabe n’est pas musulmane par nature
Pas plus que le latin n’est catholique par nature.
Une langue peut porter plusieurs traditions religieuses.
L’arabe a produit :
du Coran,
de la théologie musulmane,
de la poésie profane,
de la philosophie,
mais aussi des traductions bibliques et une immense littérature chrétienne.
Les chrétiens arabes appartiennent à cette histoire.
Et Rome elle-même défend cette diversité
L’unité catholique ne signifie pas uniformité liturgique.
C’est un point fondamental.
Être en communion avec l’évêque de Rome ne signifie pas devenir liturgiquement romain.
Les Églises catholiques orientales possèdent leurs propres rites, disciplines et patrimoines.
La catholicité devrait précisément permettre cette pluralité.
Le danger inverse existe pourtant
On pourrait idéaliser toute culture locale au nom de l’inculturation.
García Macías le refuse également.
Aucune culture ne coïncide parfaitement avec l’Évangile.
Toutes contiennent des éléments qui peuvent servir de pont.
Toutes contiennent également des éléments qui doivent être purifiés.
Et il précise que cela vaut aussi pour la culture européenne.
L’Europe elle-même a dû être évangélisée
Voilà un rappel salutaire.
Le christianisme n’est pas né :
gothique,
baroque,
latin,
viennois,
français,
espagnol.
Ces formes sont nées de la rencontre entre l’Évangile et différentes civilisations.
Le christianisme européen est donc lui aussi un christianisme inculturé.
Pourquoi considérer alors l’Orient comme une exception ?
Une architecture arabe chrétienne.
Une poésie arabe chrétienne.
Une musique arabe chrétienne.
Une théologie écrite en arabe.
Tout cela n’est pas une concession faite à une culture étrangère au christianisme.
C’est une possibilité normale de la catholicité.
Léon XIV vient d’ailleurs de rappeler l’importance des traditions musicales des peuples
Dans une catéchèse d’août consacrée à la musique sacrée, le pape a rappelé que l’inculturation faisait partie des préoccupations de la réforme liturgique et que les traditions musicales propres aux différents peuples devaient être prises sérieusement en considération.
Mais là encore, la musique liturgique n’est pas un simple décor.
Elle est prière.
La question devient donc : qu’est-ce qu’une liturgie arabe authentique ?
Pas nécessairement une liturgie inventée au XXIe siècle.
Peut-être au contraire une liturgie capable d’assumer toute son histoire :
syriaque,
grecque,
copte,
chaldéenne,
latine,
arabe.
L’Orient chrétien est fait de couches successives.
Sa richesse vient précisément de cette profondeur.
Sainte Pulchérie nous ramène à cette profondeur historique
La sainte du jour mourut au Ve siècle.
À son époque, Constantinople, Antioche, Alexandrie et Jérusalem formaient déjà un monde chrétien d’une extraordinaire diversité.
Les grandes controverses christologiques traversaient précisément cet Orient.
Pulchérie soutint l’orthodoxie face à Nestorius et Eutychès et fut associée au contexte qui conduisit au concile de Chalcédoine en 451.
L’Orient chrétien n’est donc pas une périphérie tardive.
Il appartient au cœur même de la formation du christianisme.
Le Christ n’est étranger à aucun peuple
C’est finalement l’idée essentielle de García Macías.
L’inculturation réussit lorsqu’un peuple découvre que le Christ ne lui est pas étranger.
Pour le monde arabe, cette formule prend même une dimension historique supplémentaire.
Le Christ n’a jamais été étranger à l’Orient.
Il y est né.
Il y a prêché.
Il y est mort et ressuscité.
Et c’est depuis cet Orient que l’Évangile est parti vers Rome.
Note culturelle : « Allah » dans une église
Un voyageur francophone entrant dans une église arabophone peut être surpris d’entendre constamment le mot Allah.
Il ne s’agit nullement d’une islamisation de la liturgie : Allah est simplement le mot arabe ordinaire pour « Dieu », utilisé aussi par les chrétiens arabes.
Une Bible arabe parle donc d’Allah, et un chrétien arabe prie Allah en confessant Jésus-Christ comme Fils de Dieu.
C’est l’un des exemples les plus simples de ce que signifie l’inculturation : une langue appartient à ceux qui la parlent, pas à une seule religion.
Vidéo
Pour prolonger le sujet par la musique liturgique, l’enseignement récent de Léon XIV sur le chant et la liturgie constitue un bon complément :
🌍 Monde arabe — Sources
Vatican News arabe — المطران غارسيا ماسياس: إدماج الثقافة المحلية في حياة الكنيسة يمكن أن يصبح واحداً من أجمل أشكال التبشير
Source principale. Mgr García Macías y explique que l’intégration de la culture locale dans la vie de l’Église peut devenir une forme particulièrement féconde d’évangélisation lorsqu’elle aide un peuple à découvrir que le Christ ne lui est pas étranger. Il insiste aussi sur la fidélité des traductions, l’équilibre entre diversité culturelle et communion ecclésiale, et le refus de l’arbitraire liturgique.
Catholic Culture — 10 septembre 2026 : sainte Pulchérie
Source utile pour Pulchérie : fille d’Arcadius, régente de Théodose II, défense de l’orthodoxie contre Nestorius et Eutychès, rôle autour d’Éphèse et de Chalcédoine, vénération dans les traditions orientales et latine.
Pour aller plus loin
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Le christianisme arabe doit-il préserver avant tout ses formes liturgiques anciennes, ou poursuivre davantage l’inculturation dans la langue et la culture arabes contemporaines ?
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