Antioche célébrée à Rome
Saint du jour
Saint Pie X
Saint Pie X est célébré le 21 août dans l'Église latine. Son pontificat est généralement associé aux réformes liturgiques occidentales, mais son intérêt pour les chrétientés orientales est moins connu. Il défendit leur héritage propre et reçut à Rome plusieurs représentants des Églises catholiques orientales. Un événement spectaculaire de 1908 manifesta cette attention : une Divine Liturgie byzantine fut célébrée devant lui par le patriarche grec-melkite catholique d'Antioche.
الملخص
في 12 شباط 1908، احتُفل في الفاتيكان بالقداس الإلهي بحسب الطقس البيزنطي بحضور البابا بيوس العاشر. وترأس الليتورجيا البطريرك كيرلس الثامن جحا، بطريرك أنطاكية وسائر المشرق للروم الملكيين الكاثوليك، بمشاركة جوقة وخدام المعهد اليوناني الحبري في روما. وقد أُعدّ المكان لكي تُحترم تقاليد الطقس البيزنطي، بما في ذلك الحركات والتبخير حول المذبح. ويكشف هذا الحدث جانباً أقل شهرة من عهد بيوس العاشر: اهتمامه بالكنائس الشرقية الكاثوليكية وتراثها الليتورجي الخاص.
Article
Le 12 février 1908, le Vatican offre un spectacle inhabituel.
Devant le pape Pie X, ce n'est pas la messe romaine qui est célébrée.
Les chants sont byzantins.
Les encensements suivent le cérémonial oriental.
Et celui qui préside la Divine Liturgie est le patriarche grec-melkite catholique d'Antioche, Cyrille VIII Geha.
L'événement est organisé dans le cadre des célébrations du quinzième centenaire de la mort de saint Jean Chrysostome.
Il constitue surtout une manifestation spectaculaire de la présence des Églises catholiques orientales au cœur même de Rome.
Les Melkites sont particulièrement concernés.
Leur patriarche porte le titre d'Antioche et de tout l'Orient, d'Alexandrie et de Jérusalem. L'Église grecque-melkite catholique est profondément enracinée dans le Proche-Orient arabe, notamment en Syrie, au Liban, en Palestine et en Jordanie.
À Rome, Cyrille VIII ne vient donc pas simplement représenter un rite exotique.
Il représente une tradition chrétienne née en Orient et enracinée dans les terres historiques d'Antioche.
Les organisateurs prennent d'ailleurs soin de respecter le caractère propre de la célébration.
La documentation conservée sur l'événement indique que la salle ne disposait pas d'un autel permettant les mouvements nécessaires autour de celui-ci pendant la Divine Liturgie.
Un autel détaché est donc installé spécialement.
Deux icônes, du Christ et de la Mère de Dieu, sont également placées devant lui.
Le détail pourrait sembler architectural.
Il est en réalité ecclésiologique.
Il ne s'agissait pas de transformer la liturgie melkite en messe latine décorée d'éléments orientaux. Le cérémonial byzantin devait pouvoir se déployer selon sa logique propre.
Pie X assiste ainsi à une célébration où l'unité catholique ne signifie pas l'uniformité liturgique.
Pour un pape dont l'image reste aujourd'hui presque entièrement associée au rite romain, l'épisode mérite d'être redécouvert.
Son pontificat intervient à une époque où Rome approfondit progressivement sa compréhension de la valeur des traditions catholiques orientales.
Pie X hérite notamment de l'action de Léon XIII, qui avait fortement insisté sur la nécessité de préserver leurs rites.
L'événement de 1908 traduit cette préoccupation dans la liturgie elle-même.
Antioche célèbre à Rome sans cesser d'être Antioche.
Cette histoire possède une résonance particulière pour les catholiques arabes contemporains.
Les Églises melkite, maronite, syriaque, chaldéenne, arménienne et copte catholique appartiennent toutes à la communion avec Rome, mais elles ne sont pas des variantes orientales de l'Église latine.
Elles possèdent leurs traditions liturgiques, leur discipline, leur histoire et leur patrimoine spirituel propres.
La célébration présidée par Cyrille VIII devant Pie X le manifestait déjà avec force en 1908.
La relation du pape avec l'Orient chrétien ne s'arrête d'ailleurs pas là.
L'Ordre du Saint-Sépulcre rappelle également qu'en 1907, Pie X réorganisa ses rapports avec la Terre sainte et assuma personnellement le titre de Grand Maître de l'Ordre, tandis que le patriarche latin de Jérusalem devenait son lieutenant.
Le pape vénitien regardait donc vers Jérusalem comme vers Antioche.
En ce 21 août, saint Pie X permet ainsi de retrouver un chapitre peu connu de son pontificat.
On connaît le pape du catéchisme.
On connaît le pape de la communion fréquente.
On connaît le pape de la réforme du chant liturgique.
On connaît beaucoup moins celui qui regardait une Divine Liturgie melkite se déployer devant lui au Vatican.
Ce jour-là, Rome ne demandait pas à l'Orient de devenir latin.
Elle lui demandait de célébrer.
Note culturelle
La Divine Liturgie byzantine accorde une place importante aux processions, aux encensements, aux icônes et au mouvement autour de l'autel.
C'est précisément pour cette raison qu'un autel adapté dut être installé pour la célébration de 1908.
L'épisode permet de comprendre très concrètement pourquoi l'architecture liturgique n'est jamais totalement neutre : elle exprime aussi une manière de célébrer et de comprendre le mystère chrétien.
Sources
Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem — Pie X, les chrétiens d'Orient et la Divine Liturgie melkite de 1908.
Échos d'Orient — compte rendu de la messe pontificale byzantine célébrée en présence de Pie X en 1908.
Saint-Siège — archives du pontificat de Pie X.
Éphéméride du 21 août, utilisée comme point de départ.
Pour aller plus loin
✝️ Nouvelles catholiques arabes : Rome, Jérusalem, Gaza et les chrétiens d’Orient
✝️ Gaza : le cardinal Pizzaballa au milieu des ruines
✝️ Priscille et Aquila – Le couple au service de l’Évangile
✝️ Saint Sylvain de Gaza, le Pasteur Martyr
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Plus d'un siècle après Pie X, les catholiques latins connaissent-ils suffisamment les liturgies et les traditions des Églises catholiques orientales ?
L'épisode de 1908 rappelle que l'unité de l'Église peut précisément se manifester par la diversité de ses traditions.
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