L’arrivée massive des réfugiés transforme les paroisses latines d’Alexandrie et du Caire
Sainte du jour : sainte Teresa de Calcutta
Le 5 septembre, l’Église célèbre sainte Teresa de Calcutta.
Sa vie fut entièrement marquée par le déplacement, les frontières et le service des personnes déracinées.
Née dans les Balkans, devenue religieuse en Inde, elle fit de l’accueil du pauvre et de l’abandonné le centre de sa vocation.
Sa mémoire accompagne particulièrement bien les milliers de réfugiés soudanais qui remplissent aujourd’hui les églises catholiques d’Égypte.
ملخص
أدت الحرب في السودان إلى وصول نحو مليون لاجئ سوداني إلى مصر خلال السنوات الثلاث الماضية. ويقدّر المطران كلاوديو لوراتي، النائب الرسولي للاتين في الإسكندرية، أن ما بين 30 و35 ألفًا منهم كاثوليك من السودان وجنوب السودان. وقد غيّر وصولهم وجه الكنيسة اللاتينية الصغيرة في مصر، حتى إن الكنائس امتلأت من جديد. وفي الوقت نفسه تعيش هذه الجماعات إلى جانب الأقباط الأرثوذكس والمسلمين، في بلد يشكّل فيه الحوار اليومي جزءًا أساسيًا من الحياة المسيحية.
Un million de réfugiés venus du Soudan
L’Égypte connaît depuis trois ans une transformation humaine considérable.
La guerre au Soudan a poussé environ un million de personnes à chercher refuge sur le territoire égyptien.
Parmi elles se trouvent des dizaines de milliers de chrétiens.
Et cela bouleverse directement la petite Église catholique latine du pays.
Mgr Claudio Lurati, vicaire apostolique d’Alexandrie, estime aujourd’hui que 30 000 à 35 000 catholiques soudanais et sud-soudanais vivent en Égypte.
« Nos églises se sont remplies »
La formule employée par l’évêque est frappante.
Il explique que l’arrivée des réfugiés catholiques a tout simplement rempli les églises.
Pour une communauté latine devenue très petite au XXe siècle, le phénomène est spectaculaire.
Mais il ne s’agit évidemment pas d’une croissance démographique heureuse.
Cette augmentation est le produit d’une guerre.
Une Église de réfugiés
Selon Mgr Lurati, environ 60 000 personnes appartiendraient aujourd’hui à l’Église catholique romaine en Égypte.
Parmi elles, seulement 1 000 à 2 000 seraient égyptiennes.
La grande majorité est donc composée d’étrangers et de migrants.
Et les Soudanais constituent désormais de très loin le groupe principal.
Cela signifie que la communauté latine égyptienne est devenue en grande partie une Église de réfugiés.
Ce chiffre raconte toute une histoire
Il faut mesurer l’ampleur de la transformation.
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Église catholique romaine en Égypte comptait environ 120 000 fidèles, essentiellement étrangers.
Alexandrie et Le Caire étaient alors des villes profondément cosmopolites.
Italiens.
Français.
Grecs.
Maltais.
Arméniens.
Levantins.
Juifs.
Musulmans.
Coptes.
L’Égypte méditerranéenne était beaucoup plus diverse qu’aujourd’hui.
Puis vint l’exode
Après la révolution égyptienne et surtout la nationalisation du canal de Suez en 1956, de nombreux Européens quittèrent le pays.
La communauté latine diminua fortement.
Les anciennes paroisses demeurèrent.
Les écoles aussi.
Les congrégations religieuses continuèrent leur travail.
Mais le monde catholique latin qui avait marqué l’Alexandrie du début du XXe siècle avait largement disparu.
Aujourd’hui, la migration recrée une diversité
L’histoire produit donc un étrange retournement.
Le catholicisme latin égyptien avait été affaibli par le départ des Européens.
Il est aujourd’hui numériquement transformé par l’arrivée d’Africains.
La diversité revient.
Mais elle ne vient plus de Marseille, Naples ou Malte.
Elle vient de Khartoum.
De Juba.
Du Darfour.
Du Soudan du Sud.
Une migration vers le Nord
Le mouvement est également géographiquement intéressant.
On parle souvent des migrants africains qui cherchent à atteindre l’Europe.
Mais des millions de déplacements restent internes au continent africain.
L’Égypte constitue précisément l’un des grands pays d’accueil des populations fuyant la guerre soudanaise.
Les catholiques concernés ne rêvent pas tous de traverser la Méditerranée.
Beaucoup cherchent d’abord simplement la sécurité.
Des paroisses qui changent de langue et de rythme
L’arrivée de dizaines de milliers de fidèles modifie nécessairement la vie pastorale.
Une paroisse latine autrefois petite doit soudain accueillir de nombreuses familles.
Il faut organiser davantage de messes.
Trouver des prêtres capables de comprendre les nouveaux fidèles.
Accompagner des enfants.
Organiser la catéchèse.
Aider à trouver un logement.
Soutenir des personnes traumatisées.
La liturgie devient le début d’un immense travail social.
Les réfugiés apportent aussi leur foi
Il serait pourtant faux de les présenter uniquement comme des personnes à aider.
Ils transforment également les communautés par leur propre vitalité.
Les catholiques soudanais possèdent souvent une vie communautaire forte.
Chants.
Processions.
Catéchèse.
Groupes de jeunes.
Dévotions.
Solidarité familiale.
La migration transporte donc aussi des formes de christianisme africain qui peuvent revitaliser des paroisses vieillissantes.
Le catholicisme égyptien devient plus africain
C’est probablement l’une des évolutions les plus importantes.
L’Église catholique latine d’Égypte était historiquement très liée au monde méditerranéen européen.
Elle devient aujourd’hui beaucoup plus africaine.
Ce changement pourrait modifier durablement son identité.
Liturgie.
Musique.
Pastorale.
Langues.
Rapports avec les autres Églises.
Car l’Égypte est d’abord la terre des Coptes
Les catholiques latins restent une petite minorité chrétienne au sein d’une minorité chrétienne beaucoup plus vaste.
La principale Église chrétienne d’Égypte est l’Église copte orthodoxe.
Mgr Lurati estime que les Coptes orthodoxes représentent environ 10 % de la population, soit quelque dix ou onze millions de personnes.
Dans certaines régions de Haute-Égypte, leur proportion peut même atteindre 20 ou 30 %.
Relations quotidiennes avec les Coptes
Les rapports entre catholiques et coptes orthodoxes ne relèvent donc pas d’un dialogue théologique abstrait.
Ils font partie de la vie quotidienne.
Familles.
Écoles.
Œuvres sociales.
Quartiers.
Fêtes.
L’histoire des divisions entre les Églises demeure réelle.
Mais le christianisme minoritaire en Égypte encourage aussi une proximité concrète.
Et neuf personnes sur dix sont musulmanes
L’autre réalité est encore plus évidente.
Mgr Lurati le résume simplement :
lorsqu’un chrétien sort dans la rue en Égypte, neuf personnes sur dix qu’il rencontre sont musulmanes.
Le dialogue islamo-chrétien n’est donc pas une option pastorale spécialisée.
C’est le contexte ordinaire de la vie.
Les Dominicains jouent un rôle particulier
L’évêque cite notamment les Dominicains du Caire.
Leur bibliothèque attire de nombreux étudiants musulmans.
Ils entretiennent également des relations intellectuelles suivies avec Al-Azhar, l’une des institutions les plus importantes de l’islam sunnite.
Certains religieux y donnent même occasionnellement des conférences.
C’est une autre forme de présence chrétienne.
Moins visible qu’une grande église.
Mais intellectuellement stratégique.
Alexandrie garde les traces de son ancien cosmopolitisme
Mgr Lurati rappelle aussi que la ville porte encore dans son architecture la mémoire de cette époque.
Immeubles italiens.
Influences françaises.
Institutions grecques.
Églises européennes.
Synagogues.
Alexandrie fut pendant des siècles un carrefour de peuples et de religions.
La ville homogène d’aujourd’hui conserve donc les pierres de son ancien pluralisme.
Une communauté juive presque disparue
L’évêque évoque notamment l’ancienne communauté juive d’Alexandrie.
Elle était présente depuis plus de deux millénaires.
Elle a presque entièrement disparu au cours du XXe siècle.
Cette mémoire rappelle une vérité importante.
Les équilibres religieux paraissant immuables peuvent changer très rapidement.
Et voilà que les Soudanais arrivent
La nouvelle migration redessine à son tour la ville.
Les paroisses accueillent des visages nouveaux.
Des enfants soudanais entrent dans les écoles.
Des familles reconstruisent une vie.
Des communautés chrétiennes africaines s’implantent dans l’une des plus anciennes métropoles chrétiennes du monde.
L’histoire d’Alexandrie continue donc de se réécrire.
Le problème reste pourtant la guerre
Il serait indécent de transformer la migration en simple bonne nouvelle ecclésiale.
Les églises sont pleines parce que le Soudan est ravagé.
Des familles ont perdu leur maison.
Certaines ont perdu des proches.
Des enfants ont interrompu leur scolarité.
Des adultes se retrouvent sans travail ou sans statut stable.
La croissance pastorale commence donc par une tragédie.
L’Église doit devenir refuge
La réponse chrétienne ne peut se limiter à ajouter des messes.
Il faut aussi nourrir.
Loger.
Scolariser.
Écouter.
Soigner.
Accompagner juridiquement.
Aider à trouver du travail.
Une paroisse accueillant des réfugiés devient presque nécessairement une institution sociale.
Gaza reste également à la frontière
L’entretien de Mgr Lurati ne porte pas seulement sur le Soudan.
Il évoque également la guerre à Gaza.
Les Égyptiens, explique-t-il, éprouvent une profonde sympathie pour les Palestiniens tout en voulant conserver la paix difficilement acquise avec Israël.
La frontière reste fermée, mais plusieurs milliers de Palestiniens ont néanmoins réussi à entrer en Égypte, notamment pour recevoir des soins.
Des blessés arrivent en fauteuil roulant
Mgr Lurati dit avoir rencontré des Palestiniens grièvement blessés par les bombardements, certains se déplaçant en fauteuil roulant.
L’Église égyptienne se retrouve ainsi à proximité de deux crises humanitaires simultanées.
Au sud : le Soudan.
À l’est : Gaza.
L’Égypte devient une sorte de carrefour des blessures régionales.
Une petite Église au milieu de très grands événements
Les quelque 60 000 catholiques latins peuvent paraître insignifiants dans un pays de plus de cent millions d’habitants.
Mais la taille d’une communauté ne dit pas tout de son rôle.
Écoles.
Hôpitaux.
Institutions intellectuelles.
Accueil des migrants.
Relations œcuméniques.
Dialogue avec l’islam.
La petite Église latine se trouve placée à plusieurs intersections stratégiques.
Léon XIV parlait précisément de cette petitesse
Le message adressé récemment par Léon XIV aux évêques du monde arabe prend ici tout son sens.
Une petite communauté peut être féconde lorsqu’elle sert.
En Égypte, cette fécondité prend désormais le visage de milliers de Soudanais.
La mission n’est plus seulement de préserver une présence ancienne.
Elle consiste à accueillir une Église nouvelle qui arrive par les routes de l’exil.
Alexandrie redevient une ville d’exilés
L’histoire aime parfois produire des échos inattendus.
Alexandrie fut autrefois l’une des villes les plus cosmopolites de la Méditerranée.
Elle perdit progressivement une grande partie de cette diversité au XXe siècle.
Aujourd’hui, la guerre recrée douloureusement une nouvelle diversité.
Les catholiques soudanais ne remplacent pas l’ancienne Alexandrie.
Ils écrivent autre chose.
Une Alexandrie plus africaine.
Plus migrante.
Plus fragile.
Mais peut-être à nouveau profondément universelle.
Note culturelle : Alexandrie, une capitale du christianisme antique
Alexandrie fut l’un des grands centres intellectuels du christianisme ancien.
Clément d’Alexandrie et Origène y enseignèrent.
La ville donna naissance à une tradition théologique majeure et devint l’un des grands sièges patriarcaux de l’Antiquité.
Aujourd’hui encore, plusieurs Églises chrétiennes portent le titre d’Alexandrie dans leur organisation ecclésiale.
L’arrivée de milliers de chrétiens soudanais donne donc une nouvelle page africaine à une histoire commencée il y a près de deux millénaires.
Vidéo
Aucune vidéo directement issue de l’entretien de Mgr Claudio Lurati n’a pu être retrouvée avec certitude.
La version complète publiée par Vatican News constitue actuellement la source la plus fiable pour ses propos.
Sources
Vatican News : Catholics, Copts, Muslims — Bishop of Alexandria on Christianity in Egypt
Vatican News : Egipto, vivir la fe entre católicos, coptos y musulmanes
Pour aller plus loin
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L’arrivée des réfugiés soudanais peut-elle durablement transformer le catholicisme égyptien et renforcer les liens entre chrétiens arabes et africains ?
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