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Irak : le nouveau patriarche chaldéen fait du retour des chrétiens une priorité


Après l’exode, reconstruire une présence chrétienne durable





Saint du jour : saint Siméon le Stylite, une voix de Syrie

Le 1er septembre, les Églises d’Orient font mémoire de saint Siméon le Stylite l’Ancien, l’une des grandes figures du christianisme syriaque antique.

Né vers 390, il mena une existence ascétique dans la région d’Antioche. Sa réputation devint telle que des pèlerins venus de tout le Proche-Orient se rendaient auprès de lui.

Les ruines monumentales de son sanctuaire, Qal‘at Sim‘an, près d’Alep, témoignent encore de l’extraordinaire vitalité du christianisme syrien antique.

Sa mémoire rejoint directement l’actualité irakienne : comment maintenir vivantes les chrétientés nées au Proche-Orient sur les terres mêmes où elles se sont développées ?


ملخص

يرى البطريرك الكلداني الجديد مار بولس الثالث نونا أن عودة المسيحيين إلى أراضيهم التاريخية تشكل أكبر تحدٍ أمام الكنيسة في العراق. فعلى الرغم من تحسن الوضع الأمني وإعادة إعمار جزء كبير من سهل نينوى، لم تعد جميع العائلات المسيحية التي هُجّرت بسبب تنظيم داعش. ويؤكد البطريرك أن العودة تحتاج إلى الاستقرار والعمل والمساواة والثقة بالمستقبل. وبعد إعادة بناء البيوت والكنائس، يبدأ التحدي الأصعب: إعادة بناء جماعات مسيحية قادرة على البقاء على أرض بلاد الرافدين.


Un patriarche qui connaît l’exil

Paul III Nona possède un parcours qui résume presque à lui seul le drame récent du christianisme irakien.

Né à Alqosh en 1967, il devient archevêque chaldéen de Mossoul en 2009.

Il connaît alors directement la montée des violences contre les chrétiens.

Lorsque l’État islamique avance vers la plaine de Ninive en août 2014, Mgr Nona participe à l’évacuation des communautés menacées.

Il quittera ensuite l’Irak pour l’Australie, où il deviendra évêque de la communauté chaldéenne de Sydney.

En avril 2026, le Synode chaldéen l’élit patriarche de Bagdad.

Léon XIV lui accorde la communion ecclésiastique le 28 avril.

Après avoir accompagné la diaspora, Paul III Nona revient donc diriger l’Église de sa terre natale.

Et sa priorité est désormais claire : empêcher que l’exil devienne définitif.


« Tous les chrétiens ne reviennent pas »

Le patriarche ne cherche pas à masquer la situation.

La reconstruction matérielle de la plaine de Ninive est largement avancée.

Des maisons ont été restaurées.

Des églises ont rouvert.

Des villages ont repris vie.

Mais les habitants ne sont pas tous revenus.

Paul III Nona considère précisément cette absence de retour comme le plus grand défi auquel les chrétiens irakiens sont confrontés.

Beaucoup vivent désormais à l’étranger.

D’autres familles déplacées ont choisi de s’installer dans des régions irakiennes jugées plus stables.

Pour qu’elles reviennent, explique-t-il, il faut davantage que des murs reconstruits : stabilité politique, emploi, absence de discrimination et surtout confiance dans l’avenir.


La catastrophe de 2014 n’est pas effacée

Douze années ont passé depuis la nuit du 6 au 7 août 2014.

Pourtant, Paul III Nona ne l’a pas oubliée.

L’État islamique avançait vers les localités chrétiennes de la plaine de Ninive.

Des dizaines de milliers d’habitants prirent la fuite.

Le futur patriarche était alors archevêque de Mossoul.

Il contacta des prêtres et des habitants pour leur demander d’évacuer les villages menacés.

Il se souvient encore des familles partant à pied ou en voiture et surtout des enfants en pleurs.

La menace militaire immédiate a disparu.

Le traumatisme, lui, demeure.


Reconstruire une maison ne suffit pas

C’est probablement la leçon la plus importante de la situation actuelle.

Pendant des années, l’urgence était matérielle.

Il fallait reconstruire les maisons incendiées, les églises profanées et les infrastructures détruites.

Une grande partie de ce travail a été accomplie.

Mais comment reconstruire la confiance ?

Une famille peut retrouver sa maison et néanmoins décider de partir.

Pourquoi rester si les parents craignent une nouvelle guerre ?

Pourquoi revenir si les enfants étudient déjà en Europe, en Australie ou en Amérique ?

Pourquoi reconstruire une entreprise si l’on doute de la stabilité politique ?

La renaissance démographique est donc beaucoup plus difficile que la reconstruction des bâtiments.


Le désespoir des jeunes inquiète le patriarche

Paul III Nona insiste particulièrement sur les jeunes.

Selon lui, beaucoup ont perdu l’espérance dans leur pays.

Le chômage, les difficultés économiques et l’instabilité régionale les poussent à envisager l’émigration.

Chez les jeunes chrétiens, cette tentation possède une conséquence supplémentaire.

Certains retardent le mariage parce qu’ils ne veulent pas fonder une famille en Irak avant de partir.

D’autres ne se sentent tout simplement pas capables de construire une vie familiale dans un environnement qu’ils jugent trop incertain.

Le problème démographique chrétien commence donc avant même l’émigration.

Il touche désormais les mariages et les naissances.


Une présence presque bimillénaire

Cette évolution est d’autant plus grave que les chrétiens d’Irak ne constituent pas une population récemment arrivée dans la région.

Le christianisme mésopotamien remonte aux premiers siècles de notre ère.

L’Église de l’Orient s’est développée sur ces terres avant de porter l’Évangile jusqu’en Inde, en Asie centrale et en Chine.

Les communautés chaldéennes, assyriennes et syriaques ont conservé des traditions liturgiques extrêmement anciennes.

Le syriaque, issu de l’araméen, reste employé dans leurs célébrations.

Lorsque disparaît une communauté chrétienne de la plaine de Ninive, ce n’est donc pas seulement une paroisse moderne qui ferme.

C’est une partie d’une histoire commencée bien avant l’apparition de l’Irak contemporain.


Le gouvernement promet d’aider les chrétiens à revenir

Les autorités irakiennes affirment désormais vouloir inverser le mouvement.

Lors de rencontres avec Paul III Nona, les plus hauts responsables de l’État ont présenté la diversité religieuse du pays comme une richesse nationale.

Le gouvernement a même fait du retour des chrétiens une priorité nationale.

Les familles revenues de l’étranger doivent notamment pouvoir bénéficier des programmes de logement et d’attribution de terrains.

Les entrepreneurs chrétiens de la diaspora sont également invités à participer à la reconstruction du pays, notamment dans les domaines de la santé et de l’éducation.

Le signal politique est important.

Reste à savoir s’il sera suffisamment puissant pour convaincre ceux qui hésitent.


Être libre ne signifie pas seulement pouvoir aller à la messe

Le patriarche pose également une question fondamentale concernant la liberté religieuse.

Un chrétien n’est pas véritablement libre simplement parce qu’une église reste ouverte.

Il doit pouvoir travailler.

Participer à la vie sociale.

Accéder aux institutions.

Construire une famille.

Vivre sans discrimination.

Pour Paul III Nona, la liberté de foi dépasse donc largement les murs des édifices religieux.

Cette distinction est essentielle pour comprendre la situation des minorités chrétiennes du Moyen-Orient.

La tolérance cultuelle ne suffit pas.

La véritable question est celle de l’égalité civique.


La plaine de Ninive ne doit pas devenir un champ de bataille politique

Une autre inquiétude demeure.

La plaine de Ninive se situe au croisement de plusieurs influences politiques et communautaires.

Le patriarche redoute que les différentes composantes de la région cherchent à prendre l’ascendant les unes sur les autres.

Il refuse que les terres chrétiennes deviennent un terrain d’affrontement politique.

Ses fidèles, dit-il en substance, sont fatigués des conflits.

Ils veulent simplement vivre en paix.

Après les persécutions et l’exode, cette revendication paraît presque minimale.

Elle demeure pourtant difficile à garantir.


Une Église désormais mondiale

Il serait toutefois faux de considérer la diaspora uniquement comme une catastrophe.

Les Chaldéens possèdent aujourd’hui d’importantes communautés en Australie, aux États-Unis, au Canada et en Europe.

Des diocèses, paroisses, écoles et associations permettent d’y transmettre leur liturgie et leur identité.

Paul III Nona connaît précisément cette réalité pour avoir été évêque de Sydney.

L’Église chaldéenne est devenue mondiale.

Mais cette réussite comporte un paradoxe.

Plus les communautés de diaspora deviennent solides, moins leurs enfants éprouvent nécessairement le besoin de revenir en Irak.

La survie du christianisme chaldéen n’est donc peut-être pas menacée.

C’est sa présence mésopotamienne qui l’est.


Faire de la diaspora une force pour l’Irak

L’enjeu pourrait alors être de dépasser l’alternative entre retour définitif et disparition.

Un Chaldéen de Detroit ou de Sydney peut investir dans son pays d’origine.

Financer une école.

Soutenir une paroisse.

Créer une entreprise.

Restaurer une maison familiale.

Revenir régulièrement.

Permettre à ses enfants de connaître Alqosh ou Qaraqosh.

La diaspora pourrait ainsi contribuer à maintenir la chrétienté irakienne même lorsque tous ses membres ne reviennent pas définitivement.

L’appel des autorités irakiennes aux entrepreneurs chrétiens prend ici tout son sens.


La première assemblée des évêques depuis 2021

Un signe encourageant est apparu à la fin du mois d’août.

Les évêques catholiques d’Irak devaient se retrouver le 28 août à Ankawa, près d’Erbil.

Une telle assemblée collégiale n’avait plus été organisée depuis 2021.

Paul III Nona voulait notamment y aborder la présence chrétienne dans le pays, la protection des communautés et de leurs territoires historiques, la catéchèse, les tribunaux ecclésiastiques et l’action de Caritas.

Cette reprise du travail commun est significative.

L’Irak ne possède pas une seule Église catholique orientale.

Chaldéens, Syriaques, Arméniens et autres communautés doivent apprendre à coordonner davantage leurs forces alors que leurs effectifs ont considérablement diminué.


Le vrai défi : donner envie de rester

Le retour massif de tous les chrétiens partis depuis vingt ans est probablement irréaliste.

Des familles entières ont construit une nouvelle existence ailleurs.

Des enfants sont nés en diaspora.

Des carrières ont commencé.

De nouvelles générations parlent désormais anglais, français, allemand ou suédois aussi naturellement que les langues de leurs parents.

Le premier objectif doit peut-être être plus modeste :

arrêter l’exode.

Faire en sorte qu’un jeune chrétien de Qaraqosh puisse envisager son avenir sur place.

Qu’il puisse trouver un travail.

Se marier.

Avoir des enfants.

Pratiquer sa foi.

Et considérer l’Irak non comme la terre qu’il faudra un jour quitter, mais comme son pays.

C’est peut-être là que se joue désormais l’avenir du christianisme irakien.

Après avoir reconstruit les pierres, il faut reconstruire l’espérance.


Note culturelle : le syriaque, une langue qui relie l’Irak aux premiers siècles chrétiens

Les liturgies des chrétientés mésopotamiennes conservent encore aujourd’hui différentes formes du syriaque, langue appartenant à la famille araméenne.

Cette continuité donne aux communautés d’Irak une profondeur historique exceptionnelle.

Un fidèle chaldéen contemporain appartient à une tradition dont la langue liturgique plonge directement dans l’univers linguistique du christianisme antique oriental.

La disparition des villages chrétiens ne menacerait donc pas seulement des communautés religieuses. Elle fragiliserait également un patrimoine linguistique, musical et liturgique unique.


Vidéo

Vatican News : Paul III Nona et le défi du retour des chrétiens d’Irak


Sources

Vatican News : En Irak, le patriarche chaldéen espère le retour des chrétiens

Vatican News : le retour des chrétiens est « la plus grande difficulté »

Vatican News : le gouvernement irakien veut favoriser le retour des chrétiens

Vatican News : Léon XIV accorde la communion ecclésiastique à Paul III Nona


Pour aller plus loin

Optat de Milève, le gardien de l’unité

Trois chrétientés du Maghreb : Carthage, Numidie et Maurétanie

Nouvelles catholiques arabes : Rome et les chrétiens d’Orient


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Le retour des chrétiens en Irak vous paraît-il encore possible après plus de vingt ans d’exode ? Faut-il d’abord faire revenir la diaspora ou créer les conditions permettant aux familles encore présentes de rester ?

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