Pour Mgr Aldo Berardi, des catholiques de rites, de langues et de nations différentes peuvent offrir un témoignage de paix au milieu des tensions régionales
Saint du jour : saint Zacharie, prophète
Le 6 septembre, le Martyrologe romain commémore saint Zacharie, l’un des douze petits prophètes.
Le lien avec le monde arabe est exceptionnellement fort : la tradition présentée par l’État de la Cité du Vatican situe sa naissance au VIe siècle avant Jésus-Christ en Galaad, dans l’actuelle Jordanie. Après l’exil à Babylone, Zacharie encouragea la reconstruction du Temple de Jérusalem. Il annonça aussi le roi humble entrant dans Jérusalem sur un âne et proclamant la paix aux nations, prophétie que le christianisme applique au Christ.
ملخص
يرى المطران ألدو براردي، النائب الرسولي لشمال شبه الجزيرة العربية، أن الكنيسة الكاثوليكية في الخليج تستطيع أن تقدم شهادة خاصة للوحدة والسلام. ففي البحرين والكويت وقطر والمملكة العربية السعودية يعيش كاثوليك من جنسيات ولغات وطقوس مختلفة، لكنهم يشكلون كنيسة واحدة. وفي منطقة متأثرة بالحروب والتوترات، يؤكد المطران أن الحضور المسيحي قد يكون هادئًا، لكنه يستطيع أن يكون فعالًا جدًا من خلال الصلاة والخدمة والحوار والشهادة للإنجيل.
Une Église presque invisible
Quand on pense au catholicisme arabe, on pense généralement au Liban.
À Jérusalem.
À la Syrie.
À l’Irak.
À l’Égypte.
Beaucoup moins au Golfe.
Pourtant, une importante population catholique vit aujourd’hui dans les monarchies de la péninsule Arabique.
Sa particularité est spectaculaire.
Elle est presque entièrement issue de l’immigration.
Quatre pays pour un vicariat
Mgr Aldo Berardi est vicaire apostolique d’Arabie du Nord.
Sa juridiction couvre Bahreïn, le Koweït, le Qatar et l’Arabie saoudite.
Dans ce territoire immense, les communautés chrétiennes vivent dans un environnement très majoritairement musulman.
Elles sont également directement exposées aux tensions politiques et militaires qui traversent aujourd’hui le Golfe.
Une région sous tension
L’entretien accordé par Mgr Berardi à Vatican News intervient dans un contexte particulièrement inquiétant.
Les tensions militaires impliquant les États-Unis et l’Iran affectent directement les pays du Golfe, notamment ceux qui accueillent des installations militaires américaines.
La géographie place donc les communautés catholiques au milieu d’un espace stratégique mondial.
Mais Mgr Berardi ne veut pas que l’Église se contente de commenter la guerre.
Il lui assigne une autre mission.
Être témoin.
Témoins du Christ dans le Golfe
Pour l’évêque, l’essentiel est d’être témoins du Christ ressuscité et de l’Évangile dans cette région.
La formulation paraît classique.
Elle prend une signification différente dans le Golfe.
Le christianisme n’y dispose pas partout des mêmes libertés publiques qu’en Europe.
Il doit composer avec des législations et des traditions différentes.
L’évangélisation y prend donc souvent la forme d’une présence.
Travail.
Service.
Liturgie.
Relations personnelles.
Charité.
Une Église faite d’étrangers
Le catholicisme du Golfe constitue l’un des phénomènes les plus singuliers de l’Église contemporaine.
Les fidèles viennent notamment d’Inde.
Des Philippines.
Du Sri Lanka.
Du Liban.
D’autres pays arabes.
D’Afrique.
D’Europe.
Ils travaillent dans les mêmes États sans nécessairement parler la même langue ni appartenir au même rite.
Une paroisse peut ainsi devenir un véritable résumé de l’Église universelle.
Latin ne veut pas dire uniforme
C’est l’un des points soulignés par Mgr Berardi.
Dans le Golfe coexistent différents rites, différentes traditions et différentes langues.
Et pourtant, insiste-t-il, tous appartiennent à la même Église catholique.
Cette diversité n’est donc pas présentée comme un problème à éliminer.
Elle devient elle-même un témoignage.
Maronites, melkites, latins, syro-malabars...
Le catholicisme ne constitue pas une réalité liturgiquement uniforme.
Le fidèle philippin de tradition latine ne prie pas nécessairement comme un catholique syro-malabar indien.
Le maronite libanais possède encore une autre liturgie.
Le melkite une autre tradition.
Le défi pastoral consiste donc à préserver ces identités tout en maintenant la communion.
C’est précisément ce que Berardi veut montrer à la région.
L’unité sans uniformité
Son raisonnement possède une dimension presque politique.
Le Moyen-Orient est traversé par des différences ethniques, nationales, religieuses et confessionnelles.
Ces différences deviennent parfois des fractures.
L’Église catholique du Golfe peut présenter un autre modèle.
Des langues différentes.
Des peuples différents.
Des rites différents.
Mais une communion commune.
Pour Mgr Berardi, cette unité catholique peut devenir un exemple pour la région.
Une Église sans peuple catholique national
C’est peut-être sa caractéristique la plus étonnante.
En Pologne, le catholicisme s’est profondément mêlé à l’histoire nationale.
Au Liban, certaines Églises sont enracinées depuis des siècles dans des communautés locales.
Dans le Golfe, la situation est tout autre.
Il n’existe pas un « peuple catholique » unique.
La paroisse est créée par la rencontre de personnes venues d’ailleurs.
L’universalité n’est donc pas seulement un principe théologique.
Elle est visible chaque dimanche.
Le migrant devient le cœur de l’Église
Cette réalité renverse aussi certaines représentations occidentales.
Le migrant est souvent considéré comme celui qu’une Église locale doit accueillir.
Dans le Golfe, le migrant est l’Église locale.
Sans travailleurs étrangers, de nombreuses communautés catholiques disparaîtraient presque entièrement.
Leur précarité sociale devient donc inséparable de la pastorale.
Témoigner sans bruit
La formule la plus belle de l’entretien de Mgr Berardi tient en quelques mots.
Le témoignage chrétien dans le Golfe, dit-il, est peut-être silencieux,
« mais très efficace ».
Elle décrit assez bien la condition de ces communautés.
Peu de grandes déclarations.
Peu de visibilité politique.
Mais des centaines de milliers de vies chrétiennes ordinaires.
Le témoignage quotidien
Une infirmière catholique soigne un patient musulman.
Un travailleur indien prie avant son service.
Une famille philippine se rend à la messe.
Un Libanais rencontre un Sri-Lankais dans la même paroisse.
Un prêtre célèbre successivement pour plusieurs communautés linguistiques.
C’est cette accumulation de gestes ordinaires qui forme la présence chrétienne.
Le dialogue avec l’islam est inévitable
Comme en Égypte, la rencontre avec les musulmans n’est pas une activité réservée à quelques spécialistes.
Elle appartient à la vie quotidienne.
Collègues.
Employeurs.
Voisins.
Patients.
Commerçants.
Institutions publiques.
Le dialogue commence donc souvent avant les conférences théologiques.
Il commence dans les relations humaines.
Une situation très différente selon les pays
Il serait cependant faux de parler du « Golfe » comme d’un bloc uniforme.
Bahreïn, le Qatar, le Koweït et l’Arabie saoudite possèdent des histoires, des législations et des pratiques religieuses différentes.
La visibilité des communautés chrétiennes n’est pas identique partout.
Le rôle du vicaire apostolique consiste précisément à maintenir une unité pastorale au milieu de cette diversité politique.
Bahreïn possède désormais un symbole majeur
La construction de la cathédrale Notre-Dame d’Arabie à Awali, au Bahreïn, a donné au catholicisme régional un centre particulièrement visible.
Elle rappelle que cette présence n’est plus simplement celle de petits groupes dispersés.
L’Église cherche progressivement à structurer une vie pastorale adaptée à des populations mobiles.
Une cathédrale pour des gens qui passent
Le paradoxe est saisissant.
Une cathédrale est normalement l’un des symboles les plus stables d’une Église.
Mais beaucoup de ses fidèles sont des travailleurs expatriés.
Ils arrivent.
Restent quelques années.
Repartent.
Sont remplacés par d’autres.
Le bâtiment demeure tandis que la population se renouvelle continuellement.
C’est presque une nouvelle forme de catholicisme urbain.
La guerre rappelle sa fragilité
Cette Église cosmopolite dépend aussi de la stabilité du Golfe.
Une guerre régionale majeure pourrait bouleverser rapidement les migrations, l’économie et la présence des travailleurs étrangers.
D’où l’insistance de Mgr Berardi sur la paix.
Pour ces communautés, la guerre n’est pas une question géopolitique abstraite.
Elle peut signifier la perte d’un emploi.
Le départ précipité.
La séparation d’une famille.
Ou l’impossibilité de rentrer dans son pays.
Prier pour la paix n’est donc pas une formule
Lorsque ces communautés prient pour la paix entre États, elles prient aussi pour leur propre existence quotidienne.
Iran.
États-Unis.
Arabie.
Pays du Golfe.
Les grandes puissances jouent sur une carte.
Les migrants vivent sur cette carte.
Et les paroisses avec eux.
Une expérience intéressante pour toute l’Église
Le catholicisme européen pourrait même avoir quelque chose à apprendre de ces communautés.
Nos paroisses deviennent elles aussi plus diverses.
Africains.
Asiatiques.
Européens de l’Est.
Chrétiens orientaux.
Migrants latino-américains.
Le modèle d’une paroisse culturellement homogène devient moins évident.
Dans le Golfe, cette situation existe déjà depuis longtemps.
Une catholicité presque à l’état pur
Le mot « catholique » signifie universel.
Dans le Golfe, cette universalité est visible.
Le fidèle peut être indien.
Le prêtre français.
Le voisin philippin.
L’évêque européen.
Le chant arabe.
La liturgie syriaque.
Et tous communient à la même foi.
L’Église n’y est pas un peuple parmi les peuples.
Elle devient un lieu où les peuples se rencontrent.
Une petite présence qui parle autrement
Les catholiques ne transformeront probablement pas les équilibres politiques du Golfe.
Ce n’est pas leur vocation.
Mais ils peuvent montrer qu’une identité religieuse forte n’interdit pas la coexistence.
Et que des traditions différentes peuvent demeurer différentes sans devenir ennemies.
C’est cette ambition modeste que porte Mgr Berardi.
Dans une région où les grandes puissances parlent avec des missiles, une petite Église choisit de parler par sa communion.
Son témoignage est silencieux.
Mais, espère l’évêque, il peut être efficace.
Note culturelle : Notre-Dame d’Arabie
Le titre de Notre-Dame d’Arabie est particulièrement associé au catholicisme de la péninsule Arabique.
La cathédrale d’Awali, au Bahreïn, constitue aujourd’hui l’un des grands centres du vicariat apostolique d’Arabie du Nord.
Sa simple existence manifeste le paradoxe du catholicisme du Golfe : une Église profondément enracinée dans un lieu mais composée en très grande partie de personnes venues d’ailleurs.
Vidéo
L’article de Vatican News comporte directement un extrait audio de l’entretien de Mgr Aldo Berardi. C’est actuellement le document audiovisuel le plus directement lié au sujet.
Écouter Mgr Aldo Berardi sur Vatican News
Sources
Vatican News — Bishop Berardi: Gulf Christians called to be witnesses of peace
État de la Cité du Vatican — 6 septembre : saint Zacharie, prophète
Pour aller plus loin
Nouvelles catholiques arabes : Rome regarde à nouveau vers les chrétientés du monde arabe
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Gaza : pourquoi le Vatican parle d’abord de paix
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Une Église composée presque entièrement de migrants peut-elle devenir un modèle de catholicité pour des communautés européennes elles-mêmes de plus en plus multiculturelles ?
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