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« La guerre nous a surpris » : dans le Golfe, deux millions de catholiques découvrent leur fragilité

 


Emplois perdus, expatriés repartis, détroit d’Ormuz fermé : Mgr Aldo Berardi raconte comment la guerre bouleverse une Église presque entièrement composée de migrants





Fête du jour : la Nativité de la Vierge Marie

Le 8 septembre, les catholiques du monde arabe célèbrent avec toute l’Église la Nativité de la Vierge Marie, Milad al-Adhra.

Marie appartient pleinement à la terre et à la culture du Proche-Orient. Son nom, Maryam, est également l’un des noms féminins les plus familiers du monde musulman.

Dans les sociétés du Golfe où chrétiens et musulmans vivent quotidiennement côte à côte, la figure de Marie constitue ainsi l’un des rares personnages religieux immédiatement connus et honorés, quoique de manière théologiquement différente, par les deux traditions.


ملخص

يقول المطران ألدو براردي، النائب الرسولي لشمال شبه الجزيرة العربية، إن الحرب «باغتتنا»، إذ لم يكن أحد يتوقع سقوط الصواريخ والطائرات المسيّرة على دول الخليج. ويعيش في النيابة الرسولية نحو مليوني كاثوليكي، معظمهم مهاجرون جاؤوا للعمل. لكن الحرب وإغلاق مضيق هرمز أديا إلى مشكلات اقتصادية وفقدان وظائف، فاضطر بعض المؤمنين إلى مغادرة المنطقة والعودة إلى بلدانهم. وفي هذا الوضع يؤكد المطران أن «سلاحنا الوحيد هو الصلاة»، إلى جانب الحوار والتضامن والحضور المسيحي الصادق.


« Une guerre fulgurante qui nous a surpris »

Le 6 septembre, nous présentions le catholicisme du Golfe comme un extraordinaire laboratoire d’unité.

Indiens.

Philippins.

Arabes.

Africains.

Latins.

Maronites.

Syro-malabars.

Des peuples différents formant une même Église.

Deux jours plus tard, un nouvel entretien de Mgr Aldo Berardi montre l’autre côté de cette réalité.

Sa fragilité.

« La guerre nous a surpris. »


Personne n’imaginait les missiles dans le Golfe

Le vicaire apostolique d’Arabie du Nord le reconnaît.

La rapidité de l’escalade a pris les communautés de court.

Personne n’imaginait réellement que missiles et drones puissent tomber également sur les États du Golfe.

Bahreïn.

Koweït.

Qatar.

Arabie saoudite.

Ces pays sont désormais directement confrontés aux conséquences du conflit opposant notamment les États-Unis et l’Iran.


Les bases américaines changent la géographie du danger

Plusieurs États du Golfe accueillent des installations militaires américaines.

Cela leur donne une importance stratégique considérable.

Mais cela peut également les transformer en cibles.

Les communautés catholiques vivent donc au milieu d’une géopolitique qu’elles ne contrôlent absolument pas.

Elles ne sont ni les auteurs de la guerre ni les décideurs.

Elles en subissent pourtant les conséquences.


Deux millions de catholiques

Le chiffre donné par Mgr Berardi est considérable.

Le vicariat apostolique compte environ deux millions de catholiques.

Mais cette masse ne doit pas tromper.

Il ne s’agit pas d’une population catholique enracinée depuis des siècles comme au Liban.

L’immense majorité est composée de migrants économiques.

Ils sont venus travailler.

Et ce détail change tout lorsque survient une guerre.


Une Église qui peut repartir avec ses emplois

Dans une Église territoriale classique, une crise économique appauvrit les paroissiens.

Dans le Golfe, elle peut les faire disparaître.

Si un expatrié perd son emploi, son droit à demeurer dans le pays peut devenir précaire.

Il repart.

Sa famille avec lui.

La paroisse perd donc simultanément :

un travailleur,

un fidèle,

un bénévole,

une famille,

des enfants du catéchisme.

La démographie ecclésiale dépend directement de l’économie.


La fermeture du détroit d’Ormuz frappe déjà

Mgr Berardi évoque précisément les conséquences économiques de la guerre.

La fermeture du détroit d’Ormuz perturbe l’arrivée des marchandises.

Des emplois sont perdus.

Certains travailleurs ont déjà dû quitter la région.

D’autres ont choisi de retourner dans leur pays.

La géopolitique devient ainsi immédiatement pastorale.


Une guerre peut vider une paroisse sans détruire son église

C’est l’un des paradoxes du Golfe.

Un bombardement n’a pas besoin de toucher une cathédrale pour détruire une communauté.

Il suffit que l’économie s’effondre.

Que les entreprises licencient.

Que les travailleurs étrangers repartent.

Les bâtiments restent.

Les fidèles disparaissent.

Pour une Église de migrants, la stabilité économique fait donc partie des conditions matérielles de la vie religieuse.


« Notre seule arme est la prière »

Dans ce contexte, Berardi utilise une formule volontairement radicale :

« Notre seule arme ici est la prière. »

Elle ne signifie évidemment pas l’inaction.

Le vicaire apostolique ajoute immédiatement la nécessité d’une présence authentique, du dialogue et des relations avec les différentes composantes de la société.

Mais l’Église ne possède aucun moyen militaire.

Elle ne contrôle pas les États.

Elle ne commande aucune armée.

Sa logique doit être différente.


Continuer à célébrer devient déjà un acte

La plupart des activités pastorales ont continué.

Messes.

Sacrements.

Vie communautaire.

Après les premiers jours de désorganisation, les paroisses ont cherché à reprendre une vie normale.

Dans une situation de guerre, maintenir cette normalité n’est pas insignifiant.

Elle offre un point fixe à des personnes dont toute l’existence peut devenir incertaine.


Un geste étonnant du prince héritier de Bahreïn

Mgr Berardi raconte un épisode particulièrement révélateur.

Le prince héritier de Bahreïn est venu personnellement visiter l’église.

Il a demandé que la paroisse reste ouverte afin que les personnes puissent y trouver un lieu de refuge spirituel et de prière.

Dans une monarchie musulmane, au milieu d’un conflit régional, l’autorité politique demande donc à une église catholique de rester ouverte.

Le symbole est puissant.


La peur peut rapprocher

Une crise militaire peut attiser les divisions religieuses.

Elle peut aussi rappeler une vulnérabilité commune.

Le missile ne demande pas au civil s’il est sunnite, chiite, catholique, hindou ou orthodoxe.

Berardi décrit justement des sociétés où coexistent de très nombreuses communautés religieuses.

La guerre oblige alors à choisir.

Se replier.

Ou dialoguer davantage.


Sunnites et chiites

La dimension islamique est évidemment centrale.

Le Golfe ne constitue pas un espace musulman homogène.

Sunnites.

Chiites.

Traditions nationales différentes.

Rapports différents avec l’Iran.

Les tensions géopolitiques peuvent rapidement se superposer aux fractures confessionnelles.

Pour les chrétiens, prendre parti dans ces rivalités serait particulièrement dangereux.

Leur vocation est ailleurs.


Mais les chrétiens eux-mêmes sont extraordinairement divers

Latins.

Chrétiens orientaux.

Catholiques de rites différents.

Orthodoxes.

Communautés protestantes.

Berardi insiste sur cette diversité.

La guerre les trouve différents, mais elle les oblige aussi à prendre conscience de leur condition commune.

L’œcuménisme devient moins théorique lorsque tous vivent sous la même menace.


Hindous et bouddhistes sont également présents

Le Golfe contemporain est bien plus religieusement complexe que l’image que l’on en possède souvent en Europe.

L’immigration asiatique a amené des millions de travailleurs issus d’autres traditions.

Hindous.

Bouddhistes.

Chrétiens.

Berardi insiste donc sur la nécessité d’écouter tout le monde.

Le dialogue interreligieux n’est plus seulement islamo-chrétien.

Il devient presque mondial.


Bahreïn possède une tradition particulière

Selon l’évêque, le dialogue est plus facile dans certains pays, notamment à Bahreïn, où une tradition de rencontre existe depuis longtemps.

C’est également là que se trouve la cathédrale Notre-Dame d’Arabie, devenue l’un des symboles majeurs de la présence catholique dans la péninsule.

La guerre donne désormais à cette cathédrale une signification nouvelle.

Elle n’est plus seulement un lieu de rassemblement.

Elle peut devenir un refuge spirituel.


Des reliques au milieu de la guerre

Un détail de l’entretien pourrait sembler secondaire.

Il est pourtant magnifique.

Depuis quelques semaines, la cathédrale conserve des reliques de nombreux saints rapportées notamment d’Italie, de France et du Liban.

Au moment où la guerre rappelle la précarité de la présence catholique moderne, l’Église fait entrer dans sa cathédrale la mémoire de chrétiens ayant vécu à des époques très différentes.


Saint Aréthas de Najran revient en Arabie

La relique la plus symbolique est probablement celle de saint Aréthas de Najran.

Aréthas et ses compagnons furent martyrisés en 523 en raison de leur fidélité chrétienne.

Leur histoire constitue l’un des grands témoignages du christianisme ancien de la péninsule Arabique.

Sa relique vient du mont Athos et a été remise par le patriarche orthodoxe de Constantinople.

Le geste relie donc :

Arabie antique,

orthodoxie grecque,

catholicisme contemporain.


Saint Thomas pour les Indiens

La cathédrale possède également des reliques de saint Thomas.

Pour les nombreux catholiques indiens du Golfe, l’apôtre possède une importance particulière.

La tradition le relie directement aux origines du christianisme en Inde.

Une Église migrante retrouve donc dans ses saints les routes anciennes qui reliaient déjà le Moyen-Orient et l’Asie.


Saint Charbel pour le Liban

Une relique de saint Charbel est également présente.

Pour les catholiques libanais, il constitue l’une des figures spirituelles les plus populaires.

La cathédrale devient ainsi presque une carte de la catholicité du Golfe.

Chaque peuple arrive avec ses saints.

Mais les reliques sont rassemblées dans le même lieu.


Et bientôt Carlo Acutis et Pier Giorgio Frassati

Berardi annonce également l’arrivée prochaine de reliques de Carlo Acutis et Pier Giorgio Frassati.

Le choix vise clairement les jeunes.

L’Église du Golfe ne veut donc pas seulement conserver la mémoire des martyrs antiques.

Elle cherche à relier les nouvelles générations à des figures contemporaines.


Une continuité du témoignage

C’est précisément la lecture qu’en donne l’évêque.

Les saints et les martyrs ont vécu l’Évangile dans leur époque.

Les catholiques du Golfe doivent le vivre dans la leur.

Les situations ne sont pas identiques.

Mais la question demeure :

comment rester chrétien lorsque le monde autour de soi devient instable ?


L’Église du Golfe révèle alors sa vraie nature

En temps de prospérité, deux millions de fidèles peuvent donner l’impression d’une Église puissante.

La guerre dissipe cette illusion.

Ces deux millions sont largement des travailleurs étrangers.

Leur présence dépend d’un contrat.

D’un visa.

D’un salaire.

D’un avion qui peut les ramener chez eux.

L’Église apparaît soudain pour ce qu’elle est :

une communauté nombreuse, mais fragile.


Et peut-être est-ce sa force

Elle ne possède pas le pouvoir.

Elle ne contrôle pas les frontières.

Elle ne décide pas de la guerre.

Mais elle peut maintenir ses églises ouvertes.

Célébrer.

Prier.

Aider.

Dialoguer.

Empêcher la peur de transformer le voisin en ennemi.

Cela paraît peu face aux missiles.

Pour Berardi, c’est pourtant précisément le témoignage demandé aux chrétiens.


Après l’unité, l’épreuve

L’article du 6 septembre montrait le Golfe comme un laboratoire d’unité catholique.

Celui d’aujourd’hui montre pourquoi cette unité est nécessaire.

Elle n’est pas un joli concept œcuménique.

Elle devient une ressource lorsque tout vacille.

Une Église composée de migrants sait déjà qu’elle n’est jamais complètement chez elle.

La guerre lui rappelle brutalement cette condition.

Mais elle lui rappelle aussi une conviction profondément chrétienne :

la sécurité ultime ne vient ni d’un contrat de travail, ni d’une frontière, ni d’une base militaire.


Note culturelle : Aréthas et les martyrs de Najran

Le martyre de saint Aréthas et de nombreux chrétiens de Najran, en 523, constitue l’un des épisodes les mieux connus du christianisme préislamique de la péninsule Arabique.

Najran se trouve aujourd’hui en Arabie saoudite, près de la frontière yéménite.

La présence d’une relique d’Aréthas dans la cathédrale Notre-Dame d’Arabie rappelle donc que le christianisme dans la péninsule n’est pas seulement une conséquence de l’immigration contemporaine.

Il possède également une histoire antique.


Vidéo / audio

Vatican News propose directement l’entretien avec Mgr Aldo Berardi dans son dossier consacré à la situation du Golfe.

Écouter Mgr Aldo Berardi : la guerre nous a surpris, maintenant le dialogue pour la paix


Sources

Vatican News : Mgr Berardi, « la guerre nous a surpris ; maintenant, le dialogue pour la paix »

Vatican News : les chrétiens du Golfe appelés à être témoins de paix


Pour aller plus loin

Nouvelles catholiques arabes : Rome regarde à nouveau vers les chrétientés du monde arabe

Gaza : le cardinal Pizzaballa au milieu de son peuple

Gaza : pourquoi le Vatican parle d’abord de paix

Trois chrétientés du Maghreb : Carthage, Hippone et Volubilis


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Une Église presque entièrement composée de travailleurs migrants peut-elle réellement s’enraciner durablement dans le Golfe, ou restera-t-elle toujours dépendante de la stabilité économique et géopolitique de la région ?

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