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Et maintenant, on va où ? : les femmes du Liban contre la folie confessionnelle

 


Nadine Labaki imagine un village où chrétiennes et musulmanes s’unissent pour empêcher les hommes de recommencer la guerre




Saint du jour oriental : saint Arsène le Grand

Arsène naquit à Rome vers 354 et fut appelé à Constantinople pour assurer l’éducation des fils de l’empereur Théodose. Il abandonna ensuite la cour impériale pour rejoindre le désert de Scété, en Égypte, où il devint l’un des grands maîtres de la vie monastique. Connu pour son silence et son ascèse, il cherchait moins à fuir les hommes qu’à purifier son cœur de la colère et de la vaine parole. Il est célébré le 19 juillet dans plusieurs traditions orientales, notamment syro-marônites.

Dans un film où la violence naît des rumeurs et des paroles incontrôlées, son enseignement paraît presque révolutionnaire : se taire avant que le mot de trop ne devienne le premier coup de feu.

الملخّص بالعربية

يروي فيلم «وهلّأ لوين؟» لنادين لبكي قصة قرية لبنانية يعيش فيها المسلمون والمسيحيون جنبًا إلى جنب. عندما تهدّد الأخبار والتوترات الطائفية بإشعال العنف بين الرجال، تتّحد نساء القرية لحماية أبنائهن وعائلاتهن. يمزج الفيلم بين الكوميديا والمأساة والموسيقى ليطرح سؤالًا مؤلمًا: كيف يمكن لشعب يعرف ثمن الحرب أن يمنع نفسه من تكرارها؟

Un village séparé par son cimetière

Présenté en 2011 dans la section Un Certain Regard du Festival de Cannes, Et maintenant, on va où ? se déroule dans un village libanais isolé par les mines et les routes détruites. Chrétiens et musulmans y partagent le même territoire, les mêmes difficultés et les mêmes morts. Au cimetière, cependant, les femmes en noir se séparent en deux groupes : les unes portent la croix, les autres le voile.

L’équilibre fragile du village vacille lorsque les nouvelles du monde extérieur réveillent les tensions confessionnelles. Les hommes commencent à se soupçonner, puis à préparer la confrontation. Les femmes, chrétiennes comme musulmanes, savent déjà comment cette histoire se termine : par des fils enterrés et des mères condamnées à porter le deuil.

Elles décident donc de tout tenter pour empêcher la guerre, y compris le mensonge, le spectacle, la cuisine, la séduction et quelques méthodes que les manuels de dialogue interreligieux n’avaient probablement pas prévues.

Une fable plutôt qu’un traité politique

Nadine Labaki ne cherche pas à expliquer toute l’histoire du Liban. Son village n’est pas une représentation sociologique exacte du pays, mais un laboratoire moral. Il permet de montrer comment une rumeur, un symbole religieux endommagé ou une information partielle peuvent transformer des voisins en ennemis.

La réalisatrice a expliqué que le projet avait été nourri par les violences de mai 2008 au Liban et par sa peur de voir de jeunes hommes reprendre les armes. La presse arabophone a largement lu le film comme une œuvre contre le confessionnalisme et comme un hommage à la capacité des femmes à protéger la vie commune.

Le ton surprend. Le film passe du deuil à la comédie, puis de la comédie à la chanson. Ce mélange peut sembler irréaliste, mais il correspond peut-être à une vérité profondément libanaise : lorsque la tragédie devient familière, l’humour cesse d’être un divertissement et devient une manière de survivre.

Les femmes gardiennes de la paix

Les femmes du film ne sont pas présentées comme naturellement douces ou étrangères à toute violence. Elles rusent, manipulent et se disputent. Mais elles possèdent une mémoire que les hommes semblent perdre dès que monte la fièvre communautaire.

Elles savent que chaque camp peut célébrer ses martyrs tandis que les mêmes mères continuent de pleurer. Leur alliance ne supprime pas les religions. L’église et la mosquée restent présentes, tout comme les croix, les prières et les identités. Ce que le film refuse, c’est leur transformation en drapeaux de guerre.

Cannes présente d’ailleurs l’œuvre comme une fable universelle et audacieuse sur la tolérance. Son succès montre que le cinéma libanais peut parler au monde sans effacer sa langue, ses blessures ou ses contradictions.

Pourquoi cela compte

Les appels abstraits à la coexistence deviennent parfois si polis qu’ils ne disent plus rien. Et maintenant, on va où ? rappelle que la paix n’est pas seulement une conférence entre responsables religieux. Elle se construit dans les familles, les cafés, les funérailles et la maîtrise des rumeurs.

Le film pose toutefois une question dérangeante : pourquoi les femmes doivent-elles toujours réparer les guerres décidées par les hommes ? Leur courage est admirable, mais cette admiration ne doit pas servir d’excuse à l’irresponsabilité masculine et politique.

Le titre reste ainsi sans réponse définitive. Où aller lorsque chaque route reconduit au cimetière ? Peut-être commencer par refuser d’appeler fidélité religieuse ce qui n’est souvent qu’orgueil communautaire.


À retenir

Le film associe coexistence religieuse, mémoire de la guerre et solidarité féminine ; il ne nie pas les identités chrétienne et musulmane, mais combat leur instrumentalisation ; la comédie et la musique servent à rendre supportable un sujet profondément tragique.

Note culturelle

Le film mêle arabe libanais, chants, danses et références religieuses populaires. Cette forme musicale ne diminue pas la gravité du sujet. Elle rattache au contraire l’œuvre à une longue tradition méditerranéenne où les communautés racontent leurs malheurs par la chanson, l’ironie et les récits collectifs.

Sources

Festival de Cannes ; presse cinématographique arabophone ; documentation libanaise consacrée au film ; Encyclopædia Universalis.

Pour aller plus loin

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Le film vous paraît-il lucide sur le confessionnalisme libanais ou trop optimiste sur la capacité des communautés à dépasser leurs divisions ? Partagez votre avis et vos suggestions de films arabes consacrés aux chrétiens d’Orient.

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