Une sandale déchirée, une main blessée et une maison ouverte : ainsi la tradition copte raconte les premiers pas de l’Église d’Alexandrie
📖 Évangile suggéré
« Si quelqu’un me sert, qu’il me suive ; et là où je suis, là aussi sera mon serviteur. »
(Jean 12, 26)
📜 Résumé en arabe
بحسب التقليد القبطي، كان القديس أنيانوس إسكافيًا بسيطًا من مدينة الإسكندرية. عندما دخل القديس مرقس الرسول المدينة، تمزّق نعله، فذهب إلى أنيانوس ليصلحه. وأثناء العمل، جرح أنيانوس إصبعه وصرخ: «الله واحد!» فوجد مرقس في هذه الكلمة بابًا ليحدّثه عن الإله الواحد وعن يسوع المسيح.
آمن أنيانوس بالبشارة، واعتمد مع جميع أهل بيته، وصار منزله من أوائل أماكن اجتماع المسيحيين في الإسكندرية. ثم أقامه القديس مرقس أسقفًا على الجماعة الناشئة. وتعتبره الكنيسة القبطية أول خلف للقديس مرقس وثاني بابا للإسكندرية. وقد خدم الكنيسة بتواضع الحرفي وأمانة الراعي حتى وفاته في أواخر القرن الأول.
✝️ Biographie
Il était une fois, dans la grande Alexandrie, un homme dont les mains connaissaient mieux le cuir que les livres.
La ville dominait alors la Méditerranée orientale. Des navires entraient dans son port chargés de blé, de papyrus, de parfums et de voyageurs. Dans ses rues se mêlaient le grec, l’égyptien, le latin, l’hébreu et les langues des marchands venus de contrées lointaines.
Au milieu de cette cité immense vivait un humble cordonnier nommé Anianus.
Chaque matin, il ouvrait son atelier, prenait son alêne, son fil et son marteau, puis réparait les sandales usées par la poussière des routes. Il n’était ni philosophe du Musée, ni prêtre des temples, ni notable de la ville. Il appartenait à cette foule d’artisans sans lesquels les empires eux-mêmes ne pourraient marcher.
Un jour, raconte le Synaxaire copte, un voyageur entra dans sa boutique. Sa sandale s’était déchirée au cours de sa marche. Cet étranger était Marc, disciple des Apôtres et prédicateur de l’Évangile.
Anianus prit la sandale et se mit au travail. Mais tandis qu’il poussait l’alêne à travers le cuir, l’outil traversa la semelle et lui blessa profondément le doigt.
Saisi par la douleur, le cordonnier s’écria en grec :
« Eis Theos ! »
« Un seul Dieu ! »
Marc releva la tête.
Il venait d’entendre, au cœur d’une ville remplie de sanctuaires et de divinités, un homme invoquer spontanément le Dieu unique. Il prit alors de la poussière, l’humecta et l’appliqua sur la blessure. Selon le récit copte, le doigt d’Anianus fut immédiatement guéri.
Le cordonnier demeura stupéfait. Il demanda au voyageur qui il était, d’où il venait et quel Dieu il annonçait.
Anianus invita Marc dans sa maison. L’atelier devint alors une école de foi.
Marc lui parla des prophètes, de la création, de l’attente d’Israël et de la venue du Christ. Il lui annonça le mystère de l’Incarnation, la mort de Jésus et sa Résurrection. Il lui expliqua que le Dieu unique n’était pas une puissance lointaine, mais qu’il avait parlé aux hommes et s’était approché d’eux dans son Verbe.
La lumière qui avait franchi les portes de l’atelier entra dans le cœur du cordonnier.
Anianus crut. Avec lui, toute sa maison reçut la prédication de Marc et fut baptisée. Dans la tradition copte, cette famille constitue le premier noyau de la communauté chrétienne d’Alexandrie. La maison d’Anianus serait ensuite devenue un lieu de prière et d’enseignement, avant même que les chrétiens puissent posséder publiquement leurs propres édifices.
Lorsque Marc dut quitter Alexandrie pour poursuivre sa mission dans la Pentapole, il ne voulut pas abandonner la jeune communauté. Il imposa les mains à Anianus et l’établit évêque. Il ordonna également trois prêtres et sept diacres afin d’organiser la vie de l’Église naissante.
Le cordonnier devint pasteur.
Ses mains ne travaillèrent plus seulement le cuir. Elles baptisèrent, bénirent, relevèrent les malades et partagèrent le pain eucharistique. Mais Anianus ne cessa pas pour autant d’être l’artisan qu’il avait toujours été. Il gouverna la communauté avec la patience de celui qui sait qu’une couture trop rapide se déchire, qu’un cuir trop brusquement tendu se rompt et que toute œuvre solide exige du temps.
Après le départ ou le martyre de Marc, Anianus lui succéda à la tête de l’Église d’Alexandrie. Eusèbe de Césarée, au IVe siècle, donne le témoignage historique le plus ancien et le plus sobre : sous la huitième année de Néron, Anianus succéda à Marc dans la direction de la communauté alexandrine. Eusèbe ne raconte ni l’atelier ni la guérison, mais il confirme l’ancienneté de la succession épiscopale.
Les chronologies divergent sur les dates précises. Certaines traditions situent son épiscopat entre 68 et 83, tandis que le Synaxaire copte place sa mort en 86 et lui attribue vingt-deux années de ministère. Il est donc plus prudent de situer sa mort vers la fin du Ier siècle.
La tradition affirme qu’il mourut en paix, après avoir vu grandir une communauté autrefois rassemblée dans le secret de sa maison.
L’histoire ne nous a conservé aucun sermon d’Anianus, aucune lettre, aucun traité. Son héritage tient dans une succession et dans un récit.
Une sandale se déchire.
Un artisan se blesse.
Un étranger franchit la porte.
Et l’une des plus anciennes Églises de la chrétienté commence à prendre racine dans l’atelier d’un cordonnier.
🔎 Points importants
Anianus was an Alexandrian cobbler according to Coptic tradition.
Saint Mark entered his workshop after tearing his sandal.
Anianus injured his finger and cried out, “Eis Theos,” meaning “One God.”
Mark preached Christ to Anianus and his household.
Anianus and his family received baptism.
His house became an early center of Christian worship in Alexandria.
Saint Mark ordained him bishop of the emerging Alexandrian community.
Eusebius identifies Anianus as Mark’s first successor in Alexandria.
The Coptic Church counts him as its second pope after Saint Mark.
The exact dates of his episcopate and death remain uncertain.
🏺 Note culturelle
Alexandrie était l’une des plus grandes métropoles intellectuelles et commerciales de l’Antiquité. Sa population mêlait Grecs, Égyptiens, Juifs, Romains et voyageurs venus de l’ensemble de la Méditerranée. Le christianisme alexandrin naquit donc dans une cité profondément cosmopolite, où les religions, les langues et les philosophies se rencontraient quotidiennement.
L’expression grecque Eis Theos, « un seul Dieu », n’était pas encore une confession chrétienne complète. Elle pouvait être employée par des Juifs, des philosophes ou certains païens attirés par l’idée d’une divinité suprême. Le récit copte montre Marc saisissant cette parole inachevée pour conduire Anianus vers la révélation du Dieu unique en Jésus-Christ.
L’atelier du cordonnier possède également une forte valeur symbolique. Les premières communautés chrétiennes ne disposaient pas de grandes basiliques. Elles se réunissaient souvent dans des maisons particulières, autour d’une famille qui offrait une pièce pour la prière, la catéchèse et l’Eucharistie. La maison d’Anianus représente ainsi le passage du foyer ordinaire à l’Église domestique.
Le titre de « deuxième pape d’Alexandrie » est une manière rétrospective de désigner Anianus. Au Ier siècle, il était simplement l’évêque chargé de la communauté locale. L’Église copte voit cependant en lui le premier maillon de la succession qui conduit de saint Marc au pape Tawadros II.
Anianus est commémoré le 25 avril dans le Martyrologe romain, le même jour que saint Marc. L’Église copte célèbre son repos le 20 Hathor de son calendrier liturgique.
En 2023, lors de l’inauguration d’une cathédrale copte dédiée à saint Marc à Venise, le patriarche catholique de la ville remit au pape Tawadros II des reliques attribuées à saint Anianus. Le geste rappelait les liens anciens entre Alexandrie et Venise, deux Églises unies par la mémoire de Marc et de son premier disciple égyptien.
📚 Sources
Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, livre II, chapitre 24
Synaxaire copte, 20 Hathor, repos de saint Anianus
Église copte orthodoxe, notice officielle consacrée au pape Anianus
Église copte orthodoxe, histoire du siège de saint Marc à Alexandrie
Constitutions apostoliques, livre VII
Martyrologe romain, 25 avril
Traditions coptes relatives à la prédication de saint Marc en Égypte
🔗 Pour aller plus loin
- Une présentation générale de l’Église née à Alexandrie, de sa langue, de sa liturgie et de sa place dans l’Égypte contemporaine.
- L’un des plus grands successeurs d’Anianus sur le siège alexandrin, défenseur de la divinité du Christ face à l’arianisme.
- Le patriarche qui porta la tradition théologique d’Alexandrie au cœur du concile d’Éphèse.
- Le récit de deux martyrs qui témoignèrent du Christ dans la même ville, plusieurs siècles après le premier atelier d’Anianus.
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Que vous inspire cette tradition dans laquelle l’Évangile entre en Égypte par la porte d’un simple atelier ?
La blessure d’Anianus vous paraît-elle surtout symboliser la fragilité humaine, l’appel de Dieu au cœur du travail quotidien ou la manière dont une rencontre imprévue peut bouleverser toute une vie ?
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