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Marie Reine : comment les Églises arabes disent autrement la royauté de la Vierge

 

Une même Marie, plusieurs langages liturgiques




Saint du jour

Marie Reine — مريم العذراء ملكة السماء

Le 22 août, l’Église latine célèbre Marie Reine. Dans les Églises catholiques orientales du monde arabe, la royauté de Marie n’est nullement absente, mais elle s’exprime généralement à travers d’autres cadres liturgiques : والدة الإله, la Mère de Dieu, la Theotokos ; سيدتنا, Notre-Dame ; ou encore des images et hymnes qui la présentent près du Roi, intercédant pour le peuple chrétien. Il ne faut donc pas transformer le 22 août latin en une fête orientale universelle qui n’existe pas sous cette forme.


الملخص

تحتفل الكنيسة اللاتينية في 22 آب/أغسطس بذكرى مريم العذراء ملكة. أمّا الكنائس الكاثوليكية الشرقية في العالم العربي فلا تتبع بالضرورة العيد نفسه في هذا التاريخ، لكنها تعرف لغة ملكية مريمية غنية في صلواتها وأيقوناتها. فالروم الملكيون يكرّمون مريم بصورة خاصة كـ«والدة الإله» ويرتبط أهم عيد صيفي لها برقادها وانتقالها في 15 آب. وفي التقليد القبطي تُدعى مريم أيضًا «سيدتنا» و«ملكة لنا جميعًا». وهكذا تختلف التقاويم والعبارات، بينما يبقى المعنى واحدًا: كرامة مريم تأتي من علاقتها بالمسيح الملك ومن دورها كأمّ وشفيعة في حياة الكنيسة.


Article

Le 22 août peut produire un petit malentendu lorsqu’on regarde l’Église depuis l’Occident.

Le calendrier latin annonce : Marie Reine.

On pourrait alors imaginer que les catholiques melkites de Damas, les maronites du Liban, les coptes catholiques d’Égypte ou les chaldéens d’Irak célèbrent tous exactement la même fête, le même jour et avec les mêmes textes.

Ce serait précisément oublier ce qui fait la richesse des Églises orientales.

La royauté de Marie existe bien en Orient chrétien.

Mais elle n’a pas besoin de se présenter sous la forme exacte de la mémoire latine du 22 août.

Chez les Melkites, par exemple, la grande fête mariale estivale demeure la Dormition de la Sainte Mère de Dieu, célébrée le 15 août. L’iconographie montre la Theotokos sur son lit funèbre tandis que le Christ reçoit son âme et que l’Église contemple déjà sa glorification.

À Damas, cette tradition est inscrite jusque dans le nom de la cathédrale patriarcale melkite : كاتدرائية سيدة النياح, cathédrale de Notre-Dame de la Dormition.

La différence avec l’Occident n’est donc pas une différence de dignité accordée à Marie.

C’est une différence d’accent.

L’Occident latin a développé une fête particulière de sa royauté.

L’Orient byzantin préfère souvent contempler Marie comme Theotokos, Mère de Dieu, toute-sainte et participante à la gloire de son Fils.

La dimension royale apparaît cependant dans les hymnes.

La tradition byzantine applique notamment à Marie l’image biblique de la reine placée à la droite du roi, et l’Akathiste la chante comme protectrice puissante du peuple chrétien.

En arabe, l’expression ملكة السماء, « Reine du ciel », est d’ailleurs parfaitement compréhensible dans le vocabulaire catholique. Le Saint-Siège lui-même traduit aujourd’hui le Regina Caeli par « إفرحي يا ملكة السماء » — « Réjouis-toi, Reine du ciel » dans ses textes arabes officiels.

La tradition copte possède elle aussi un langage royal très fort.

Des textes liturgiques coptes présentent Marie comme « notre Dame, la Reine de nous tous, la Mère de Dieu ». Là encore, la royauté n’est pas séparée de sa maternité divine : Marie est honorée parce qu’elle porte le Verbe incarné.

C’est probablement la clé pour comprendre l’Orient.

Marie n’y devient jamais une reine indépendante du Christ.

Sa grandeur vient de lui.

Elle est la Mère du Roi.

Celle qui se tient auprès de lui.

Celle qui intercède.

Celle dont l’icône montre déjà la destinée promise à l’Église entière.

Cette différence de calendrier permet aussi d’éviter une erreur fréquente lorsqu’on parle des « chrétiens d’Orient » : les traiter comme des catholiques latins qui utiliseraient simplement l’arabe.

Les Églises melkite, maronite, syriaque, copte et chaldéenne possèdent chacune une mémoire liturgique propre.

Parfois leurs fêtes coïncident avec Rome.

Parfois elles emploient une autre date.

Parfois elles expriment la même doctrine avec un langage différent.

C’est précisément le cas de Marie Reine.

Le 22 août est une fête latine.

Mais la royauté de la Mère de Dieu est beaucoup plus vaste que le calendrier latin.


Note culturelle

L’arabe chrétien permet de voir très clairement cette pluralité.

والدة الإله traduit la Theotokos, « Mère de Dieu ».
سيدتنا مريم العذراء signifie « Notre-Dame la Vierge Marie ».
ملكة السماء signifie « Reine du ciel ».

Ces titres ne s’excluent pas : ils éclairent différentes dimensions d’une même figure mariale.

La piété orientale privilégie cependant fortement le titre de Mère de Dieu, parce qu’il exprime d’abord une vérité sur le Christ : celui que Marie a enfanté est véritablement Dieu fait homme.


Sources

Éparchie melkite d’Australie — présentation officielle de la Dormition de la Theotokos et de son iconographie byzantine.

Patriarcat melkite — textes sur le jeûne de la Vierge et la Dormition-Assomption de Marie dans la tradition melkite.

Saint-Siège, édition arabe — usage contemporain de l’expression ملكة السماء dans le Regina Caeli.

Oxford Early Christian Studies — documentation sur les titres mariaux de la liturgie copte, notamment « Notre Dame, Reine de nous tous, Mère de Dieu ».


Pour aller plus loin

Nouvelles catholiques arabes : Rome, Jérusalem, Gaza et les chrétiens d’Orient

Cet article des archives permet notamment de replacer les différentes Églises orientales dans leur relation avec Rome tout en respectant leurs identités liturgiques propres.

Je n’ajoute pas d’autres permaliens tant que leur URL publique exacte n’est pas vérifiée.


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Faut-il traduire systématiquement les traditions orientales dans le vocabulaire latin pour les comprendre ?

La fête de Marie Reine montre plutôt qu’une même foi peut être exprimée par des calendriers, des icônes et des mots différents.

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