Ni attaques extérieures, ni armes hors de l’État
━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━
<div dir="rtl" style="text-align:right;">
🌍 الملخص
جدّد مجلس المطارنة الموارنة في بكركي موقفًا دقيقًا من الأزمة اللبنانية. فمن جهة، أدان استمرار الاعتداءات الإسرائيلية على جنوب لبنان وسكانه، ودعا المجتمع الدولي إلى المساعدة على عودة الأهالي إلى قراهم ودعم المفاوضات الجارية. ومن جهة أخرى، أعلن دعمه لمسار حصر السلاح بيد الدولة اللبنانية.
ويكشف هذا الموقف رؤية تقوم على مفهوم واحد للسيادة: لا يمكن قبول انتهاك الأراضي اللبنانية من الخارج، كما لا يمكن في الوقت نفسه بقاء قرار الحرب والسلاح خارج مؤسسات الدولة. كما رحّب المطارنة بالانفتاح الرسمي الجديد بين لبنان وسوريا، شرط احترام سيادة كل بلد وتنظيم الحدود وحركة الأشخاص وفق القانون.
وهكذا تحاول بكركي الحفاظ على خط تاريخي صعب: الدفاع عن لبنان في وجه الاعتداءات الخارجية، والمطالبة بدولة قوية في الداخل، من دون تحويل الكنيسة إلى حزب سياسي إضافي.
</div>
━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━
<div dir="ltr" style="text-align:left;">
🌿 Saint du jour : sainte Faustine Kowalska
Le 5 octobre, l'Église catholique fait mémoire de sainte Faustine Kowalska, religieuse polonaise associée à la dévotion à la Divine Miséricorde.
Le rapprochement avec le Liban n'est pas géographique, mais il possède une certaine force dans la situation actuelle. La miséricorde chrétienne n'est pas l'oubli de la justice. Elle cherche au contraire à sortir de l'engrenage où chaque violence devient la justification de la suivante. Dans un Liban pris entre conflits régionaux, souveraineté affaiblie et divisions intérieures, demander la paix suppose donc aussi de reconstruire des institutions capables de protéger tous les citoyens.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Article
Bkerké tient simultanément deux discours que l’on oppose souvent
Le communiqué publié le 2 octobre 2026 par le Conseil des évêques maronites possède une formulation particulièrement intéressante. Réunis à Bkerké sous la présidence du patriarche cardinal Béchara Boutros Raï, les évêques condamnent de nouveau la poursuite des attaques israéliennes contre le Sud-Liban et ses habitants. Ils demandent à la communauté internationale d'agir en faveur du retour des populations déplacées et de soutenir les négociations en cours.
Mais leur déclaration ne s'arrête pas là. Les prélats apportent également leur soutien au processus visant à concentrer les armes entre les mains de l'État libanais. Les deux positions sont parfois présentées dans le débat libanais comme incompatibles. Bkerké affirme exactement le contraire : une souveraineté véritable doit fonctionner dans les deux sens. Un État souverain ne doit pas subir des attaques étrangères sur son territoire, mais il doit également être capable de contrôler les armes et les décisions de guerre à l'intérieur de ses frontières.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Condamner Israël ne signifie pas légitimer toutes les armes au Liban
La nuance est importante. Les évêques ne raisonnent pas selon une logique où toute critique d'Israël devrait automatiquement conduire à accepter l'existence de forces militaires échappant au contrôle des institutions libanaises. Ils condamnent les attaques israéliennes précisément au nom de la souveraineté du Liban, mais ce même principe les conduit à soutenir l'idée que les armes doivent progressivement relever de l'autorité de l'État.
Le communiqué ne nomme pas directement le Hezbollah. Il est néanmoins impossible d'ignorer que la question de son arsenal se trouve au cœur du débat national sur le monopole des armes. Quelques jours auparavant, le Premier ministre Nawaf Salam avait lui-même affirmé à l'ONU que les armes et la décision de faire la guerre devaient revenir aux institutions étatiques et que le gouvernement libanais devait conserver la maîtrise des négociations concernant son pays.
La position maronite rejoint donc un débat politique beaucoup plus vaste : un pays peut-il réellement défendre sa souveraineté extérieure si sa souveraineté militaire intérieure demeure fragmentée ?
━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Bkerké reste fidèle à une vieille intuition : pas de souveraineté à moitié
Ce discours n'est pas entièrement nouveau. Depuis plusieurs décennies, le patriarcat maronite insiste régulièrement sur l'autorité de l'État, le fonctionnement des institutions, le respect de la Constitution et l'idée que les décisions militaires ne peuvent pas durablement être dispersées entre plusieurs acteurs.
L'intérêt du communiqué d'octobre 2026 tient au contexte. La région connaît de nouvelles tensions, les habitants du Sud continuent de subir les conséquences des affrontements et le Hezbollah reste intégré à un système régional beaucoup plus large reliant notamment le Liban à l'Iran.
Bkerké refuse donc de choisir entre deux souverainetés incomplètes. Une frontière violée de l'extérieur affaiblit l'État. Une décision de guerre échappant à l'État l'affaiblit également. Dans cette logique, le problème n'est pas de savoir quelle atteinte à la souveraineté serait la moins grave. Il faut essayer de sortir des deux.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━
L’Église maronite parle ici en institution profondément libanaise
Cette prise de position peut surprendre un lecteur européen habitué à considérer les évêques comme des acteurs uniquement religieux. Le Liban possède cependant une histoire très différente. Le patriarcat maronite a joué pendant des siècles un rôle religieux, culturel et parfois directement politique dans la construction de l'identité libanaise.
Le patriarche n'est évidemment pas un chef de parti, mais sa parole intervient traditionnellement sur la souveraineté, les institutions, l'équilibre confessionnel et l'indépendance nationale. Le communiqué du 2 octobre le montre parfaitement. Les évêques ne parlent pas seulement de liturgie ou de pastorale. Ils abordent les attaques au Sud, les armes, les relations avec la Syrie, l'Université libanaise et les équilibres nationaux.
La frontière entre parole ecclésiale et parole civique est donc beaucoup moins étanche qu'en France.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━
La doctrine sociale fournit aussi un cadre
Cette intervention n'est pas nécessairement étrangère à la mission religieuse de l'Église. La doctrine sociale catholique reconnaît la légitimité des institutions politiques et leur responsabilité dans la protection du bien commun.
Pour Bkerké, demander le monopole des armes par l'État revient donc aussi à défendre une certaine idée de l'autorité publique. Le citoyen doit pouvoir savoir qui décide de la paix et de la guerre, qui possède la force légitime et devant qui cette force doit répondre.
Un système dans lequel plusieurs acteurs armés possèdent leurs propres stratégies régionales rend cette responsabilité beaucoup plus difficile. L'enjeu dépasse donc la seule question du Hezbollah. Il touche à la définition même de l'État.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━
La nouveauté syrienne est presque aussi importante
Le communiqué contient un autre passage qui mérite l'attention. Les évêques se disent satisfaits de l'ouverture officielle entre le Liban et la Syrie et espèrent qu'elle permettra d'établir de meilleures relations entre les deux pays.
Mais là encore, la condition est immédiatement formulée : ces relations doivent reposer sur le respect de la souveraineté de chacun. Les prélats souhaitent également que les frontières soient ouvertes tout en étant contrôlées et que la circulation des personnes se déroule conformément aux lois.
Le choix des mots est lourd d'histoire. Les relations entre le Liban et la Syrie ont longtemps été marquées par l'intervention directe de Damas dans la politique libanaise, par la présence militaire syrienne jusqu'en 2005 et par des frontières dont le contrôle est resté extrêmement sensible. Une normalisation des relations ne peut donc pas signifier un retour à l'ancienne tutelle.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Damas et le Hezbollah cherchent eux aussi un nouvel équilibre
Le contexte régional évolue rapidement. Reuters a rapporté début octobre que des représentants syriens et du Hezbollah auraient participé à des discussions indirectes ou secrètes destinées à réduire les tensions entre les deux parties, même si les autorités syriennes et turques ont officiellement nié qu'une telle rencontre ait eu lieu.
Ces informations doivent donc être traitées avec prudence. Elles montrent néanmoins l'existence d'un problème réel : après la chute du régime Assad, les rapports entre la nouvelle Syrie et le Hezbollah ne peuvent plus fonctionner selon les anciennes règles.
Le Liban doit simultanément redéfinir ses rapports avec Israël, la Syrie et l'Iran. Bkerké cherche manifestement à placer un principe au-dessus de ces changements d'alliances : le Liban doit décider pour le Liban.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Les chrétiens du Sud ne vivent pas la guerre comme une abstraction
La question possède également une dimension humaine que les grandes formules sur la souveraineté risquent d'effacer. Dans plusieurs villages du Sud-Liban vivent encore d'importantes communautés chrétiennes, notamment maronites. Rmeich, Aïn Ebel, Qlayaa ou Debel appartiennent à cet ensemble de localités directement exposées aux conséquences des affrontements.
Au printemps 2026, les évêques maronites demandaient déjà à la Finul de faciliter l'accès de l'aide humanitaire et de contribuer à la protection des populations du Sud. Ils avaient également salué les convois organisés par le nonce apostolique, les Églises locales et Caritas.
Lorsque Bkerké réclame aujourd'hui le retour des habitants sur leurs terres, il ne s'agit donc pas d'une formule diplomatique abstraite. Une communauté risque de disparaître d'un territoire lorsqu'elle ne peut plus y vivre durablement.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Défendre le Sud ne signifie pas défendre une confession particulière
La position maronite ne consiste d'ailleurs pas à protéger uniquement les villages chrétiens. Le communiqué parle du Sud et de ses habitants dans leur ensemble. C'est important dans un pays où chaque prise de position peut rapidement être interprétée à travers les appartenances confessionnelles.
Le patriarcat cherche ici à parler comme institution nationale. La frontière méridionale concerne les chiites, les sunnites, les druzes et les chrétiens parce qu'elle constitue la frontière du même État.
Le principe rejoint celui des armes : la sécurité ne peut pas devenir la propriété exclusive d'une communauté.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Même l’Université libanaise entre dans la question de la souveraineté
Un passage apparemment secondaire révèle une autre dimension de la pensée de Bkerké. Les évêques demandent que soit préservé l'équilibre national dans le dossier de la titularisation de professeurs contractuels de l'Université libanaise, tout en insistant sur les critères de compétence et d'équité.
Cette préoccupation peut sembler très éloignée des frappes israéliennes ou des armes du Hezbollah. Elle appartient pourtant à la même vision du Liban. L'État libanais repose sur un équilibre extrêmement délicat entre ses différentes composantes. Pour les responsables maronites, consolider l'État ne signifie donc pas seulement renforcer son armée. Cela suppose aussi de préserver la confiance de chaque communauté dans les institutions communes.
La souveraineté est militaire, mais elle est également administrative, juridique et sociale.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━
C’est là que la parole de Bkerké devient difficile à classer politiquement
Le communiqué ne correspond parfaitement à aucun camp. Il condamne les attaques israéliennes, soutient la concentration des armes entre les mains de l'État, accueille favorablement l'amélioration des relations avec la Syrie, exige simultanément le respect strict de la souveraineté libanaise face à Damas et défend les équilibres confessionnels tout en invoquant les critères de compétence.
Chaque parti peut donc approuver une phrase et être beaucoup plus embarrassé par la suivante.
C'est probablement volontaire. Bkerké cherche à maintenir une position institutionnelle plutôt qu'à devenir l'appendice religieux d'une coalition politique. Son fil conducteur n'est pas l'alignement sur un camp, mais la reconstruction d'un État suffisamment souverain pour ne plus dépendre durablement d'acteurs extérieurs ou parallèles.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Et les évêques terminent par le rosaire
Après les armes, les frontières, l'université et les relations internationales, le communiqué change brutalement de registre. Octobre étant traditionnellement le mois du rosaire, les évêques appellent les fidèles à rejoindre Léon XIV dans la prière mariale pour la paix au Liban, en Orient et dans le monde. Ils demandent que cette prière soit accompagnée d'actes concrets de conversion et de miséricorde.
La juxtaposition est typiquement chrétienne. Les évêques parlent de géopolitique, puis ils demandent de réciter le chapelet.
Ce n'est pas nécessairement une fuite dans le spirituel. Leur formulation précise justement que la prière doit produire des gestes concrets. La paix ne se limite donc ni à une négociation diplomatique ni à une dévotion. Elle demande, dans leur logique, de transformer à la fois les structures et les personnes.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Pourquoi cela compte
Le communiqué de Bkerké montre probablement mieux que beaucoup de déclarations politiques la difficulté fondamentale de la situation libanaise. Le pays veut être protégé contre les attaques venues de l'extérieur, mais il veut également reprendre le contrôle complet de sa décision militaire intérieure. Il veut améliorer ses rapports avec la Syrie sans retomber sous son influence et reconstruire un État suffisamment crédible pour que les différentes communautés acceptent réellement de lui confier leur sécurité.
Voilà pourquoi le débat sur les armes ne peut pas être séparé de celui sur l'État. Si l'État est faible, chacun prétend avoir besoin de ses propres moyens de défense. Mais tant que chacun conserve ses propres moyens de défense, l'État reste faible.
Bkerké cherche à briser ce cercle.
Son message pourrait se résumer simplement : le Liban ne peut pas demander aux autres de respecter sa souveraineté s'il n'arrive pas lui-même à la rendre indivisible.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━
🏺 Note culturelle : pourquoi Bkerké pèse-t-il autant dans la politique libanaise ?
Bkerké, au nord de Beyrouth, est le siège du patriarcat maronite. Son importance dépasse largement celle d'une résidence épiscopale ordinaire.
Les patriarches maronites ont joué un rôle majeur dans l'histoire moderne du Liban, notamment dans la défense de son autonomie et de son indépendance. Sous le patriarche Nasrallah Sfeir, Bkerké devint ainsi l'un des grands centres de contestation de la présence militaire syrienne avant son retrait de 2005.
Cette histoire explique pourquoi chaque communiqué des évêques maronites est encore lu comme un document religieux et politique. Le patriarche ne gouverne pas le Liban, mais aucune analyse sérieuse de la vie nationale ne peut complètement ignorer Bkerké.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━
📚 Pour aller plus loin
Pizzaballa : « La Terre sainte est pour tous »
Pour prolonger la réflexion sur souveraineté, appartenance et impossibilité de construire une paix durable sur la disparition de l'autre.
Terre Sainte : Dieu ne combat dans aucune armée
Un contrepoint direct à toute utilisation du religieux pour légitimer automatiquement un camp militaire.
Liban : dans les ruines de Tibnine, l’espérance demeure
Pour retrouver le visage concret des communautés chrétiennes du Sud-Liban derrière les débats militaires et diplomatiques.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━
🔎 Sources
Patriarcat maronite de Bkerké
Communiqué mensuel du Conseil des évêques maronites du 2 octobre 2026.
Vatican News Arabic : réunion mensuelle des évêques maronites
Compte rendu détaillé concernant le Sud-Liban, le monopole des armes, la Syrie, l'Université libanaise et la prière pour la paix.
Associated Press
Contexte sur la volonté du gouvernement libanais de replacer les armes et la décision de guerre sous l'autorité des institutions étatiques.
Reuters
Contexte sur les tensions entre la nouvelle Syrie et le Hezbollah et sur les informations, contestées par certaines autorités, concernant des contacts destinés à réduire les tensions.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━
💬 Commentez et abonnez-vous !
Bkerké a-t-il raison de considérer que le même principe de souveraineté impose à la fois de condamner les attaques israéliennes et de placer toutes les armes sous l'autorité de l'État libanais ?
Et un État peut-il réellement retrouver le monopole de la force s'il ne regagne pas d'abord la confiance politique et sécuritaire de toutes ses communautés ?
Partagez votre réflexion dans les commentaires.
🔔 Abonnez-vous à Baraka des Saints pour suivre les Églises, les sociétés, les crises et les chemins de coexistence du monde arabe.
Commentaires
Enregistrer un commentaire